katallagē καταλλαγή

Strong G2643 · nom féminin · réconciliation · 4 occurrences

Le passage de l'hostilité à la paix entre deux parties. Mot de la diplomatie et de la vie conjugale, il devient chez Paul le nom de l'œuvre par laquelle Dieu, de sa propre initiative, rétablit la relation avec un monde qui lui était hostile, et confie aux croyants le « ministère de la réconciliation ».

Racine et étymologie

Le mot repose sur le verbe ἀλλάσσω (allassō), « changer, rendre autre », dérivé de ἄλλος (allos), « autre ». Le composé καταλλάσσω (katallassō) signifiait d'abord « échanger », en particulier de la monnaie, et καταλλαγή désignait le change. Par extension, il en est venu à désigner l'échange de l'hostilité contre l'amitié : réconcilier, c'est faire passer une relation d'un état à un autre.

Dans le grec hellénistique, la famille s'emploie pour les traités entre cités ou peuples ennemis et pour les époux séparés. Paul garde ce second sens en 1 Corinthiens 7.11 : la femme séparée doit « se réconcilier avec son mari ». Matthieu utilise le synonyme διαλλάσσω (diallassō) : « va d'abord te réconcilier avec ton frère » (Mt 5.24).

Le Nouveau Testament connaît aussi la forme renforcée ἀποκαταλλάσσω (apokatallassō), qui n'est attestée nulle part avant Éphésiens et Colossiens (Ep 2.16 ; Col 1.20). Il s'agit probablement d'une création de Paul ou de son école pour dire une réconciliation totale, qui embrasse Juifs et païens, et même « tout ce qui est sur la terre et dans les cieux ».

Sens et emplois

  1. La réconciliation reçue

    Pour Paul, la réconciliation n'est pas d'abord une tâche humaine, mais un don déjà « obtenu ». Le verset précédent rappelle que nous étions « ennemis » lorsque nous avons été réconciliés par la mort du Fils (Rm 5.10). La réconciliation est le fruit de la justification et la source d'une confiance joyeuse.

    « par qui maintenant nous avons obtenu la réconciliation. »Rm 5.11, Segond 1910
  2. La réconciliation du monde

    Dans sa méditation sur le sort d'Israël, Paul voit dans le refus d'une partie du peuple l'occasion par laquelle l'Évangile a atteint les nations. Le « monde », c'est-à-dire l'humanité païenne, se trouve ainsi réconcilié avec Dieu, en attendant une « réintégration » d'Israël plus glorieuse encore.

    « Car si leur rejet a été la réconciliation du monde, »Rm 11.15, Segond 1910
  3. Un ministère confié

    Dieu, qui a réconcilié, confie aux apôtres un service, une diakonia, de la réconciliation. La réconciliation devient ainsi une mission : l'Église est chargée d'annoncer et de vivre ce que Dieu a accompli.

    « et qui nous a donné le ministère de la réconciliation. »2 Co 5.18, Segond 1910
  4. Une parole à proclamer

    Le contenu du message est précisé : Dieu ne compte plus les fautes. La réconciliation passe par une parole adressée, sur le ton de l'ambassadeur qui supplie : « Soyez réconciliés avec Dieu ! » (2 Co 5.20).

    « et il a mis en nous la parole de la réconciliation. »2 Co 5.19, Segond 1910

Passerelle hébreu – grec

Katallagē n'a pas d'équivalent hébreu direct. La Bible hébraïque dit la réconciliation par des récits plutôt que par un terme technique : Ésaü qui court embrasser Jacob (Gn 33.4), Joseph qui pleure sur ses frères (Gn 45.15). Le concept le plus proche est šālôm, la paix comme relation rétablie, et l'expiation (kipper), qui lève l'obstacle entre Dieu et son peuple. Dans la Septante, le nom n'apparaît que de façon marginale.

Les livres grecs des Maccabées emploient en revanche le verbe katallassō pour dire que Dieu, après sa colère, « se réconciliera » avec ses serviteurs (2 M 7.33 ; 8.29). C'est Dieu qu'on prie de se réconcilier. Paul renverse cette perspective : Dieu est toujours le sujet qui réconcilie, jamais l'objet qu'on réconcilie ; ce sont les hommes qui sont réconciliés avec lui. La Vulgate rend le mot par reconciliatio, d'où « réconciliation ».

Le débat

La réconciliation change-t-elle seulement l'attitude de l'homme envers Dieu, ou aussi la relation de Dieu envers l'homme ?

Ritschl a raison sur un point de grammaire : Dieu est toujours sujet du verbe, jamais objet. Mais Morris rappelle que le contexte de Romains 5 mentionne la colère et que la réconciliation passe par la mort du Christ, ce qui suppose plus qu'un changement psychologique. La relation entière est transformée, à l'initiative de Dieu seul. Martin montre enfin que cette réconciliation déborde la relation individuelle avec Dieu pour atteindre l'Église et le cosmos.

Portée théologique

La réconciliation est le plus relationnel des mots du salut. La justification évoque un tribunal, la rédemption un marché d'esclaves, l'expiation un sanctuaire ; la réconciliation évoque deux personnes brouillées qui se retrouvent. Elle dit que le problème du péché n'est pas seulement une faute à effacer, mais une relation rompue à rétablir. Et elle souligne l'étonnante initiative de Dieu : c'est l'offensé qui fait le premier pas, et qui va jusqu'à « supplier » par ses ambassadeurs (2 Co 5.20).

Le mot a une portée sociale immédiate. Éphésiens 2 applique la réconciliation avec Dieu au mur qui séparait Juifs et païens : le Christ a fait des deux « un seul corps ». Jésus place la réconciliation fraternelle avant même le culte (Mt 5.24). Les Églises qui ont vécu des déchirements, ou les chrétiens engagés dans des processus de paix après des guerres civiles, ont souvent trouvé dans 2 Corinthiens 5 le fondement de leur action.

Enfin, Colossiens 1.20 élargit l'horizon à « tout ce qui est sur la terre et dans les cieux ». La réconciliation n'est pas seulement le rapprochement d'individus avec Dieu, mais la restauration de l'ordre entier de la création, défiguré par l'inimitié.

Chaîne : De l'inimitié à la paix

  1. Gn 33.4 Ésaü court au-devant de Jacob : « Esaü courut à sa rencontre; il l'embrassa, se jeta à son cou, et le baisa. Et ils pleurèrent. »
  2. Gn 45.15 Joseph embrasse ses frères : « Il embrassa aussi tous ses frères, en pleurant. Après quoi, ses frères s'entretinrent avec lui. »
  3. Jb 9.33 Pas d'arbitre entre nous : « Il n'y a pas entre nous d'arbitre, Qui pose sa main sur nous deux. »
  4. És 53.5 Le châtiment qui donne la paix : « Mais il était blessé pour nos péchés, Brisé pour nos iniquités; Le châtiment qui nous donne la paix est tombé sur lui, Et c'est par ses meurtrissures que nous sommes guéris. »
  5. És 57.19 Paix à celui qui est loin : « Je mettrai la louange sur les lèvres. Paix, paix à celui qui est loin et à celui qui est près! dit l'Éternel. Je les guérirai. »
  6. Mt 5.24 Va d'abord te réconcilier : « laisse là ton offrande devant l'autel, et va d'abord te réconcilier avec ton frère; puis, viens présenter ton offrande. »
  7. Rm 5.10 Réconciliés quand nous étions ennemis : « Car si, lorsque nous étions ennemis, nous avons été réconciliés avec Dieu par la mort de son Fils, à plus forte raison, étant réconciliés, serons-nous sauvés par sa vie. »
  8. Rm 11.15 La réconciliation du monde : « Car si leur rejet a été la réconciliation du monde, que sera leur réintégration, sinon une vie d'entre les morts? »
  9. 2 Co 5.19 Dieu était en Christ : « Car Dieu était en Christ, réconciliant le monde avec lui-même, en n'imputant point aux hommes leurs offenses, et il a mis en nous la parole de la réconciliation. »
  10. 2 Co 5.20 Soyez réconciliés avec Dieu : « Nous faisons donc les fonctions d'ambassadeurs pour Christ, comme si Dieu exhortait par nous; nous vous en supplions au nom de Christ: Soyez réconciliés avec Dieu! »
  11. Ep 2.16 Un seul corps : « et de les réconcilier, l'un et l'autre en un seul corps, avec Dieu par la croix, en détruisant par elle l'inimitié. »
  12. Col 1.20 Tout réconcilié par la croix : « il a voulu par lui réconcilier tout avec lui-même, tant ce qui est sur la terre que ce qui est dans les cieux, en faisant la paix par lui, par le sang de sa croix. »

Mots apparentés

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Bibliographie

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