šālôm שָׁלוֹם
Strong H7965 · nom masculin · paix, bien-être, intégrité · 237 occurrences
Bien plus que l'absence de guerre : l'état où rien ne manque, où les relations sont en ordre et où la vie peut s'épanouir, pour une personne, une famille, une ville ou un peuple. C'est un don de Dieu, lié à la justice et promis pour le temps du Messie.
Racine et étymologie
La racine š-l-m porte l'idée d'achèvement et d'intégrité. Le verbe šālam (H7999) signifie au qal « être complet, achevé », et au piel « compléter, rendre en entier », d'où « payer, restituer, s'acquitter d'un vœu ». L'adjectif šālēm qualifie une pierre « entière », non taillée (Dt 27.6), un poids « exact », un cœur « entier » envers Dieu. Le šelem (H8002), traduit par Segond « sacrifice d'actions de grâces », est le sacrifice de communion qui scelle une relation en bon ordre.
Le nom šālôm désigne donc l'état de ce qui est intact et en ordre. Il recouvre la santé (« Est-il en bonne santé ? », Gn 29.6), la prospérité, la sécurité, la bonne entente entre personnes et l'absence de guerre entre peuples. La même racine se retrouve dans de nombreux noms propres : Salomon (Šᵉlōmōh), et probablement Jérusalem, dont la seconde partie est rapprochée de šālēm.
La racine est commune à toutes les langues sémitiques : l'akkadien šalāmu, « être en bonne santé, sain et sauf », ou l'arabe salām, la salutation et la paix, de même famille que islām, « soumission ». Le salut ordinaire, šālôm lᵉkā, « paix à toi », souhaite à l'autre ce bien-être global et non seulement le calme intérieur.
Sens et emplois
Santé, bien-être
Dans les salutations, šālôm sert à demander des nouvelles : la personne va-t-elle bien ? Joseph s'informe ainsi de la santé de ses frères et de leur père.
« Votre vieux père, dont vous avez parlé, est-il en bonne santé? vit-il encore? »Gn 43.27, Segond 1910
Paix entre peuples ou personnes
Le contraire de la guerre ou de l'hostilité : relations pacifiques et traité. Entre Hiram et Salomon, la paix se concrétise par une alliance.
« Et il y eut paix entre Hiram et Salomon, et ils firent alliance ensemble. »1 R 5.12, Segond 1910
Prospérité d'une communauté
Le bien-être d'une ville entière, dont dépend celui de chacun. Jérémie demande aux exilés de rechercher le šālôm de Babylone ; Segond traduit ici par « bien » et « bonheur ».
« Recherchez le bien de la ville où je vous ai menés en captivité, »Jr 29.7, Segond 1910
Don de Dieu dans la bénédiction
La bénédiction sacerdotale culmine dans le šālôm, fruit de la faveur de Dieu qui « tourne sa face » vers son peuple. Gédéon donne à son autel le nom « l'Éternel paix » (Jg 6.24).
« Que l'Éternel tourne sa face vers toi, et qu'il te donne la paix! »Nb 6.26, Segond 1910
La fausse paix
Les faux prophètes promettent le šālôm sans conversion ni justice. Jérémie et Ézéchiel (Éz 13.10) dénoncent ce discours qui soigne la plaie en surface.
« Paix! paix! disent-ils; Et il n'y a point de paix; »Jr 6.14, Segond 1910
La paix messianique et le Serviteur
Les prophètes annoncent une paix sans fin liée au roi à venir (És 9.6-7) ; le quatrième chant du Serviteur révèle qu'elle passe par sa souffrance.
« Le châtiment qui nous donne la paix est tombé sur lui, »És 53.5, Segond 1910
Passerelle hébreu – grec
La Septante traduit šālôm surtout par εἰρήνη. Le mot grec désignait d'abord un état politique, la paix entre deux guerres, l'ordre public. En recevant tout le contenu de šālôm, il s'est élargi au bien-être, à la bénédiction et au salut. Les traducteurs n'ont pas toujours suivi ce choix : quand le contexte parle simplement de santé, ils emploient parfois un verbe comme ὑγιαίνω, « se porter bien », par exemple en Genèse 29.6.
Le Nouveau Testament hérite de ce sens élargi. La salutation du Ressuscité, « La paix soit avec vous » (Lc 24.36 ; Jn 20.19), est le šālôm hébreu. Ésaïe 52.7, le messager qui « publie la paix », est repris dans le discours de Pierre : Dieu a « annoncé la paix par Jésus-Christ » (Ac 10.36). Ésaïe 57.19, « Paix à celui qui est loin et à celui qui est près », est cité en Éphésiens 2.17 pour la réconciliation des Juifs et des non-Juifs. Et les formules d'ouverture des lettres de Paul, « grâce et paix », associent le salut grec et le šālôm hébreu.
Le débat
Quel est le sens fondamental de šālôm : une totalité harmonieuse, un bien-être matériel et social, ou l'idée d'avoir son dû ?
- La totalité harmonieuse (Johannes Pedersen, 1926) : Dans Israel: Its Life and Culture, Pedersen fait de šālôm l'expression de l'intégrité de l'âme et de la communauté : un état où chaque personne et chaque relation est entière. Il en tire une conception globale, presque mystique, de la vie hébraïque.
- Un bien-être concret et social (Gerhard von Rad, 1935) : Dans l'article « εἰρήνη » du Theologisches Wörterbuch zum Neuen Testament (vol. 2), von Rad souligne le caractère matériel et communautaire du mot : prospérité, sécurité, bonnes relations. Le sens de « paix intérieure » est pratiquement absent de l'Ancien Testament, et le šālôm est un don de Dieu plus qu'une disposition de l'âme.
- Avoir assez, recevoir son dû (Gillis Gerleman, 1973) : Dans son étude de la racine šlm (Zeitschrift für die alttestamentliche Wissenschaft), Gerleman part du verbe « payer, rendre » et voit dans šālôm l'état de satisfaction de celui qui a reçu ce qui lui revient. L'hypothèse éclaire les emplois juridiques mais a été jugée trop étroite.
Les critiques de James Barr contre les grandes synthèses « totalisantes » ont rendu prudent face à la lecture de Pedersen, et l'hypothèse de Gerleman ne rend pas compte des salutations ni des promesses prophétiques. La description de von Rad reste la plus proche des textes : šālôm est un bien-être concret, collectif et donné par Dieu. Mais les prophètes l'ont lié si étroitement à la justice (És 32.17) et à l'alliance (Éz 37.26) qu'il devient un mot du salut, ce que le Nouveau Testament développera.
Portée théologique
Le šālôm décrit le monde tel que Dieu le veut : des personnes en bonne santé, des familles réconciliées, des villes prospères, des peuples qui ne se font plus la guerre. Il n'est jamais seulement intérieur. C'est pourquoi les prophètes l'unissent à la justice : « L'œuvre de la justice sera la paix » (És 32.17), et le psalmiste voit « la justice et la paix s'embrasser » (Ps 85.11). Là où le pauvre est écrasé, proclamer la paix est un mensonge (Jr 6.14).
Le šālôm est aussi un don qui vient de Dieu. Il est le dernier mot de la bénédiction d'Aaron, le nom d'un autel (Jg 6.24) et le contenu d'une « alliance de paix » promise pour la fin des temps (Éz 34.25 ; 37.26). Ésaïe en fait l'œuvre d'un roi, le « Prince de la paix », et, plus profondément, le fruit des souffrances du Serviteur : « Le châtiment qui nous donne la paix est tombé sur lui » (És 53.5). La paix coûte : elle passe par la réparation de ce qui a été brisé.
Pour la vie croyante, Jérémie 29.7 reste un texte remarquable : même en exil, le peuple de Dieu est appelé à rechercher la paix de la ville où il vit et à prier pour elle. La foi biblique ne se retire pas du monde ; elle y travaille au šālôm de tous.
Chaîne : La paix promise
- Nb 6.26 La bénédiction des prêtres : « Que l'Éternel tourne sa face vers toi, et qu'il te donne la paix! »
- Jg 6.24 L'Éternel paix : « Gédéon bâtit là un autel à l'Éternel, et lui donna pour nom l'Éternel paix: il existe encore aujourd'hui à Ophra, qui appartenait à la famille d'Abiézer. »
- Ps 85.11 La justice et la paix s'embrassent : « La bonté et la fidélité se rencontrent, La justice et la paix s'embrassent; »
- És 9.6 Le Prince de la paix : « Car un enfant nous est né, un fils nous est donné, Et la domination reposera sur son épaule; On l'appellera Admirable, Conseiller, Dieu puissant, Père éternel, Prince de la paix. »
- És 32.17 L'œuvre de la justice : « L'œuvre de la justice sera la paix, Et le fruit de la justice le repos et la sécurité pour toujours. »
- És 52.7 Le messager de la paix : « Qu'ils sont beaux sur les montagnes, Les pieds de celui qui apporte de bonnes nouvelles, Qui publie la paix! De celui qui apporte de bonnes nouvelles, Qui publie le salut! De celui qui dit à Sion: ton Dieu règne! »
- És 53.5 La paix par le Serviteur : « Mais il était blessé pour nos péchés, Brisé pour nos iniquités; Le châtiment qui nous donne la paix est tombé sur lui, Et c'est par ses meurtrissures que nous sommes guéris. »
- Jr 6.14 Paix ! paix ! et pas de paix : « Ils pansent à la légère la plaie de la fille de mon peuple: Paix! paix! disent-ils; Et il n'y a point de paix; »
- Jr 29.7 La paix de Babylone : « Recherchez le bien de la ville où je vous ai menés en captivité, et priez l'Éternel en sa faveur, parce que votre bonheur dépend du sien. »
- Éz 37.26 L'alliance de paix : « Je traiterai avec eux une alliance de paix, et il y aura une alliance éternelle avec eux; je les établirai, je les multiplierai, et je placerai mon sanctuaire au milieu d'eux pour toujours. »
- Lc 2.14 Paix sur la terre : « Gloire à Dieu dans les lieux très hauts, Et paix sur la terre parmi les hommes qu'il agrée! »
- Ep 2.14 Il est notre paix : « Car il est notre paix, lui qui des deux n'en a fait qu'un, et qui a renversé le mur de séparation, »
Mots apparentés
- eirēnē εἰρήνη : paix
- ṣedāqāh צְדָקָה : justice, droiture
- berît בְּרִית : alliance
- yᵉšûʿâ יְשׁוּעָה : salut, délivrance
- katallagē καταλλαγή : réconciliation
Autres mots du thème « Foi, espérance, amour »
- ʾāman : être ferme ; croire
- bāṭaḥ : se confier, être en sécurité
- yirʾāh : crainte
- ʾāhav : aimer
- pistis : foi, confiance, fidélité
- elpis : espérance
- agapē : amour, charité
- phileō : aimer d'affection ; embrasser
Bibliographie
- Gerhard von Rad et Werner Foerster, art. « εἰρήνη », Theological Dictionary of the New Testament, vol. 2.
- Johannes Pedersen, Israel: Its Life and Culture, I–II, Londres et Copenhague, 1926.
- Gillis Gerleman, « Die Wurzel šlm », Zeitschrift für die alttestamentliche Wissenschaft 85 (1973).
- F. J. Stendebach, art. « šālôm », Theological Dictionary of the Old Testament, vol. 15.
- Ulrich Mauser, The Gospel of Peace: A Scriptural Message for Today's World, Louisville, Westminster John Knox, 1992.
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