YHWH יְהוָה
Strong H3068 · nom propre divin · l'Éternel, le Seigneur · 6521 occurrences
Le nom propre du Dieu d'Israël, révélé à Moïse au buisson ardent. Ce n'est pas un titre comme « Dieu » ou « Seigneur », mais le nom par lequel Dieu se laisse appeler, invoquer et connaître dans l'alliance.
Racine et étymologie
Le Nom s'écrit avec quatre consonnes, d'où son appellation savante de « tétragramme » : Y-H-W-H. Le récit d'Exode 3 le rattache lui-même au verbe hāyâ (H1961), « être, devenir, se montrer présent » : à Moïse qui demande le nom du Dieu des pères, Dieu répond ʾehyeh ʾăšer ʾehyeh, « Je suis celui qui suis » selon Segond (Ex 3.14), puis donne la forme à la troisième personne, YHWH, « il est » ou « il sera » (Ex 3.15). La plupart des hébraïsants rapprochent effectivement le Nom d'une forme ancienne de ce verbe (hwh), sans que l'on puisse décider avec certitude s'il s'agit d'un simple inaccompli (« il est, il sera ») ou d'un causatif (« il fait être »).
La prononciation originale s'est perdue parce que, par respect pour le troisième commandement (Ex 20.7), les Juifs ont cessé de prononcer le Nom à partir de l'époque du second Temple et lui ont substitué ʾădōnāy, « Seigneur ». Les massorètes ont donc placé sous les consonnes YHWH les voyelles d'Adonaï, pour indiquer au lecteur ce qu'il devait dire. La lecture mécanique de ce mélange a produit au Moyen Âge la forme hybride « Jéhovah », qui n'a jamais existé en hébreu. La restitution « Yahvé » ou « Yahweh » s'appuie sur des témoins grecs anciens (Clément d'Alexandrie, Théodoret) et sur la forme courte Yah (H3050), présente dans « Alléluia », « louez Yah ».
Le Nom entre aussi dans de très nombreux noms propres : Yehôšuaʿ (Josué, « YHWH sauve », d'où le nom de Jésus), Yeša‘yāhû (Ésaïe), ʾĒliyyāhû (Élie, « mon Dieu, c'est YHWH »). Hors de la Bible, il apparaît dès le IXe siècle av. J.-C. sur la stèle du roi moabite Mésha.
Sens et emplois
Le nom propre révélé
YHWH est avant tout un nom propre, et non un nom commun. Dieu le donne à Moïse comme le nom par lequel Israël doit le désigner et l'invoquer « de génération en génération ». Il relie le Dieu de l'Exode au Dieu des patriarches : ce n'est pas une divinité nouvelle, mais le même Dieu qui se fait connaître plus intimement.
« L'Éternel, le Dieu de vos pères, le Dieu d'Abraham, le Dieu d'Isaac et le Dieu de Jacob, m'envoie vers vous. Voilà mon nom pour l'éternité, voilà mon nom de génération en génération. »Ex 3.15, Segond 1910
Le Nom qui garantit la délivrance
En Exode 6, la formule « Je suis l'Éternel » encadre les promesses de libération. Le Nom n'est pas une définition abstraite : il est la signature de celui qui s'engage et qui agit. Connaître YHWH, c'est faire l'expérience de son intervention dans l'histoire.
« Je suis l'Éternel, je vous affranchirai des travaux dont vous chargent les Égyptiens, je vous délivrerai de leur servitude, et je vous sauverai à bras étendu et par de grands jugements. »Ex 6.6, Segond 1910
Le Nom qui dit le caractère de Dieu
Au Sinaï, après la faute du veau d'or, Dieu « proclame » son Nom et l'explicite par une suite d'attributs : compassion, patience, bonté fidèle. Le Nom devient une confession de foi sur ce que Dieu est envers son peuple.
« L'Éternel, l'Éternel, Dieu miséricordieux et compatissant, lent à la colère, riche en bonté et en fidélité, »Ex 34.6, Segond 1910
Le seul vrai Dieu
Le Nom sert à confesser l'unicité de Dieu face aux autres divinités. La profession de foi juive, le Shema, l'emploie deux fois ; au Carmel, la foule tranche le conflit avec Baal par la formule « C'est l'Éternel qui est Dieu ». Ésaïe en tire un monothéisme explicite.
« Ecoute, Israël! l'Éternel, notre Dieu, est le seul Éternel. »Dt 6.4, Segond 1910
Le Nom invoqué pour être sauvé
« Invoquer le nom de l'Éternel », c'est s'adresser à lui dans la prière et le culte, et s'en remettre à lui. L'expression traverse la Bible depuis Gn 4.26 jusqu'à la prophétie de Joël, reprise dans le Nouveau Testament à propos de Jésus.
« Alors quiconque invoquera le nom de l'Éternel sera sauvé; »Jl 2.32, Segond 1910
Dans des noms composés
Le Nom entre dans des appellations qui commémorent une expérience de Dieu (« l'Éternel pourvoira », « l'Éternel ma bannière », « l'Éternel paix ») ou annoncent le roi messianique : « l'Éternel notre justice ».
« Et voici le nom dont on l'appellera: L'Éternel notre justice. »Jr 23.6, Segond 1910
Passerelle hébreu – grec
La Septante, traduction grecque réalisée à Alexandrie à partir du IIIe siècle av. J.-C., rend habituellement YHWH par κύριος, « Seigneur », en suivant la lecture juive Adonaï. Quelques manuscrits grecs anciens trouvés en Égypte et dans le désert de Juda conservent pourtant le Nom en lettres hébraïques au milieu du texte grec, ou le transcrivent ΙΑΩ, signe que la pratique n'était pas uniforme. Le Nouveau Testament hérite de l'usage de κύριος : quand Paul cite Joël 2.32 en Romains 10.13, « le Seigneur » est le YHWH de Joël, et il l'applique au Christ.
La Vulgate latine a traduit par Dominus, d'où « le Seigneur » des Bibles catholiques et de nombreuses traductions modernes (TOB : « le SEIGNEUR »). Les Bibles protestantes françaises, dans la tradition d'Olivétan (1535) et de Calvin, ont préféré « l'Éternel », qui interprète le Nom à partir d'Exode 3.14 et souligne la permanence de Dieu (Ml 3.6). La Bible de Jérusalem a choisi la transcription « Yahvé », que la recommandation romaine de 2008 a demandé d'éviter dans la liturgie par respect pour l'usage juif. Aucune de ces solutions n'est fausse, mais chacune perd quelque chose : « Seigneur » efface le nom propre, « l'Éternel » en fait un attribut.
Le débat
Que signifie la réponse de Dieu en Exode 3.14, « Je suis celui qui suis », et donc le Nom lui-même ?
- Une affirmation de l'être (Thomas d'Aquin, Somme théologique, Ia, q. 13, a. 11 (vers 1268) ; Étienne Gilson, L'esprit de la philosophie médiévale, 1932) : Dans la ligne de la Septante (« Je suis celui qui est »), Dieu se nomme comme l'Être même, celui qui existe par lui-même. Gilson parle d'une « métaphysique de l'Exode » qui aurait fécondé toute la pensée chrétienne.
- Une promesse de présence (Martin Buber et Franz Rosenzweig, Die Schrift (Exode, 1926)) : Le verbe hāyâ dit moins l'existence que la présence agissante : « Je serai là en tant que celui qui sera là ». Argument : au verset 12, Dieu vient de dire ʾehyeh ʿimmāk, « je serai avec toi ».
- Un nom causatif (William F. Albright, From the Stone Age to Christianity, 1940 ; Frank Moore Cross, Canaanite Myth and Hebrew Epic, 1973) : YHWH serait à l'origine une forme causative, « il fait être », peut-être le début d'une formule cultuelle comme « il crée les armées ». Argument : la comparaison avec les épithètes divines du Proche-Orient ancien.
La lecture ontologique dépend largement du grec ; l'hébreu, avec ses inaccomplis, oriente vers une présence fidèle et ouverte sur l'avenir, ce que confirme le contexte (Ex 3.12) et la suite du livre, où Dieu se fait connaître par ses actes. L'hypothèse causative reste conjecturale faute d'emploi attesté du verbe à cette forme. On peut retenir que le Nom désigne celui qui est, et qui sera là pour son peuple.
Portée théologique
Que Dieu ait un nom propre est en soi un message. Les dieux des nations étaient souvent désignés par des titres ; le Dieu d'Israël, lui, se rend nommable, c'est-à-dire abordable. Le nom, dans la Bible, engage la personne : invoquer YHWH, c'est entrer en relation avec lui ; profaner son Nom, c'est l'atteindre lui-même. Le troisième commandement et la prière « que ton nom soit sanctifié » (Mt 6.9) procèdent de cette même logique : le Nom est confié à des hommes qui peuvent l'honorer ou le déshonorer.
Le Nom est aussi indissociable de l'histoire. Dieu ne se présente pas d'abord par une définition, mais par une promesse et par des actes : « Je suis l'Éternel, je vous affranchirai » (Ex 6.6). Exode 34 en livre le contenu le plus riche, la bonté fidèle et la patience, à un peuple qui vient de rompre l'alliance. Pour la prédication, c'est un appui solide : le Dieu qui se nomme est celui qui reste présent quand son peuple échoue.
Enfin, le Nouveau Testament transfère au Christ ce qui était dit du Nom. Les premiers chrétiens confessent « Jésus est Seigneur » en reprenant des textes où « Seigneur » traduisait YHWH (Rm 10.13 ; Ph 2.9-11, qui fait écho à És 45.23). Cette reprise, faite par des juifs monothéistes, est l'une des racines bibliques de la foi trinitaire.
Chaîne : Le Nom à travers l'Écriture
- Gn 4.26 On commence à invoquer le Nom : « Seth eut aussi un fils, et il l'appela du nom d'Enosch. C'est alors que l'on commença à invoquer le nom de l'Éternel. »
- Ex 3.14 Le buisson ardent : « Dieu dit à Moïse: Je suis celui qui suis. Et il ajouta: C'est ainsi que tu répondras aux enfants d'Israël: Celui qui s'appelle "je suis" m'a envoyé vers vous. »
- Ex 6.3 Un nom inconnu des pères ? : « Je suis apparu à Abraham, à Isaac et à Jacob, comme le Dieu tout-puissant; mais je n'ai pas été connu d'eux sous mon nom, l'Éternel. »
- Ex 20.7 Ne pas prendre le Nom en vain : « Tu ne prendras point le nom de l'Éternel, ton Dieu, en vain; car l'Éternel ne laissera point impuni celui qui prendra son nom en vain. »
- Ex 34.6 Le Nom proclamé au Sinaï : « Et l'Éternel passa devant lui, et s'écria: L'Éternel, l'Éternel, Dieu miséricordieux et compatissant, lent à la colère, riche en bonté et en fidélité, »
- Dt 6.4 Le Shema : « Ecoute, Israël! l'Éternel, notre Dieu, est le seul Éternel. »
- 1 R 18.39 Le jugement du Carmel : « Quand tout le peuple vit cela, ils tombèrent sur leur visage et dirent: C'est l'Éternel qui est Dieu! C'est l'Éternel qui est Dieu! »
- És 42.8 Je suis l'Éternel, c'est là mon nom : « Je suis l'Éternel, c'est là mon nom; Et je ne donnerai pas ma gloire à un autre, Ni mon honneur aux idoles. »
- Jl 2.32 Quiconque invoquera le Nom : « Alors quiconque invoquera le nom de l'Éternel sera sauvé; Le salut sera sur la montagne de Sion et à Jérusalem, Comme a dit l'Éternel, Et parmi les réchappés que l'Éternel appellera. »
- Jn 8.58 « Avant qu'Abraham fût, je suis » : « Jésus leur dit: En vérité, en vérité, je vous le dis, avant qu'Abraham fût, je suis. »
- Rm 10.13 Le Nom invoqué en Jésus : « Car quiconque invoquera le nom du Seigneur sera sauvé. »
- Ph 2.11 Le Nom au-dessus de tout nom : « et que toute langue confesse que Jésus-Christ est Seigneur, à la gloire de Dieu le Père. »
Mots apparentés
- hāyāh הָיָה : être, devenir, arriver
- ʾădōnāy אֲדֹנָי : Seigneur, mon Seigneur
- ʾĕlōhîm אֱלֹהִים : Dieu, dieux
- šadday שַׁדַּי : le Tout-Puissant
- kyrios κύριος : Seigneur, maître
- ʾēl אֵל : Dieu, le Dieu fort
- eimi εἰμί : être, exister
Autres mots du thème « Dieu et ses noms »
Bibliographie
- David Noel Freedman et Michael P. O'Connor, art. « YHWH », Theological Dictionary of the Old Testament, vol. 5, Grand Rapids, Eerdmans, 1986.
- Frank Moore Cross, Canaanite Myth and Hebrew Epic, Cambridge (Mass.), Harvard University Press, 1973.
- Tryggve N. D. Mettinger, In Search of God: The Meaning and Message of the Everlasting Names, Philadelphia, Fortress Press, 1988.
- Brevard S. Childs, The Book of Exodus: A Critical, Theological Commentary, Philadelphia, Westminster, 1974.
- Étienne Gilson, L'esprit de la philosophie médiévale, Paris, Vrin, 1932.
- Thomas Römer, L'invention de Dieu, Paris, Seuil, 2014.
Ouvrir la fiche interactive · Toutes les occurrences de YHWH (H3068) dans la concordance biblique