mišpāṭ מִשְׁפָּט

Strong H4941 · nom masculin · jugement, droit · 419 occurrences

Tout ce qui relève de l'acte de juger : la sentence, le procès, la loi qui sert de règle, le droit de chacun, et finalement la justice elle-même. Dans la Bible, le mišpāṭ est surtout le droit rendu à ceux qui ne peuvent le défendre seuls : l'orphelin, la veuve, l'étranger.

Racine et étymologie

mišpāṭ est formé sur le verbe šāpaṭ (H8199), « juger », avec le préfixe mi-, qui sert en hébreu à désigner le lieu, l'instrument ou le résultat d'une action. Le mot recouvre donc tout le champ de l'acte de juger : l'action elle-même, la décision qui en résulte, la règle qui la guide et le droit qu'elle reconnaît. Le « pectoral du jugement » porté par le grand prêtre (Ex 28.15) tire son nom de cette fonction de décision.

Le verbe šāpaṭ est plus large que notre « juger ». Il désigne aussi l'exercice du gouvernement : les « juges » (šōpeṭîm) du livre qui porte ce nom sont des chefs qui délivrent Israël plus que des magistrats qui tranchent des procès. La même racine se retrouve en phénicien, et les deux magistrats suprêmes de Carthage s'appelaient les « suffètes », transcription latine du même mot.

Juger, dans ce monde, c'est donc rétablir l'ordre troublé : donner raison à qui a raison, réprimer qui opprime. C'est ce qui explique que mišpāṭ puisse signifier à la fois « condamnation » pour le coupable et « délivrance » pour la victime, et qu'il s'associe si souvent à ṣedāqāh, « justice ».

Sens et emplois

  1. La décision du juge

    Au sens premier, mišpāṭ est la sentence prononcée à l'issue d'un procès. Le jugement de Salomon entre les deux mères en est l'exemple le plus connu : sa sentence révèle la sagesse que Dieu lui a donnée.

    « Tout Israël apprit le jugement que le roi avait prononcé. »1 R 3.28, Segond 1910
  2. La justice du juge universel

    Dieu est le juge de toute la terre, et le mišpāṭ est ce qu'on attend de lui. Abraham ose lui rappeler cette exigence pour plaider en faveur des justes de Sodome.

    « Celui qui juge toute la terre n'exercera-t-il pas la justice? »Gn 18.25, Segond 1910
  3. Le droit rendu aux faibles

    Le sens le plus caractéristique de la Bible : faire le mišpāṭ de quelqu'un, c'est le rétablir dans son droit. Dieu le fait pour ceux qui n'ont pas de défenseur, et la Loi exige qu'Israël l'imite.

    « qui fait droit à l'orphelin et à la veuve, qui aime l'étranger »Dt 10.18, Segond 1910
  4. Lois, ordonnances

    Au pluriel, mišpāṭîm désigne les règles de droit qui servent de base aux jugements. Le « Code de l'alliance » (Ex 21-23) s'ouvre par ce mot, et le Deutéronome l'associe constamment aux « lois » (ḥuqqîm).

    « Voici les lois que tu leur présenteras. »Ex 21.1, Segond 1910
  5. Le droit d'une personne

    Le mot désigne aussi le droit reconnu à quelqu'un par la coutume : droit d'aînesse (Dt 21.17), droit de rachat d'une terre familiale, que Jérémie exerce en pleine invasion babylonienne comme signe d'espérance.

    « car tu as le droit de rachat pour l'acquérir. »Jr 32.7, Segond 1910
  6. Coutume, manière de faire

    Par extension, mišpāṭ signifie la règle habituelle, la manière de faire. Samuel décrit ainsi « le droit du roi », c'est-à-dire les usages, peu enviables, de la royauté que le peuple réclame.

    « Voici quel sera le droit du roi qui régnera sur vous. »1 S 8.11, Segond 1910

Passerelle hébreu – grec

La Septante répartit mišpāṭ entre plusieurs mots grecs selon le sens : κρίσις, « jugement, décision », est le plus fréquent ; κρίμα désigne le verdict ; δικαίωμα rend souvent le pluriel « ordonnances » ; δικαιοσύνη apparaît parfois quand le mot signifie la justice en général. Cette dispersion montre bien qu'aucun mot grec ne couvrait à lui seul toute l'étendue de l'hébreu.

Le Nouveau Testament garde la trace du sens hébreu. En citant le premier chant du Serviteur, Matthieu 12.18 écrit que le Serviteur « annoncera la justice aux nations » : le grec dit κρίσις, mais il faut y entendre le mišpāṭ d'Ésaïe 42.1, la justice qui ne brise pas le roseau cassé. De même, quand Jésus reproche aux pharisiens de négliger « la justice, la miséricorde et la fidélité » (Mt 23.23), le premier terme est κρίσις, écho direct de Michée 6.8. La Vulgate dit « iudicium » ; Segond alterne entre « jugement », « justice », « droit », « loi » et « manière ».

Le débat

Le mišpāṭ est-il l'application impartiale d'une règle, ou une justice qui prend parti pour le faible ?

Les textes tiennent ensemble impartialité et parti pris. Le juge humain ne doit pas fausser le droit, même en faveur du pauvre (Lv 19.15) ; mais comme le droit est sans cesse détourné au profit des puissants, rétablir le mišpāṭ revient concrètement à défendre l'orphelin et la veuve (És 1.17). Liedke et Weinfeld montrent que cette justice est restauration d'un ordre social ; Miranda en souligne avec force la portée libératrice, au risque d'oublier sa dimension de jugement.

Portée théologique

Le mišpāṭ révèle un trait essentiel du Dieu biblique : il est juge, mais un juge qui prend la défense de ceux que personne ne défend. Le Deutéronome le présente comme celui « qui fait droit à l'orphelin et à la veuve » et qui aime l'étranger (Dt 10.18) ; les Psaumes affirment que la justice et le droit sont « la base de son trône » (Ps 89.15). Le jugement de Dieu n'est donc pas d'abord une menace pour les faibles, mais une espérance : il viendra remettre chacun à sa place.

Cette justice devient une exigence pour Israël. Les prophètes jugent la religion à l'aune du mišpāṭ : Amos veut qu'il coule comme de l'eau, Michée en fait la première des trois choses que Dieu demande, Ésaïe appelle à « faire droit à l'orphelin ». Le Serviteur d'Ésaïe 42 établit le droit sur la terre sans briser le roseau cassé : douceur et justice ne s'opposent pas. Pour la prédication, Matthieu 23.23 est un bon point d'appui : on peut être scrupuleux dans les détails religieux et négliger « ce qui est plus important dans la loi ».

Chaîne : Faire droit au faible

  1. Gn 18.25 Le juge de toute la terre : « Faire mourir le juste avec le méchant, en sorte qu'il en soit du juste comme du méchant, loin de toi cette manière d'agir! loin de toi! Celui qui juge toute la terre n'exercera-t-il pas la justice? »
  2. Ex 21.1 Le code de l'alliance : « Voici les lois que tu leur présenteras. »
  3. Lv 19.15 Juger sans partialité : « Tu ne commettras point d'iniquité dans tes jugements: tu n'auras point égard à la personne du pauvre, et tu ne favoriseras point la personne du grand, mais tu jugeras ton prochain selon la justice. »
  4. Dt 10.18 Le Dieu de l'orphelin et de la veuve : « qui fait droit à l'orphelin et à la veuve, qui aime l'étranger et lui donne de la nourriture et des vêtements. »
  5. 1 R 3.28 La sagesse de Salomon : « Tout Israël apprit le jugement que le roi avait prononcé. Et l'on craignit le roi, car on vit que la sagesse de Dieu était en lui pour le diriger dans ses jugements. »
  6. Ps 89.15 La base du trône : « La justice et l'équité sont la base de ton trône. La bonté et la fidélité sont devant ta face. »
  7. És 1.17 Apprenez à faire le bien : « Apprenez à faire le bien, recherchez la justice, Protégez l'opprimé; Faites droit à l'orphelin, Défendez la veuve. »
  8. És 42.3 Le Serviteur et le roseau cassé : « Il ne brisera point le roseau cassé, Et il n'éteindra point la mèche qui brûle encore; Il annoncera la justice selon la vérité. »
  9. Am 5.24 Que la droiture coule : « Mais que la droiture soit comme un courant d'eau, Et la justice comme un torrent qui jamais ne tarit. »
  10. Mi 6.8 Ce que Dieu demande : « On t'a fait connaître, ô homme, ce qui est bien; Et ce que l'Éternel demande de toi, C'est que tu pratiques la justice, Que tu aimes la miséricorde, Et que tu marches humblement avec ton Dieu. »
  11. Mt 12.18 La justice annoncée aux nations : « Voici mon serviteur que j'ai choisi, Mon bien-aimé en qui mon âme a pris plaisir. Je mettrai mon Esprit sur lui, Et il annoncera la justice aux nations. »
  12. Mt 23.23 Le plus important dans la Loi : « Malheur à vous, scribes et pharisiens hypocrites! parce que vous payez la dîme de la menthe, de l'aneth et du cumin, et que vous laissez ce qui est plus important dans la loi, la justice, la miséricorde et la fidélité: c'est là ce qu'il fallait pratiquer, sans négliger les autres choses. »

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Bibliographie

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