šabbāt שַׁבָּת

Strong H7676 · nom féminin (parfois masculin) · sabbat, jour de repos · 111 occurrences

Le septième jour, où l'on cesse tout travail pour le consacrer à Dieu. Le sabbat rappelle la création et la sortie d'Égypte ; il est le signe de l'alliance. Le mot désigne aussi l'année de repos de la terre et certains jours de fête.

Racine et étymologie

Šabbāt se rattache au verbe šābat (H7673), « cesser, s'arrêter, chômer ». Le sens premier n'est donc pas « se reposer » au sens de se détendre, mais « interrompre » une activité. Le récit de la création le montre : « il se reposa au septième jour » (Gn 2.2) signifie d'abord que Dieu cesse son œuvre. La forme intensive du nom (avec la consonne b redoublée) a parfois été comprise comme « jour où l'on cesse vraiment », mais ce point de grammaire est discuté.

On a rapproché šabbāt de l'akkadien šapattu, le quinzième jour du mois babylonien, jour de la pleine lune, appelé « jour de l'apaisement du cœur » des dieux. La ressemblance des mots est réelle, mais les institutions diffèrent : šapattu est un jour du mois lunaire, alors que le sabbat biblique revient tous les sept jours, indépendamment de la lune. Aucun texte du Proche-Orient ancien ne connaît une semaine de sept jours rythmée par un jour chômé pour tous, serviteurs et bétail compris.

De la même racine vient šabbātôn (H7677), « repos solennel », souvent associé à šabbāt dans l'expression superlative šabbat šabbātôn, « sabbat de repos complet », employée pour le sabbat hebdomadaire (Ex 31.15) et pour le jour des expiations (Lv 23.32). Le mot hébreu est passé dans de nombreuses langues par le grec et le latin : le français « samedi » vient du latin populaire sambati dies, « jour du sabbat ».

Sens et emplois

  1. Le septième jour chômé

    Le sens central : chaque septième jour, tout travail cesse. Le commandement s'étend à toute la maisonnée, y compris les serviteurs, le bétail et l'étranger. C'est un repos qui ne connaît pas de privilège.

    « Mais le septième jour est le jour du repos de l'Éternel, ton Dieu: tu ne feras aucun ouvrage, »Ex 20.10, Segond 1910
  2. Le signe de l'alliance

    Comme l'arc-en-ciel pour Noé ou la circoncision pour Abraham, le sabbat est un « signe » entre Dieu et Israël. Il rappelle que c'est Dieu qui sanctifie son peuple. Ézéchiel reprend cette formule (Éz 20.12).

    « un signe auquel on connaîtra que je suis l'Éternel qui vous sanctifie. »Ex 31.13, Segond 1910
  3. Un mémorial de la libération

    Le Deutéronome donne une autre raison au sabbat que l'Exode : non plus le repos de Dieu après la création, mais la sortie d'Égypte. Un peuple libéré de l'esclavage ne doit pas faire travailler sans fin ses propres serviteurs.

    « Tu te souviendras que tu as été esclave au pays d'Égypte, »Dt 5.15, Segond 1910
  4. L'année sabbatique

    Le rythme du septième s'applique aussi aux années : tous les sept ans, la terre est laissée au repos. Les Chroniques interprètent l'exil comme le temps où la terre a enfin « joui de ses sabbats » (2 Ch 36.21).

    « Mais la septième année sera un sabbat, un temps de repos pour la terre, »Lv 25.4, Segond 1910
  5. Un jour solennel de fête

    Le mot peut désigner d'autres jours que le samedi, en particulier le jour des expiations, appelé « sabbat » parce que tout travail y est interdit, même s'il ne tombe pas le septième jour de la semaine.

    « Ce sera pour vous un sabbat, un jour de repos, et vous humilierez vos âmes; »Lv 23.32, Segond 1910
  6. Les délices du sabbat

    Après l'exil, les prophètes présentent le sabbat comme une joie et un lieu d'accueil : l'étranger et l'eunuque qui le gardent sont admis dans l'alliance (És 56.2-7). Le sabbat n'est pas d'abord une privation, mais un jour pour Dieu.

    « Si tu fais du sabbat tes délices, Pour sanctifier l'Éternel en le glorifiant, »És 58.13, Segond 1910

Passerelle hébreu – grec

La Septante ne traduit pas le mot : elle le transcrit. Σάββατον, souvent au pluriel τὰ σάββατα, reproduit probablement la forme araméenne šabbetāʾ. Ce choix signale une institution sans équivalent dans le monde grec. Les auteurs grecs et latins ont d'ailleurs remarqué cette coutume juive, souvent pour s'en moquer.

Dans le Nouveau Testament, σάββατον a deux sens. Il désigne le sabbat, qui est au cœur de nombreux conflits entre Jésus et ses adversaires : guérisons le jour du sabbat (Lc 13.16 ; Jn 5.16), épis arrachés (Mc 2.23-28). Il désigne aussi la semaine entière : « je jeûne deux fois la semaine » (Lc 18.12) et « le premier jour de la semaine », jour de la résurrection (Mc 16.2) et de la fraction du pain (Ac 20.7). L'épître aux Hébreux forge σαββατισμός, « repos de sabbat » (Hé 4.9), pour parler du repos final promis au peuple de Dieu. Segond traduit tantôt « sabbat », tantôt « jour du repos ».

Le débat

Le sabbat vient-il de Babylone, d'une ancienne fête de pleine lune, ou est-il une création propre à Israël ?

L'hypothèse babylonienne confond un mot proche et une institution différente. Le couple « nouvelle lune et sabbat » des prophètes reste une vraie question, mais les lois anciennes sur le septième jour montrent que le rythme hebdomadaire n'est pas né à l'exil. Ce qui est propre à la Bible, c'est le sens donné à ce rythme : un temps sanctifié qui imite le Créateur (Ex 20.11) et libère l'esclave (Dt 5.15).

Portée théologique

Le sabbat est la première chose que la Bible appelle « sainte » : Dieu bénit et sanctifie un jour avant de sanctifier un lieu (Gn 2.3). Le rabbin Abraham Joshua Heschel a parlé du sabbat comme d'une « cathédrale dans le temps ». Le sabbat apprend à Israël que le temps appartient à Dieu, et que l'homme n'est pas défini par ce qu'il produit.

Les deux versions du commandement se complètent. L'Exode fonde le sabbat sur la création : l'homme imite Dieu qui cesse son œuvre. Le Deutéronome le fonde sur l'Exode : un peuple libéré n'asservit pas. Le sabbat est donc à la fois culte et justice sociale ; le serviteur, l'étranger et même le bétail en profitent. Les prophètes dénoncent ceux qui attendent la fin du sabbat pour reprendre leurs trafics (Am 8.5).

Jésus ne supprime pas le sabbat : il le fréquente « selon sa coutume » (Lc 4.16). Mais il en rappelle le but : « le sabbat a été fait pour l'homme » (Mc 2.27), et il choisit ce jour pour délivrer et guérir. Les premiers chrétiens se réunissent « le premier jour de la semaine », jour de la résurrection, et l'épître aux Hébreux annonce un « repos de sabbat » à venir. Pour la prédication, le sabbat invite à se demander si notre manière de vivre laisse place à un temps libre pour Dieu et pour les autres.

Chaîne : Le repos que Dieu donne

  1. Gn 2.3 Le septième jour béni : « Dieu bénit le septième jour, et il le sanctifia, parce qu'en ce jour il se reposa de toute son œuvre qu'il avait créée en la faisant. »
  2. Ex 16.29 La manne et le sabbat : « Considérez que l'Éternel vous a donné le sabbat; c'est pourquoi il vous donne au sixième jour de la nourriture pour deux jours. Que chacun reste à sa place, et que personne ne sorte du lieu où il est au septième jour. »
  3. Ex 20.8 Souviens-toi du jour du repos : « Souviens-toi du jour du repos, pour le sanctifier. »
  4. Ex 31.13 Un signe entre Dieu et Israël : « Parle aux enfants d'Israël, et dis-leur: Vous ne manquerez pas d'observer mes sabbats, car ce sera entre moi et vous, et parmi vos descendants, un signe auquel on connaîtra que je suis l'Éternel qui vous sanctifie. »
  5. Lv 25.4 Le repos de la terre : « Mais la septième année sera un sabbat, un temps de repos pour la terre, un sabbat en l'honneur de l'Éternel: tu n'ensemenceras point ton champ, et tu ne tailleras point ta vigne. »
  6. Dt 5.15 Tu as été esclave : « Tu te souviendras que tu as été esclave au pays d'Égypte, et que l'Éternel, ton Dieu, t'en a fait sortir à main forte et à bras étendu: c'est pourquoi l'Éternel, ton Dieu, t'a ordonné d'observer le jour du repos. »
  7. Né 13.17 Néhémie et le sabbat profané : « Je fis des réprimandes aux grands de Juda, et je leur dis: Que signifie cette mauvaise action que vous faites, en profanant le jour du sabbat? »
  8. És 58.13 Le sabbat, tes délices : « Si tu retiens ton pied pendant le sabbat, Pour ne pas faire ta volonté en mon saint jour, Si tu fais du sabbat tes délices, Pour sanctifier l'Éternel en le glorifiant, Et si tu l'honores en ne suivant point tes voies, En ne te livrant pas à tes penchants et à de vains discours, »
  9. Mc 2.27 Le sabbat fait pour l'homme : « Puis il leur dit: Le sabbat a été fait pour l'homme, et non l'homme pour le sabbat, »
  10. Lc 13.16 Délivrer le jour du sabbat : « Et cette femme, qui est une fille d'Abraham, et que Satan tenait liée depuis dix-huit ans, ne fallait-il pas la délivrer de cette chaîne le jour du sabbat? »
  11. Ac 20.7 Le premier jour de la semaine : « Le premier jour de la semaine, nous étions réunis pour rompre le pain. Paul, qui devait partir le lendemain, s'entretenait avec les disciples, et il prolongea son discours jusqu'à minuit. »
  12. Hé 4.9 Un repos de sabbat réservé : « Il y a donc un repos de sabbat réservé au peuple de Dieu. »

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Bibliographie

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