raḥămîm רַחֲמִים

Strong H7356 · nom masculin pluriel · compassion, entrailles · 38 occurrences

La compassion qui saisit au plus intime, comme une mère est remuée pour son enfant. Le mot, toujours au pluriel, dit l'émotion profonde qui pousse à épargner, à pardonner et à relever. Appliqué à Dieu, c'est la tendresse qui l'emporte sur la colère.

Racine et étymologie

La racine r-ḥ-m est commune à tout le monde sémitique et y associe régulièrement deux réalités : le sein maternel et la compassion. En hébreu, reḥem (H7358) désigne l'utérus, le « sein » d'où sort l'enfant ; la forme raḥam, rangée sous le même numéro Strong que notre mot, a le même sens en Genèse 49.25, où Jacob bénit « les mamelles et le sein maternel ». L'akkadien, l'araméen et l'arabe connaissent la même association : en arabe, raḥim est la matrice et raḥma la miséricorde, d'où les deux noms divins qui ouvrent presque toutes les sourates du Coran.

Le pluriel raḥămîm est un pluriel d'intensité ou d'abstraction, fréquent en hébreu pour les sentiments : il ne désigne pas plusieurs compassions, mais la compassion dans toute sa force. L'ancienne traduction « entrailles » (Gn 43.30 ; 1 R 3.26 ; Pr 12.10) restitue bien cette dimension physique : l'émotion est localisée dans le ventre, siège des sentiments profonds dans l'anthropologie biblique.

La famille comprend le verbe riḥam (H7355), « avoir compassion », et l'adjectif raḥûm (H7349), « miséricordieux », qui qualifie presque toujours Dieu et ouvre la grande formule d'Exode 34.6. L'araméen biblique emploie un équivalent, raḥămîn (H7359), dans le livre de Daniel.

Sens et emplois

  1. L'émotion des entrailles

    Au sens premier, raḥămîm est un bouleversement intérieur, presque physique, devant un être aimé. Joseph, qui revoit Benjamin sans se faire reconnaître, doit sortir pour pleurer. Le texte attribue à un homme ce que la racine associe au sein maternel.

    « Ses entrailles étaient émues pour son frère, et il avait besoin de pleurer »Gn 43.30, Segond 1910
  2. L'amour maternel qui se sacrifie

    Dans le jugement de Salomon, la vraie mère se reconnaît à ce que ses raḥămîm la poussent à renoncer à son enfant plutôt que de le voir mourir. Le récit met en scène le lien entre la racine et la maternité.

    « sentit ses entrailles s'émouvoir pour son fils »1 R 3.26, Segond 1910
  3. Faveur obtenue d'un tiers

    Avec un verbe de don, le mot désigne la bienveillance que Dieu suscite chez un puissant envers l'un des siens : Jacob pour ses fils devant le vizir d'Égypte, Néhémie devant le roi perse, Daniel devant le chef des eunuques.

    « Dieu fit trouver à Daniel faveur et grâce devant le chef des eunuques. »Dn 1.9, Segond 1910
  4. La compassion de Dieu, fondement du pardon

    Le sens théologique dominant : le pécheur n'a d'autre recours que la compassion de Dieu. Le Psaume 51 en fait la base de sa prière, aux côtés de la bonté (ḥesed).

    « Selon ta grande miséricorde, efface mes transgressions; »Ps 51.3, Segond 1910
  5. La tendresse qui restaure après le jugement

    Chez les prophètes de l'exil, raḥămîm désigne le retournement de Dieu vers son peuple après le châtiment. L'abandon est bref, la compassion est « grande » : la disproportion est voulue.

    « Quelques instants je t'avais abandonnée, Mais avec une grande affection je t'accueillerai; »És 54.7, Segond 1910
  6. La compassion exigée entre humains

    Ce que Dieu manifeste, il le demande. Zacharie résume l'éthique prophétique par un trio : justice, bonté et compassion. Inversement, Amos condamne Édom pour avoir « étouffé sa compassion » envers son frère.

    « Et ayez l'un pour l'autre de la bonté et de la miséricorde. »Za 7.9, Segond 1910

Passerelle hébreu – grec

La Septante rend généralement raḥămîm par οἰκτιρμοί, « compassions », en conservant le pluriel hébreu, qui est inhabituel en grec. On le retrouve chez Paul, qui exhorte « par les compassions de Dieu » (Rm 12.1) et bénit « le Père des miséricordes » (2 Co 1.3) : le pluriel est un hébraïsme qui trahit l'arrière-plan de la Bible grecque. Ailleurs, le traducteur emploie ἔλεος, ce qui rapproche raḥămîm de ḥesed dans le vocabulaire chrétien.

L'image corporelle des entrailles passe dans le Nouveau Testament par un autre mot : σπλάγχνα, « viscères », et le verbe σπλαγχνίζομαι, « être pris aux entrailles ». Ce verbe décrit Jésus devant les foules et le père qui voit revenir son fils (Lc 15.20). Zacharie chante « les entrailles de la miséricorde de notre Dieu » (Lc 1.78), formule qui réunit les deux mots grecs. La Vulgate dit « miserationes » ou « viscera misericordiae », d'où les « entrailles de miséricorde » de la tradition française.

Le débat

Quand la Bible parle des raḥămîm de Dieu, faut-il entendre une image maternelle ?

Les deux remarques sont justes à des niveaux différents. Dans la plupart des emplois, raḥămîm signifie simplement « compassion », sans image consciente. Mais certains textes réactivent délibérément la racine, en plaçant côte à côte le sein, l'enfant et la pitié (1 R 3.26 ; És 49.15 ; Jr 31.20). Le lecteur doit donc juger au cas par cas : l'image maternelle n'est pas partout, mais là où le texte la convoque, elle est voulue.

Portée théologique

Là où ḥesed dit la fidélité de Dieu à son engagement, raḥămîm dit son émotion. Le Dieu de la Bible n'est pas impassible : il est « remué » pour son peuple comme une mère pour son enfant ou un frère pour son frère. Cette compassion n'est pas une faiblesse sentimentale ; elle est la raison pour laquelle le jugement n'a pas le dernier mot. Daniel l'exprime avec netteté : on ne prie pas Dieu en invoquant sa propre justice, mais « à cause de tes grandes compassions » (Dn 9.18).

Pour la prédication, les textes de l'exil sont les plus parlants. Ésaïe compare la durée de la colère (« quelques instants ») à la grandeur de la compassion, et les Lamentations, écrites au milieu des ruines de Jérusalem, osent affirmer que ces compassions « ne sont pas à leur terme ». Le Nouveau Testament reprend ce langage : quand Jésus est « ému de compassion » devant les foules ou que le père court vers son fils perdu, c'est la tendresse du Dieu d'Israël qui devient visible. La conséquence éthique suit : Zacharie et Amos montrent qu'étouffer sa compassion envers son frère est une faute aussi grave que l'injustice.

Chaîne : La tendresse de Dieu

  1. Gn 43.30 Joseph ému pour son frère : « Ses entrailles étaient émues pour son frère, et il avait besoin de pleurer; il entra précipitamment dans une chambre, et il y pleura. »
  2. Ex 34.6 Le Dieu miséricordieux : « Et l'Éternel passa devant lui, et s'écria: L'Éternel, l'Éternel, Dieu miséricordieux et compatissant, lent à la colère, riche en bonté et en fidélité, »
  3. 1 R 3.26 La vraie mère : « Alors la femme dont le fils était vivant sentit ses entrailles s'émouvoir pour son fils, et elle dit au roi: Ah! mon seigneur, donnez-lui l'enfant qui vit, et ne le faites point mourir. Mais l'autre dit: Il ne sera ni à moi ni à toi; coupez-le! »
  4. Ps 51.3 La prière du pécheur : « Au chef des chantres. Psaume de David. Lorsque Nathan, le prophète, vint à lui, après que David fut allé vers Bath-Schéba. Ô Dieu! aie pitié de moi dans ta bonté; Selon ta grande miséricorde, efface mes transgressions; »
  5. Ps 103.13 Comme un père : « Comme un père a compassion de ses enfants, L'Éternel a compassion de ceux qui le craignent. »
  6. És 49.15 Plus qu'une mère : « Une femme oublie-t-elle l'enfant qu'elle allaite? N'a-t-elle pas pitié du fruit de ses entrailles? Quand elle l'oublierait, Moi je ne t'oublierai point. »
  7. És 54.7 Un instant d'abandon : « Quelques instants je t'avais abandonnée, Mais avec une grande affection je t'accueillerai; »
  8. Jr 31.20 Éphraïm, fils chéri : « Éphraïm est-il donc pour moi un fils chéri, Un enfant qui fait mes délices? Car plus je parle de lui, plus encore son souvenir est en moi; Aussi mes entrailles sont émues en sa faveur: J'aurai pitié de lui, dit l'Éternel. - »
  9. Lm 3.22 Des compassions sans terme : « Les bontés de l'Éternel ne sont pas épuisées, Ses compassions ne sont pas à leur terme; »
  10. Os 2.19 Les fiançailles renouvelées : « Je serai ton fiancé pour toujours; je serai ton fiancé par la justice, la droiture, la grâce et la miséricorde; »
  11. Lc 15.20 Le père ému de compassion : « Et il se leva, et alla vers son père. Comme il était encore loin, son père le vit et fut ému de compassion, il courut se jeter à son cou et le baisa. »
  12. 2 Co 1.3 Le Père des miséricordes : « Béni soit Dieu, le Père de notre Seigneur Jésus-Christ, le Père des miséricordes et le Dieu de toute consolation, »

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Bibliographie

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