berît בְּרִית
Strong H1285 · nom féminin · alliance · 284 occurrences
Un engagement solennel, garanti par serment ou par un rite, qui lie deux parties : traité entre peuples, pacte d'amitié, union conjugale. Appliqué à Dieu, c'est l'engagement par lequel il se lie à Noé, à Abraham, à Israël et à David, et qui culmine dans l'alliance nouvelle.
Racine et étymologie
L'étymologie de berît reste discutée, et aucune proposition ne fait l'unanimité. On l'a rapprochée de l'akkadien birītu, « lien, entrave », ce qui ferait de l'alliance ce qui attache ; de la préposition akkadienne birīt, « entre », car l'alliance est toujours conclue « entre » deux parties (Gn 9.13 ; 17.7) ; ou encore du verbe hébreu bārāh, « manger », en raison des repas qui scellent certains pactes (Gn 26.30 ; 31.54 ; Ex 24.11). Comme pour ḥesed, le sens doit donc être établi à partir des emplois bibliques, non d'une origine supposée.
Les verbes associés en disent davantage. L'expression la plus courante est kārat berît, littéralement « couper une alliance » (Gn 15.18). Elle renvoie à un rite décrit en Genèse 15 et en Jérémie 34.18 : on coupait des animaux en deux et l'on passait entre les morceaux, en appelant sur soi le même sort en cas de parjure. Les textes de tradition sacerdotale préfèrent hēqîm berît, « établir une alliance » (Gn 9.11 ; 17.7), qui insiste sur l'initiative de Dieu.
L'alliance s'accompagne souvent d'un « signe » (ʾôt) : l'arc dans la nuée pour Noé, la circoncision pour Abraham, le sabbat pour Israël (Ex 31.16-17).
Sens et emplois
Pacte entre humains
Au sens courant, berît désigne un engagement entre personnes ou entre peuples : traité de paix (Jos 9.15), accord de voisinage (Gn 21.27), pacte d'amitié. Malachie l'emploie même pour le mariage, « la femme de ton alliance » (Ml 2.14).
« Jonathan fit alliance avec David, parce qu'il l'aimait comme son âme. »1 S 18.3, Segond 1910
Engagement unilatéral de Dieu
Avec Noé, l'alliance n'impose rien au partenaire humain : Dieu s'engage seul envers toute la création à ne plus détruire la terre. C'est une promesse plus qu'un contrat.
« J'établis mon alliance avec vous: aucune chair ne sera plus exterminée par les eaux du déluge »Gn 9.11, Segond 1910
L'alliance perpétuelle avec Abraham
Dieu s'engage à être le Dieu d'Abraham et de sa descendance. La formule « je serai ton Dieu » deviendra le cœur de toute la théologie de l'alliance ; la circoncision en est le signe.
« ce sera une alliance perpétuelle, en vertu de laquelle je serai ton Dieu et celui de ta postérité après toi. »Gn 17.7, Segond 1910
L'alliance du Sinaï et ses obligations
Au Sinaï, l'alliance comporte des clauses : les « dix paroles » (Ex 34.28) et les lois qui suivent. Elle est ratifiée par un rite de sang qui lie le peuple à Dieu et engage sa responsabilité.
« Voici le sang de l'alliance que l'Éternel a faite avec vous selon toutes ces paroles. »Ex 24.8, Segond 1910
L'alliance avec David
La promesse faite à David d'une dynastie durable est appelée « alliance éternelle ». Les Psaumes royaux en font le fondement de l'espérance messianique.
« Puisqu'il a fait avec moi une alliance éternelle »2 S 23.5, Segond 1910
L'alliance nouvelle
Face à l'échec de l'alliance du Sinaï, Jérémie annonce une alliance d'un genre nouveau, où la loi sera écrite dans le cœur. Ézéchiel parle d'une « alliance de paix » (Éz 37.26). Le Nouveau Testament y voit l'annonce de l'œuvre du Christ.
« Une alliance nouvelle, »Jr 31.31, Segond 1910
Passerelle hébreu – grec
La Septante traduit berît presque toujours par διαθήκη. Le choix est remarquable, car en grec courant διαθήκη signifie d'abord « testament », disposition par laquelle quelqu'un règle seul le sort de ses biens. Le mot attendu pour un accord entre égaux aurait été συνθήκη, « convention ». En retenant διαθήκη, les traducteurs ont souligné que l'alliance biblique procède de l'initiative souveraine de Dieu, même lorsqu'elle engage le partenaire humain.
Ce choix a des conséquences jusqu'à aujourd'hui. Le Nouveau Testament reprend διαθήκη pour la « nouvelle alliance » de la Cène (Lc 22.20) et cite Jérémie 31 en Hébreux 8. La Vulgate rend le mot grec par « testamentum », d'où les noms d'« Ancien » et de « Nouveau Testament » donnés aux deux parties de la Bible : il faudrait comprendre « ancienne » et « nouvelle alliance ». L'épître aux Hébreux joue d'ailleurs sur le double sens alliance-testament (Hé 9.15-17).
Le débat
Sur quel modèle l'alliance biblique a-t-elle été pensée, et de quand date la théologie de l'alliance ?
- Le modèle des traités hittites (George E. Mendenhall, 1955) : Dans Law and Covenant in Israel and the Ancient Near East, Mendenhall compare l'alliance du Sinaï aux traités de vassalité hittites du IIe millénaire : préambule, rappel des bienfaits, clauses, témoins, bénédictions et malédictions. La théologie de l'alliance remonterait donc aux origines d'Israël.
- Une théologie tardive (Lothar Perlitt, 1969) : Dans Bundestheologie im Alten Testament, Perlitt soutient que la théologie de l'alliance est largement l'œuvre du courant deutéronomique, aux VIIe et VIe siècles, en lien avec les traités assyriens. Les prophètes du VIIIe siècle, sauf Osée, n'emploient guère le mot.
- Engagement plutôt que relation (Ernst Kutsch, 1973) : Dans Verheissung und Gesetz, Kutsch conteste la traduction « alliance » : berît désigne d'abord une obligation, que l'on s'impose à soi-même (promesse) ou que l'on impose à un autre (loi), et non une relation réciproque.
- Deux types d'alliance (Moshe Weinfeld, 1970) : Dans un article du Journal of the American Oriental Society, Weinfeld distingue le traité, qui oblige le vassal (Sinaï), et la donation royale, qui engage le suzerain envers un serviteur fidèle (Abraham, David). Les deux modèles coexistent dans la Bible.
Le rapprochement avec les traités anciens est acquis, mais leur datation exacte reste discutée, et Perlitt a montré le rôle décisif du Deutéronome. La remarque de Kutsch est précieuse : berît met l'accent sur l'engagement, ce que montrent les alliances unilatérales de Noé et d'Abraham. La distinction de Weinfeld permet de tenir ensemble promesse inconditionnelle et exigence d'obéissance, deux faces que Jérémie 31 réunit dans l'alliance nouvelle.
Portée théologique
berît est le mot qui organise toute l'histoire biblique. De Noé à la nouvelle alliance, Dieu ne se contente pas d'agir : il s'engage, il se lie par serment à des partenaires humains. L'alliance n'est donc pas d'abord un contrat entre égaux, mais l'acte par lequel Dieu se donne un peuple et se donne à lui : « je serai ton Dieu » (Gn 17.7), formule qui revient jusqu'à Jérémie 31.33. Ḥesed et ʾĕmet décrivent la manière dont Dieu tient cet engagement.
L'alliance comporte aussi des exigences, et l'histoire d'Israël est celle de leur transgression, que les prophètes dénoncent (Os 6.7). Le paradoxe de Jérémie est que la réponse divine à la rupture n'est pas l'abandon, mais une alliance plus profonde, écrite dans le cœur. Pour la prédication, la Cène est le point d'aboutissement : en parlant de « la nouvelle alliance en mon sang », Jésus relie le sang d'Exode 24 et la promesse de Jérémie. Chaque célébration rappelle ainsi que la foi chrétienne vit d'un engagement de Dieu qui précède et porte celui des croyants.
Chaîne : De Noé à l'alliance nouvelle
- Gn 9.13 L'arc dans la nuée : « j'ai placé mon arc dans la nue, et il servira de signe d'alliance entre moi et la terre. »
- Gn 15.18 Le rite entre les animaux partagés : « En ce jour-là, l'Éternel fit alliance avec Abram, et dit: Je donne ce pays à ta postérité, depuis le fleuve d'Égypte jusqu'au grand fleuve, au fleuve d'Euphrate, »
- Ex 19.5 Si vous gardez mon alliance : « Maintenant, si vous écoutez ma voix, et si vous gardez mon alliance, vous m'appartiendrez entre tous les peuples, car toute la terre est à moi; »
- Ex 24.8 Le sang de l'alliance : « Moïse prit le sang, et il le répandit sur le peuple, en disant: Voici le sang de l'alliance que l'Éternel a faite avec vous selon toutes ces paroles. »
- 2 S 23.5 L'alliance éternelle avec David : « N'en est-il pas ainsi de ma maison devant Dieu, Puisqu'il a fait avec moi une alliance éternelle, En tous points bien réglée et offrant pleine sécurité? Ne fera-t-il pas germer tout mon salut et tous mes désirs? »
- Ps 89.4 Le serment fait à David : « J'ai fait alliance avec mon élu; Voici ce que j'ai juré à David, mon serviteur: »
- Jr 31.31 L'annonce de l'alliance nouvelle : « Voici, les jours viennent, dit l'Éternel, Où je ferai avec la maison d'Israël et la maison de Juda Une alliance nouvelle, »
- Éz 37.26 L'alliance de paix : « Je traiterai avec eux une alliance de paix, et il y aura une alliance éternelle avec eux; je les établirai, je les multiplierai, et je placerai mon sanctuaire au milieu d'eux pour toujours. »
- Os 6.7 L'alliance transgressée : « Ils ont, comme le vulgaire, transgressé l'alliance; C'est alors qu'ils m'ont été infidèles. »
- Ml 3.1 Le messager de l'alliance : « Voici, j'enverrai mon messager; Il préparera le chemin devant moi. Et soudain entrera dans son temple le Seigneur que vous cherchez; Et le messager de l'alliance que vous désirez, voici, il vient, Dit l'Éternel des armées. »
- Lc 22.20 La coupe de la Cène : « Il prit de même la coupe, après le souper, et la leur donna, en disant: Cette coupe est la nouvelle alliance en mon sang, qui est répandu pour vous. »
- Hé 8.8 Jérémie relu par Hébreux : « Car c'est avec l'expression d'un blâme que le Seigneur dit à Israël: Voici, les jours viennent, dit le Seigneur, Où je ferai avec la maison d'Israël et la maison de Juda Une alliance nouvelle, »
Mots apparentés
- ḥesed חֶסֶד : bonté fidèle
- ʾĕmet אֱמֶת : fidélité, vérité
- tôrâ תּוֹרָה : instruction, loi
- diathēkē διαθήκη : alliance, testament
- pešaʿ פֶּשַׁע : transgression, révolte
- šûb שׁוּב : revenir, se convertir
- šālôm שָׁלוֹם : paix, bien-être, intégrité
- šabbāt שַׁבָּת : sabbat, jour de repos
- hāyāh הָיָה : être, devenir, arriver
Autres mots du thème « Alliance et fidélité »
- raḥămîm : compassion, entrailles
- ḥēn : faveur, grâce
- ṣedāqāh : justice, droiture
- mišpāṭ : jugement, droit
- eleos : miséricorde
- charis : grâce, faveur
Bibliographie
- George E. Mendenhall, Law and Covenant in Israel and the Ancient Near East, Pittsburgh, The Biblical Colloquium, 1955.
- Dennis J. McCarthy, Treaty and Covenant, Rome, Pontifical Biblical Institute, 1963 (2e éd. 1978).
- Lothar Perlitt, Bundestheologie im Alten Testament, Neukirchen-Vluyn, Neukirchener Verlag, 1969.
- Ernst Kutsch, Verheissung und Gesetz. Untersuchungen zum sogenannten « Bund » im Alten Testament, Berlin, de Gruyter, 1973.
- Moshe Weinfeld, « The Covenant of Grant in the Old Testament and in the Ancient Near East », Journal of the American Oriental Society 90, 1970 ; et art. « berîth », Theological Dictionary of the Old Testament, vol. 2.
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