hāyāh הָיָה

Strong H1961 · verbe · être, devenir, arriver · 3545 occurrences

Le verbe hébreu de l'existence et de l'événement : ce qui est, ce qui devient, ce qui arrive. Il dit la création qui surgit à l'appel de Dieu, la parole qui « vient » aux prophètes, la présence promise « je serai avec toi » et le Nom révélé à Moïse.

Racine et étymologie

La racine h-y-h a une forme plus ancienne, h-w-h, que l'on retrouve dans l'araméen hăwāʾ (H1934), employé dans les parties araméennes de Daniel et d'Esdras, et dans quelques emplois hébreux de hāwāh (H1933). Les deux semi-voyelles w et y alternent souvent en hébreu. Beaucoup rattachent à cette même racine le nom divin YHWH, que le texte d'Exode 3.14 met explicitement en relation avec le verbe : « Je suis celui qui suis » se dit ʾehyeh ʾăšer ʾehyeh.

Il faut se garder d'un contresens : hāyāh n'est pas l'équivalent exact de notre verbe « être ». L'hébreu n'a pas besoin de copule au présent ; « l'Éternel est mon berger » se dit littéralement « l'Éternel, mon berger ». Le verbe apparaît donc surtout quand l'existence est située dans le temps : ce qui était, ce qui sera, ce qui advient ou se transforme. D'où ses trois traductions habituelles, « être », « devenir » et « arriver ».

Deux formes figées scandent la Bible hébraïque. Wayehi, « et il fut, et il arriva », ouvre d'innombrables épisodes narratifs : « Il arriva, après ces choses… », « Du temps des juges, il y eut… » (Rt 1.1). Son pendant tourné vers l'avenir, wehāyāh, « et il arrivera », introduit les annonces prophétiques : « Il arrivera, dans la suite des temps » (És 2.2). Ces formules ne disent presque rien par elles-mêmes, mais elles signalent qu'un récit ou un oracle commence.

Sens et emplois

  1. Être, exister dans un état

    Le verbe décrit une situation donnée, souvent au passé, avant qu'un événement ne la change. Le deuxième verset de la Bible pose ainsi le décor que la parole de Dieu va transformer.

    « La terre était informe et vide: »Gn 1.2, Segond 1910
  2. Advenir à l'appel de Dieu

    Dans le récit de la création, le même verbe sert à l'ordre et à son effet : yehî ʾôr wayehî ʾôr, « que la lumière soit, et la lumière fut ». L'existence surgit de la parole, sans résistance ni délai.

    « Dieu dit: Que la lumière soit! Et la lumière fut. »Gn 1.3, Segond 1910
  3. Devenir

    Suivi de la préposition le-, hāyāh signifie « devenir » : passer d'un état à un autre. L'homme façonné de poussière devient un vivant lorsque Dieu lui donne son souffle ; plus loin, l'homme et la femme « deviendront une seule chair » (Gn 2.24).

    « l'homme devint un être vivant. »Gn 2.7, Segond 1910
  4. Être avec : la présence promise

    La formule « je serai avec toi » (ʾehyeh ʿimmāk) accompagne les envoyés de Dieu, d'Isaac à Gédéon. Dite à Moïse juste avant la révélation du Nom, elle en donne la clef : le « je suis » d'Exode 3.14 est d'abord un « je serai là ».

    « Dieu dit: Je serai avec toi; »Ex 3.12, Segond 1910
  5. Arriver : la parole vient au prophète

    « La parole de l'Éternel fut adressée à… » traduit littéralement « la parole de l'Éternel fut (hāyāh) vers… ». La parole de Dieu est présentée comme un événement qui survient, d'où la fréquence du verbe dans Jérémie et surtout Ézéchiel, le livre où il est le plus employé.

    « La parole de l'Éternel me fut adressée, en ces mots: »Jr 1.4, Segond 1910
  6. La formule d'alliance

    « Je serai votre Dieu, et vous serez mon peuple » : deux emplois du verbe résument toute la relation d'alliance, de l'Exode (Ex 6.7) à la nouvelle alliance annoncée par Jérémie et Ézéchiel.

    « Et je serai leur Dieu, Et ils seront mon peuple. »Jr 31.33, Segond 1910

Passerelle hébreu – grec

La Septante rend hāyāh surtout par deux verbes grecs : εἰμί, « être » (G1510), et γίνομαι, « devenir, arriver » (G1096). Le partage suit le sens : εἰμί pour l'état, γίνομαι pour l'événement. La formule narrative wayehi devient ainsi καὶ ἐγένετο, « et il arriva », tournure peu naturelle en grec. Luc l'imite volontairement pour donner à son récit la couleur des livres historiques de l'Ancien Testament (par exemple Lc 1.8, où Segond la gomme). Jean, de son côté, emploie le même verbe pour l'incarnation : « la parole a été faite chair » (Jn 1.14).

Pour Exode 3.14, les traducteurs grecs ont écrit ἐγώ εἰμι ὁ ὤν, « je suis celui qui est ». Le participe ὁ ὤν a orienté la lecture vers l'être éternel et immuable, puis la Vulgate a fixé ego sum qui sum. L'Apocalypse reprend la formule en la déployant dans le temps, « celui qui est, qui était, et qui vient » (Ap 1.4 ; 1.8), et le « je suis » absolu de Jésus en Jean 8.58 se comprend sur ce fond.

Le débat

Le verbe hāyāh révèle-t-il une manière hébraïque de penser l'être, plus dynamique que celle des Grecs ?

Barr a gagné sur la méthode : il n'existe pas de théologie cachée dans un verbe. Mais l'observation de départ de Boman n'est pas fausse : par sa syntaxe, hāyāh dit l'être dans le temps plutôt que l'essence. C'est pourquoi Exode 3.14 s'éclaire d'abord par son contexte (« je serai avec toi », Ex 3.12) et par l'histoire qui suit, plutôt que par une métaphysique ; la fiche YHWH présente le débat propre au Nom.

Portée théologique

Le verbe le plus commun de la Bible hébraïque se trouve aux points décisifs de son histoire. Il ouvre la création : ce qui n'était pas advient parce que Dieu parle (Gn 1.3 ; Ps 33.9). Il dit la vocation de l'être humain, qui « devient » vivant par le souffle reçu (Gn 2.7). Il nomme enfin Dieu lui-même : au buisson ardent, Dieu se fait connaître non par une définition, mais par une promesse au futur, ʾehyeh, « je serai ». Moïse demandait un nom ; il reçoit l'assurance d'une présence qui se vérifiera dans la sortie d'Égypte.

La formule d'alliance prolonge ce Nom : « je serai votre Dieu, et vous serez mon peuple ». Osée en tire le revers le plus dur, lorsque Dieu fait appeler l'enfant du prophète Lo-Ammi : « vous n'êtes pas mon peuple, et je ne suis pas votre Dieu » (Os 1.9). L'hébreu dit littéralement « et moi, je ne serai pas pour vous », avec le même ʾehyeh qu'au buisson. Mais la promesse reprend aussitôt (Os 1.10 ; 2.23), et Jérémie l'élargit en nouvelle alliance (Jr 31.33).

Pour la prédication, la formule wayehi rappelle que la foi biblique se raconte : Dieu se fait connaître dans ce qui « arrive », jusque dans la famine et l'exil de Ruth. Le Nouveau Testament y ajoute l'événement ultime : la Parole « a été faite chair » (Jn 1.14), et celui qui dit « avant qu'Abraham fût, je suis » (Jn 8.58) reprend pour lui le « je suis » du buisson.

Chaîne : Celui qui est et qui sera là

  1. Gn 1.3 Que la lumière soit : « Dieu dit: Que la lumière soit! Et la lumière fut. »
  2. Gn 2.7 L'homme devint un être vivant : « L'Éternel Dieu forma l'homme de la poussière de la terre, il souffla dans ses narines un souffle de vie et l'homme devint un être vivant. »
  3. Gn 39.2 L'Éternel fut avec Joseph : « L'Éternel fut avec lui, et la prospérité l'accompagna; il habitait dans la maison de son maître, l'Égyptien. »
  4. Ex 3.12 Je serai avec toi : « Dieu dit: Je serai avec toi; et ceci sera pour toi le signe que c'est moi qui t'envoie: quand tu auras fait sortir d'Égypte le peuple, vous servirez Dieu sur cette montagne. »
  5. Ex 3.14 Je suis celui qui suis : « Dieu dit à Moïse: Je suis celui qui suis. Et il ajouta: C'est ainsi que tu répondras aux enfants d'Israël: Celui qui s'appelle "je suis" m'a envoyé vers vous. »
  6. Rt 1.1 Il y eut une famine : « Du temps des juges, il y eut une famine dans le pays. Un homme de Bethléhem de Juda partit, avec sa femme et ses deux fils, pour faire un séjour dans le pays de Moab. »
  7. Jr 1.4 La parole fut adressée : « La parole de l'Éternel me fut adressée, en ces mots: »
  8. Jr 31.33 Je serai leur Dieu : « Mais voici l'alliance que je ferai avec la maison d'Israël, Après ces jours-là, dit l'Éternel: Je mettrai ma loi au dedans d'eux, Je l'écrirai dans leur cœur; Et je serai leur Dieu, Et ils seront mon peuple. »
  9. Os 1.9 Je ne suis pas votre Dieu : « Et l'Éternel dit: Donne-lui le nom de Lo-Ammi; car vous n'êtes pas mon peuple, et je ne suis pas votre Dieu. »
  10. Jn 1.14 La parole a été faite chair : « Et la parole a été faite chair, et elle a habité parmi nous, pleine de grâce et de vérité; et nous avons contemplé sa gloire, une gloire comme la gloire du Fils unique venu du Père. »
  11. Jn 8.58 Avant qu'Abraham fût, je suis : « Jésus leur dit: En vérité, en vérité, je vous le dis, avant qu'Abraham fût, je suis. »
  12. Ap 1.8 Celui qui est, qui était et qui vient : « Je suis l'alpha et l'oméga, dit le Seigneur Dieu, celui qui est, qui était, et qui vient, le Tout-Puissant. »

Mots apparentés

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Bibliographie

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