kōhēn כֹּהֵן

Strong H3548 · nom masculin · prêtre, sacrificateur · 750 occurrences

Le prêtre : celui qui se tient devant Dieu pour le peuple. Il offre les sacrifices, fait l'expiation, bénit, distingue le pur de l'impur et enseigne la Loi. Le mot désigne aussi les prêtres des autres peuples et, dans le Psaume 110, un roi-prêtre à venir.

Racine et étymologie

Kōhēn a la forme d'un participe actif, mais le verbe dont il dériverait n'existe pas en hébreu biblique. Le verbe kihēn (H3547), « exercer le sacerdoce », est au contraire tiré du nom, de même que kehunnâ (H3550), « sacerdoce ». L'étymologie reste donc obscure. On a proposé un lien avec la racine k-w-n, « se tenir debout, être établi » : le prêtre serait « celui qui se tient » devant la divinité. Cette hypothèse est séduisante, car l'expression « se tenir devant l'Éternel » décrit bien le service sacerdotal (Dt 10.8), mais elle n'est pas démontrée.

Le mot est ancien et commun au monde sémitique de l'Ouest. Les textes d'Ougarit (XIIIᵉ siècle av. J.-C.) connaissent les khnm, « prêtres », et un rb khnm, « chef des prêtres ». Le phénicien et l'araméen emploient le même terme. En arabe, kāhin désigne le devin, qui transmet des oracles : ce glissement rappelle qu'en Israël aussi le prêtre consultait Dieu par l'éphod et les Urim et Thummim (1 S 23.9-12 ; Nb 27.21).

L'hébreu emploie le même mot pour les prêtres d'Israël et ceux des nations : Poti-Phéra, prêtre d'On en Égypte (Gn 41.45), Jéthro, prêtre de Madian (Ex 2.16), ou les prêtres de Baal (2 R 10.19). Plus surprenant, 2 Samuel 8.18 appelle les fils de David kōhănîm ; Segond traduit « ministres d'état », et le texte parallèle de 1 Chroniques 18.17 dit « les premiers auprès du roi ». Le mot pouvait donc avoir, à l'époque royale, un sens plus large que le service de l'autel.

Sens et emplois

  1. Prêtre hors d'Israël

    Le mot n'est pas réservé au culte israélite. Melchisédek, prêtre-roi de Salem, apparaît avant toute institution sacerdotale en Israël et bénit Abram. Segond le dit « sacrificateur », mais emploie « prêtre » pour les cultes étrangers (Gn 41.45).

    « Melchisédek, roi de Salem, fit apporter du pain et du vin: il était sacrificateur du Dieu Très-Haut. »Gn 14.18, Segond 1910
  2. L'officiant de l'autel

    Dans le Lévitique, le prêtre reçoit le sang, le présente sur l'autel et « fait l'expiation ». Seuls les descendants d'Aaron peuvent accomplir ces gestes, qui rendent possible le pardon.

    « C'est ainsi que le sacrificateur fera pour eux l'expiation, et il leur sera pardonné. »Lv 4.20, Segond 1910
  3. Le gardien de la Loi

    Le prêtre est aussi un enseignant et un juge. On vient le consulter (Dt 17.9 ; Ag 2.11), il déclare pur ou impur (Lv 13.3). Malachie en fait un « envoyé » de Dieu, et Osée accuse les prêtres d'avoir oublié la connaissance (Os 4.6).

    « Car les lèvres du sacrificateur doivent garder la science, Et c'est à sa bouche qu'on demande la loi, »Ml 2.7, Segond 1910
  4. Le grand prêtre

    Parmi les prêtres, l'un porte l'onction et les vêtements sacrés. Il est soumis à des règles de pureté plus strictes et, seul, entre une fois par an dans le lieu très saint (Lv 16.32).

    « Le sacrificateur qui a la supériorité sur ses frères, sur la tête duquel a été répandue l'huile d'onction, »Lv 21.10, Segond 1910
  5. Un peuple de prêtres

    Au Sinaï, avant même l'institution d'Aaron, Israël tout entier reçoit une vocation sacerdotale : servir de médiateur entre Dieu et les nations. Ésaïe la reprend pour le peuple restauré (És 61.6).

    « vous serez pour moi un royaume de sacrificateurs et une nation sainte. »Ex 19.6, Segond 1910
  6. Le roi-prêtre à venir

    Le Psaume 110 annonce un roi de la lignée de David qui sera aussi prêtre, non à la manière d'Aaron, mais « à la manière de Melchisédek ». Zacharie entrevoit un prêtre sur un trône (Za 6.13).

    « Tu es sacrificateur pour toujours, À la manière de Melchisédek. »Ps 110.4, Segond 1910

Passerelle hébreu – grec

La Septante traduit kōhēn par ἱερεύς, le prêtre des sanctuaires grecs, formé sur ἱερός, « sacré ». Le grand prêtre (hakkōhēn haggādôl) devient ὁ ἱερεὺς ὁ μέγας, puis ἀρχιερεύς, le titre courant à l'époque du Nouveau Testament. Dans les évangiles et les Actes, les ἀρχιερεῖς, « principaux sacrificateurs », forment avec les anciens et les scribes l'autorité du Temple de Jérusalem.

Le Nouveau Testament n'appelle jamais ἱερεύς un responsable de l'Église : ceux-ci sont des « anciens » (πρεσβύτεροι) ou des « surveillants » (ἐπίσκοποι). Le titre de prêtre est réservé au Christ, « sacrificateur pour toujours selon l'ordre de Melchisédek » (Hé 7.17), et à l'ensemble des croyants, « sacerdoce royal » (1 P 2.9 ; Ap 1.6). Le français crée ici une difficulté : notre mot « prêtre » vient de presbyter, « ancien », et non de ἱερεύς. C'est pourquoi Segond, comme d'autres traductions protestantes, rend kōhēn et ἱερεύς par « sacrificateur » et réserve « prêtre » aux cultes païens.

Le débat

Prêtres et lévites : deux ordres distincts dès l'époque de Moïse, ou le résultat d'une histoire de rivalités entre familles sacerdotales ?

Les textes portent la trace d'une histoire complexe : Deutéronome, Ézéchiel et les textes sacerdotaux ne parlent pas des lévites de la même façon. L'approche de Cross, qui voit des familles en tension plutôt qu'une simple évolution en ligne droite, rend mieux compte des récits. Quelle que soit la reconstruction retenue, la fonction reste la même : le prêtre se tient entre Dieu et le peuple pour offrir, bénir et enseigner.

Portée théologique

Le prêtre biblique est un médiateur. Il porte devant Dieu les noms des tribus gravés sur son pectoral (Ex 28.29), et il porte vers le peuple la bénédiction de Dieu (Nb 6.23-27). Sa fonction ne se limite pas aux sacrifices : il enseigne, juge, discerne le pur et l'impur. Les prophètes jugent sévèrement les prêtres qui ont oublié cette mission d'enseignement (Os 4.6 ; Mi 3.11), car un peuple sans connaissance de Dieu périt.

L'Ancien Testament ouvre déjà deux perspectives qui dépassent le sacerdoce d'Aaron. D'abord, tout Israël est appelé à être « un royaume de sacrificateurs » pour les nations. Ensuite, le Psaume 110 annonce un roi-prêtre qui n'est pas de la tribu de Lévi. L'épître aux Hébreux construit toute sa réflexion sur ce psaume : Jésus, de la tribu de Juda, est prêtre « selon l'ordre de Melchisédek », et son sacerdoce, qui ne passe pas à un successeur, accomplit celui d'Aaron.

La Réforme protestante a tiré de 1 Pierre 2.9 la doctrine du « sacerdoce universel des croyants » : chaque chrétien a accès à Dieu par le Christ et peut intercéder pour les autres. Les traditions catholique et orthodoxe gardent un sacerdoce ministériel tout en affirmant le sacerdoce commun des baptisés. Pour la prédication, le kōhēn rappelle que le peuple de Dieu existe pour les autres : il se tient devant Dieu au nom du monde.

Chaîne : Du prêtre d'Aaron au sacerdoce de tous

  1. Gn 14.18 Melchisédek, prêtre-roi : « Melchisédek, roi de Salem, fit apporter du pain et du vin: il était sacrificateur du Dieu Très-Haut. »
  2. Ex 19.6 Un royaume de sacrificateurs : « vous serez pour moi un royaume de sacrificateurs et une nation sainte. Voilà les paroles que tu diras aux enfants d'Israël. »
  3. Ex 28.1 Aaron et ses fils consacrés : « Fais approcher de toi Aaron, ton frère, et ses fils, et prends-les parmi les enfants d'Israël pour les consacrer à mon service dans le sacerdoce: Aaron et les fils d'Aaron, Nadab, Abihu, Eléazar et Ithamar. »
  4. Nb 6.23 La bénédiction sacerdotale : « Parle à Aaron et à ses fils, et dis: Vous bénirez ainsi les enfants d'Israël, vous leur direz: »
  5. Dt 33.10 Enseigner et offrir : « Ils enseignent tes ordonnances à Jacob, Et ta loi à Israël; Ils mettent l'encens sous tes narines, Et l'holocauste sur ton autel. »
  6. 1 S 2.35 Un sacrificateur fidèle : « Je m'établirai un sacrificateur fidèle, qui agira selon mon cœur et selon mon âme; je lui bâtirai une maison stable, et il marchera toujours devant mon oint. »
  7. Ps 110.4 À la manière de Melchisédek : « L'Éternel l'a juré, et il ne s'en repentira point: Tu es sacrificateur pour toujours, À la manière de Melchisédek. »
  8. Ml 2.7 Les lèvres qui gardent la science : « Car les lèvres du sacrificateur doivent garder la science, Et c'est à sa bouche qu'on demande la loi, Parce qu'il est un envoyé de l'Éternel des armées. »
  9. Mc 1.44 Va te montrer au sacrificateur : « et lui dit: Garde-toi de rien dire à personne; mais va te montrer au sacrificateur, et offre pour ta purification ce que Moïse a prescrit, afin que cela leur serve de témoignage. »
  10. Hé 7.17 Sacrificateur pour toujours : « car ce témoignage lui est rendu: Tu es sacrificateur pour toujours Selon l'ordre de Melchisédek. »
  11. 1 P 2.9 Un sacerdoce royal : « Vous, au contraire, vous êtes une race élue, un sacerdoce royal, une nation sainte, un peuple acquis, afin que vous annonciez les vertus de celui qui vous a appelés des ténèbres à son admirable lumière, »
  12. Ap 1.6 Des sacrificateurs pour Dieu : « et qui a fait de nous un royaume, des sacrificateurs pour Dieu son Père, à lui soient la gloire et la puissance, aux siècles des siècles! Amen! »

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Bibliographie

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