kāḇôd כָּבוֹד

Strong H3519 · nom masculin · gloire, poids, honneur · 200 occurrences

Littéralement « le poids » : ce qui donne de l'importance à quelqu'un, richesse, honneur, dignité. Appliqué à Dieu, c'est sa présence rayonnante qui se manifeste dans la nuée, le feu ou la lumière, et qui doit un jour remplir toute la terre.

Racine et étymologie

La racine k-b-d exprime d'abord la lourdeur. L'adjectif kāḇēd signifie « lourd, pesant » : la main de Dieu est « lourde » sur un peuple, un fardeau est « pesant », Moïse a la bouche et la langue « pesantes » (Ex 4.10). Le même mot sert à dire qu'Abram est « très riche » (Gn 13.2), littéralement « très lourd » en troupeaux et en métaux précieux. Le nom kāḇēd désigne le foie, l'organe le plus lourd du corps.

De la lourdeur physique, la racine est passée au poids social : avoir du kāḇôd, c'est avoir de l'importance, de la considération, du crédit. Le verbe kāḇēd, au thème intensif kibbēd, signifie « honorer », c'est-à-dire reconnaître à quelqu'un son poids : « Honore ton père et ta mère » (Ex 20.12). Le contraire est qālal, « être léger », d'où « mépriser » : « j'honorerai celui qui m'honore, mais ceux qui me méprisent seront méprisés » (1 S 2.30). Ce couple lourd-léger aide à comprendre le mot : la gloire, c'est la consistance, la réalité pesante d'une personne.

Dans quelques textes poétiques, kāḇôd désigne même le « moi » profond, peut-être par un jeu de mots avec kāḇēd, « foie », siège des émotions (Gn 49.6 ; Ps 16.9). Segond le traduit alors par « mon esprit » ou « mon âme ».

Sens et emplois

  1. Richesse, abondance

    Le sens le plus concret : ce qui fait le poids d'un homme, ses biens. Les fils de Laban accusent Jacob d'avoir acquis son kāḇôd aux dépens de leur père ; le Psaume 49 rappelle que cette gloire ne descend pas dans la tombe.

    « c'est avec le bien de notre père qu'il s'est acquis toute cette richesse. »Gn 31.1, Segond 1910
  2. Honneur et dignité de l'homme

    Le mot désigne la considération, le rang, la dignité. Le Psaume 8 l'applique à l'être humain lui-même, couronné de gloire par son créateur : la dignité humaine est un don de Dieu.

    « Tu l'as fait de peu inférieur à Dieu, Et tu l'as couronné de gloire et de magnificence. »Ps 8.6, Segond 1910
  3. La gloire de l'Éternel : sa présence manifestée

    Le sens théologique majeur. La « gloire de l'Éternel » (kəḇôd YHWH) est la présence de Dieu rendue perceptible : nuée, feu dévorant, éclat lumineux. Elle apparaît au désert, repose sur le Sinaï, remplit le tabernacle puis le Temple, au point que les prêtres ne peuvent plus y entrer.

    « Alors la nuée couvrit la tente d'assignation, et la gloire de l'Éternel remplit le tabernacle. »Ex 40.34, Segond 1910
  4. Rendre gloire : reconnaître qui est Dieu

    « Donner gloire » à Dieu, c'est lui reconnaître le poids qui lui revient, dans la louange ou dans l'aveu. Josué demande ainsi à Acan de rendre gloire à Dieu en confessant sa faute (Jos 7.19) ; les Psaumes en font un appel liturgique.

    « Rendez à l'Éternel gloire pour son nom! »Ps 29.2, Segond 1910
  5. La gloire qui remplira la terre

    Les prophètes annoncent que la gloire, d'abord confinée au sanctuaire, se manifestera à toute l'humanité. Ézéchiel la voit quitter le Temple souillé (Éz 10.18) puis y revenir (Éz 43.4) ; le second Ésaïe annonce qu'elle sera vue par « toute chair ».

    « Alors la gloire de l'Éternel sera révélée, Et au même instant toute chair la verra; »És 40.5, Segond 1910
  6. Le « moi » profond

    Dans quelques poèmes, « ma gloire » désigne la personne dans ce qu'elle a de plus intime, en parallèle avec « mon cœur » ou « mon âme ». Segond traduit ici « mon esprit ».

    « Aussi mon cœur est dans la joie, mon esprit dans l'allégresse, »Ps 16.9, Segond 1910

Passerelle hébreu – grec

La traduction de kāḇôd par δόξα dans la Septante est l'un des déplacements de sens les plus remarquables de toute la Bible grecque. En grec ordinaire, δόξα signifie « opinion, avis » (du verbe δοκέω, « sembler, penser »), puis « réputation ». Les traducteurs l'ont choisi pour l'aspect « honneur, renommée » de kāḇôd, mais en l'appliquant à la gloire de l'Éternel, ils lui ont donné un sens totalement nouveau : l'éclat de la présence divine. Ce sens biblique de δόξα est presque inconnu du grec profane.

Le Nouveau Testament, qui emploie δόξα 165 fois, porte cet héritage à son sommet. Jean présente l'incarnation comme le retour de la gloire du tabernacle : la Parole « a habité » (littéralement « a dressé sa tente ») parmi nous, « et nous avons contemplé sa gloire » (Jn 1.14). Il affirme même qu'Ésaïe, dans sa vision du Temple, a vu la gloire du Christ (Jn 12.41). Paul voit « la gloire de Dieu sur la face de Christ » (2 Co 4.6), et Hébreux appelle le Fils « le reflet de sa gloire » (Hé 1.3). La Vulgate a traduit gloria, d'où le français « gloire ».

Le débat

Comment Dieu est-il présent dans le Temple : par sa « gloire » ou par son « nom » ?

L'existence d'accents différents est réelle : le Deutéronome insiste sur la transcendance (Dieu habite les cieux), les textes sacerdotaux sur la présence. Mais Richter a montré que l'opposition systématique est fragile, et le texte final les juxtapose : la prière de Salomon affirme que les cieux ne peuvent contenir Dieu (1 R 8.27) dans le chapitre même où la gloire remplit le Temple (1 R 8.11). La Bible tient ensemble la présence réelle et la liberté de Dieu.

Portée théologique

Que la gloire soit un « poids » change la manière de l'entendre. La gloire de Dieu n'est pas d'abord un éclat décoratif, mais la densité de sa réalité : Dieu est celui qui « pèse » le plus, celui dont l'existence compte infiniment plus que tout le reste. Les idoles, à l'inverse, sont « vanité », souffle sans consistance ; Jérémie s'étonne qu'Israël ait « changé sa gloire contre ce qui n'est d'aucun secours » (Jr 2.11). Rendre gloire à Dieu, c'est remettre chaque chose à son juste poids.

La gloire est aussi une histoire de présence et d'absence. Elle descend au Sinaï, accompagne le peuple au désert, habite le tabernacle puis le Temple ; elle s'en éloigne quand le peuple la profane, comme l'annoncent le nom d'I-Kabod et la vision d'Ézéchiel. Mais la promesse demeure : la terre entière sera remplie de la connaissance de cette gloire (Ha 2.14). Moïse avait demandé « Fais-moi voir ta gloire ! », et Dieu lui avait répondu en faisant passer devant lui « toute sa bonté » : la gloire de Dieu a le visage de sa bonté.

Le Nouveau Testament affirme que cette gloire a pris chair. Le prologue de Jean, Paul et l'épître aux Hébreux voient en Jésus la gloire de Dieu devenue visible, et Jean situe le sommet de cette gloire dans la croix. Pour la vie chrétienne, la gloire n'est donc pas seulement à contempler : elle transforme, « de gloire en gloire » (2 Co 3.18), ceux qui la regardent.

Chaîne : Le voyage de la gloire

  1. Ex 24.16 La gloire sur le Sinaï : « La gloire de l'Éternel reposa sur la montagne de Sinaï, et la nuée la couvrit pendant six jours. Le septième jour, l'Éternel appela Moïse du milieu de la nuée. »
  2. Ex 33.18 « Fais-moi voir ta gloire ! » : « Moïse dit: Fais-moi voir ta gloire! »
  3. Ex 40.34 La gloire remplit le tabernacle : « Alors la nuée couvrit la tente d'assignation, et la gloire de l'Éternel remplit le tabernacle. »
  4. 1 S 4.21 I-Kabod : la gloire est bannie : « Elle appela l'enfant I-Kabod, en disant: La gloire est bannie d'Israël! C'était à cause de la prise de l'arche de Dieu, et à cause de son beau-père et de son mari. »
  5. 1 R 8.11 La gloire remplit le Temple : « Les sacrificateurs ne purent pas y rester pour faire le service, à cause de la nuée; car la gloire de l'Éternel remplissait la maison de l'Éternel. »
  6. Ps 19.2 Les cieux racontent la gloire : « Au chef des chantres. Psaume de David. Les cieux racontent la gloire de Dieu, Et l'étendue manifeste l'œuvre de ses mains. »
  7. És 6.3 Toute la terre en est pleine : « Ils criaient l'un à l'autre, et disaient: Saint, saint, saint est l'Éternel des armées! toute la terre est pleine de sa gloire! »
  8. Éz 10.18 La gloire quitte le Temple : « La gloire de l'Éternel se retira du seuil de la maison, et se plaça sur les chérubins. »
  9. Éz 43.4 La gloire revient : « La gloire de l'Éternel entra dans la maison par la porte qui était du côté de l'orient. »
  10. Jn 1.14 Nous avons contemplé sa gloire : « Et la parole a été faite chair, et elle a habité parmi nous, pleine de grâce et de vérité; et nous avons contemplé sa gloire, une gloire comme la gloire du Fils unique venu du Père. »
  11. 2 Co 4.6 La gloire sur la face du Christ : « Car Dieu, qui a dit: La lumière brillera du sein des ténèbres! a fait briller la lumière dans nos cœurs pour faire resplendir la connaissance de la gloire de Dieu sur la face de Christ. »
  12. Ap 21.23 La ville éclairée par la gloire : « La ville n'a besoin ni du soleil ni de la lune pour l'éclairer; car la gloire de Dieu l'éclaire, et l'agneau est son flambeau. »

Mots apparentés

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Bibliographie

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