ʾĕlōhîm אֱלֹהִים

Strong H430 · nom masculin pluriel · Dieu, dieux · 2599 occurrences

Le mot hébreu le plus courant pour « Dieu ». De forme plurielle, il désigne le plus souvent le Dieu unique d'Israël avec des verbes au singulier, mais peut aussi signifier « les dieux » des nations ou des êtres surhumains.

Racine et étymologie

ʾĕlōhîm est la forme plurielle de ʾĕlôah (H433), mot rare et surtout poétique (57 emplois, dont 41 dans le livre de Job). Les deux se rattachent à la famille sémitique de ʾēl (H410), « dieu », qu'on retrouve dans l'araméen ʾĕlāh (H426, employé dans Daniel et Esdras) et dans l'arabe ilāh, d'où Allāh, « le dieu ». L'étymologie de cette famille reste discutée : on a proposé « être fort », « être en tête » ou « être l'objet de la crainte », mais aucune de ces dérivations ne s'impose, et le sens se lit d'abord dans les emplois.

La particularité d'ʾĕlōhîm est grammaticale. Quand il désigne le Dieu d'Israël, ce pluriel est presque toujours accordé au singulier : « Au commencement, Dieu créa » (Gn 1.1) emploie un verbe singulier, bārāʾ. Les grammairiens y voient un pluriel d'intensité ou de majesté, comparable à ʾădōnîm, « maître », lui aussi au pluriel pour une seule personne. Quelques textes font exception et accordent le verbe au pluriel (Gn 20.13 ; 35.7), ce qui nourrit le débat sur la valeur de cette forme.

Le même mot sert à désigner les dieux étrangers, et l'on ne distingue « Dieu » et « des dieux » que par le contexte et l'accord grammatical. L'outil d'occurrences du site rattache environ 215 emplois au sens « dieux, divinités » et près de 2 400 au Dieu d'Israël.

Sens et emplois

  1. Dieu, le créateur

    Le sens dominant : le Dieu unique, souverain et créateur. Dans le premier récit de la création, ʾĕlōhîm est le seul nom divin employé (Gn 1.1-2.3), ce qui souligne la dimension universelle de Dieu, maître de tout ce qui existe, avant que le récit suivant ne parle de « l'Éternel Dieu ».

    « Au commencement, Dieu créa les cieux et la terre. »Gn 1.1, Segond 1910
  2. « Votre Dieu » : le Dieu de l'alliance

    Avec un suffixe possessif (« mon Dieu », « ton Dieu », « notre Dieu »), ʾĕlōhîm exprime l'appartenance mutuelle de l'alliance. La formule « je serai votre Dieu, et vous serez mon peuple » revient de la Genèse à Jérémie et jusqu'à l'Apocalypse.

    « Je marcherai au milieu de vous, je serai votre Dieu, et vous serez mon peuple. »Lv 26.12, Segond 1910
  3. Les dieux des nations

    Au pluriel véritable, le mot désigne les divinités des autres peuples, que la Loi interdit de servir. Le contexte et l'accord du verbe au pluriel permettent de reconnaître ce sens.

    « Tu n'auras pas d'autres dieux devant ma face. »Ex 20.3, Segond 1910
  4. Êtres célestes, cour divine

    Certains textes appliquent le mot aux membres de l'assemblée céleste qui entoure Dieu, les « fils de Dieu » de Job 1.6. Le Psaume 82 met en scène Dieu jugeant ces « dieux » qui ont failli à leur mission de justice ; Jésus citera ce psaume en Jean 10.34.

    « Dieu se tient dans l'assemblée de Dieu; Il juge au milieu des dieux. »Ps 82.1, Segond 1910
  5. Un homme investi d'une autorité divine

    Par extension, le mot peut qualifier un être humain qui exerce une autorité venant de Dieu. Moïse sera « Dieu pour Pharaon », c'est-à-dire qu'il parlera avec l'autorité divine et qu'Aaron sera son porte-parole. Certains interprètes rangent ici Exode 21.6 et 22.8, où l'on comparaît « devant Dieu », peut-être devant les juges du sanctuaire.

    « Vois, je te fais Dieu pour Pharaon: et Aaron, ton frère, sera ton prophète. »Ex 7.1, Segond 1910

Passerelle hébreu – grec

La Septante traduit ʾĕlōhîm par θεός, au singulier quand il s'agit du Dieu d'Israël et au pluriel θεοί pour les dieux des nations. Ce choix fait disparaître la particularité de la forme plurielle hébraïque : en grec comme en français, « Dieu » est un singulier. C'est θεός qui porte, dans le Nouveau Testament, tout l'héritage d'ʾĕlōhîm, y compris la confession du Dieu unique (Rm 3.30 ; 1 Tm 2.5).

Deux citations montrent comment le Nouveau Testament exploite la souplesse du mot hébreu. En Jean 10.34, Jésus cite le Psaume 82.6, « Vous êtes des dieux », pour montrer que l'Écriture elle-même applique ce titre à des hommes qui ont reçu la parole de Dieu. En Hébreux 1.8, l'auteur applique au Fils le Psaume 45.7, « Ton trône, ô Dieu », où le roi d'Israël était déjà interpellé comme ʾĕlōhîm. Enfin, le cri de Jésus en croix (Mc 15.34) conserve en araméen la forme apparentée Elôï, « mon Dieu ». La Vulgate a fixé Deus, et Segond traduit « Dieu » ou « dieux » selon le contexte.

Le débat

Que signifie la forme plurielle d'ʾĕlōhîm quand elle désigne le Dieu unique ?

Les données grammaticales donnent raison à la lecture de majesté ou d'abstraction : un auteur hébreu ne pensait pas à plusieurs personnes en écrivant ʾĕlōhîm avec un verbe singulier, et le même pluriel s'applique à un seul dieu païen (1 R 11.33). Calvin, déjà, dans son commentaire de la Genèse (1554), refusait d'en tirer une preuve de la Trinité. La lecture de Justin relève plutôt d'une relecture chrétienne : légitime à la lumière du Nouveau Testament, elle ne doit pas être présentée comme le sens premier du mot.

Portée théologique

ʾĕlōhîm dit ce que Dieu est ; YHWH dit qui il est. Les deux sont souvent associés (« l'Éternel, ton Dieu »), et cette association porte toute la théologie de l'Ancien Testament : le Dieu qui a un nom propre et une histoire avec Israël est aussi le Dieu de l'univers, et il n'y a pas d'autre ʾĕlōhîm que lui. La confession du Carmel le dit en une phrase : « C'est l'Éternel qui est Dieu » (1 R 18.39).

Le fait que le même mot serve pour Dieu et pour les « dieux » oblige le lecteur à une vigilance théologique. L'Écriture ne nie pas que d'autres puissances soient adorées comme dieux ; elle conteste leur droit à ce titre. Paul reprend cette tension en 1 Corinthiens 8.5-6 : « il y a plusieurs dieux », mais « pour nous il n'y a qu'un seul Dieu, le Père ». Pour la prédication, la question devient très concrète : qu'est-ce qui occupe, dans une vie, la place de Dieu ? Paul parle de ceux qui ont « pour dieu leur ventre » (Ph 3.19).

Enfin, le mot porte la promesse de l'alliance. « Je serai votre Dieu » traverse les deux Testaments et trouve son accomplissement dans la vision finale : « Dieu lui-même sera avec eux » (Ap 21.3). L'histoire biblique peut se lire comme le chemin par lequel le Dieu créateur devient, pour un peuple et pour l'humanité, « notre Dieu ».

Chaîne : Le Dieu unique face aux dieux

  1. Gn 1.1 Dieu créa : « Au commencement, Dieu créa les cieux et la terre. »
  2. Gn 17.7 « Je serai ton Dieu » : « J'établirai mon alliance entre moi et toi, et tes descendants après toi, selon leurs générations: ce sera une alliance perpétuelle, en vertu de laquelle je serai ton Dieu et celui de ta postérité après toi. »
  3. Ex 20.3 Pas d'autres dieux : « Tu n'auras pas d'autres dieux devant ma face. »
  4. Ex 32.4 « Voici ton dieu » : le veau d'or : « Il les reçut de leurs mains, jeta l'or dans un moule, et fit un veau en fonte. Et ils dirent: Israël! voici ton dieu, qui t'a fait sortir du pays d'Égypte. »
  5. Dt 10.17 Le Dieu des dieux : « Car l'Éternel, votre Dieu, est le Dieu des dieux, le Seigneur des seigneurs, le Dieu grand, fort et terrible, qui ne fait point acception des personnes et qui ne reçoit point de présent, »
  6. 1 R 18.39 C'est l'Éternel qui est Dieu : « Quand tout le peuple vit cela, ils tombèrent sur leur visage et dirent: C'est l'Éternel qui est Dieu! C'est l'Éternel qui est Dieu! »
  7. Ps 42.3 La soif du Dieu vivant : « Mon âme a soif de Dieu, du Dieu vivant: Quand irai-je et paraîtrai-je devant la face de Dieu? »
  8. Ps 82.6 « Vous êtes des dieux » : « J'avais dit: Vous êtes des dieux, Vous êtes tous des fils du Très-Haut. »
  9. Jr 31.33 L'alliance nouvelle : « Mais voici l'alliance que je ferai avec la maison d'Israël, Après ces jours-là, dit l'Éternel: Je mettrai ma loi au dedans d'eux, Je l'écrirai dans leur cœur; Et je serai leur Dieu, Et ils seront mon peuple. »
  10. Mc 15.34 « Mon Dieu, mon Dieu » : « Et à la neuvième heure, Jésus s'écria d'une voix forte: Eloï, Eloï, lama sabachthani? ce qui signifie: Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné? »
  11. Jn 10.34 Jésus cite le Psaume 82 : « Jésus leur répondit: N'est-il pas écrit dans votre loi: J'ai dit: Vous êtes des dieux? »
  12. Ap 21.3 Dieu avec les hommes : « Et j'entendis du trône une forte voix qui disait: Voici le tabernacle de Dieu avec les hommes! Il habitera avec eux, et ils seront son peuple, et Dieu lui-même sera avec eux. »

Mots apparentés

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Bibliographie

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