pas πᾶς
Strong G3956 · adjectif · tout, tous, chaque · 1238 occurrences
Le petit mot grec qui dit la totalité : « tout », « tous », « chaque », « quiconque ». Banal en apparence, il porte quelques-unes des affirmations les plus fortes du Nouveau Testament sur la portée de la création et du salut, et la question de savoir qui sont ces « tous ».
Racine et étymologie
L'adjectif πᾶς (féminin πᾶσα, neutre πᾶν) repose sur un thème παντ-, visible dans le génitif παντός et dans le pluriel πάντες, πάντα. Le nominatif πᾶς résulte de l'évolution phonétique régulière d'une forme plus ancienne en -ντ-ς. Le mot est attesté dès Homère et reste en usage constant jusqu'au grec moderne, où πᾶς a cédé la place à όλος pour « tout » tandis que πάντα signifie « toujours ». C'est l'un des mots les plus fréquents du Nouveau Testament : 1 238 emplois, avec une forte présence dans les Actes, l'Évangile de Luc, Matthieu et la première épître aux Corinthiens.
Sa grammaire commande son sens. Au singulier sans article, πᾶς signifie en général « chaque, tout (n'importe quel) » : πᾶς ὁ πιστεύων, « quiconque croit ». Au singulier avec article, il désigne un ensemble pris dans sa totalité : « la création tout entière ». Au pluriel, il veut dire « tous », et au neutre pluriel τὰ πάντα, « toutes choses », il devient presque un nom : l'univers. Le contexte peut enfin lui donner le sens de « toute sorte de ».
La famille est riche : ἅπας (G537), forme renforcée de πᾶς ; l'adverbe πάντοτε, « toujours » ; πανταχοῦ, « partout » ; παντοκράτωρ, « tout-puissant », titre divin de l'Apocalypse. Le français a gardé l'élément pan- (panthéon, panorama, pandémie) et, par le latin, l'idée de totalité s'exprime avec omnis, d'où « omniprésent » et « omnipotent ».
Sens et emplois
Chaque, quiconque
Au singulier, πᾶς vise chacun des membres d'un ensemble pris un à un. La formule johannique « quiconque croit » ouvre le salut à toute personne, sans exception d'origine, mais sous une condition explicite.
« afin que quiconque croit en lui ne périsse point, mais qu'il ait la vie éternelle. »Jn 3.16, Segond 1910
Tout entier
Avec un nom défini, le mot désigne la totalité d'un ensemble. Paul voit la création entière, et non seulement l'humanité, prise dans l'attente de la délivrance.
« la création tout entière soupire et souffre les douleurs de l'enfantement. »Rm 8.22, Segond 1910
Tous les hommes
Au pluriel, πάντες englobe l'humanité. Paul l'emploie d'abord pour établir une solidarité dans le péché qui ne laisse personne de côté, Juif ou Grec.
« Car tous ont péché et sont privés de la gloire de Dieu; »Rm 3.23, Segond 1910
Toutes choses, l'univers
Le neutre τὰ πάντα désigne l'ensemble du réel visible et invisible. L'hymne de Colossiens rapporte au Christ l'origine, la cohésion et le but de toutes choses.
« Tout a été créé par lui et pour lui. »Col 1.16, Segond 1910
Un « tout » d'étendue large
Comme en français, « tout » n'est pas toujours arithmétique : il peut signifier « en très grand nombre », « de partout ». Marc ne veut pas dire qu'aucun habitant de Jérusalem n'est resté chez lui.
« Tout le pays de Judée et tous les habitants de Jérusalem se rendaient auprès de lui; »Mc 1.5, Segond 1910
Toute sorte de
Avec un nom abstrait sans article, le mot peut signifier « de toute espèce ». Le pardon promis couvre toutes les formes d'injustice, non une liste limitée.
« pour nous purifier de toute iniquité. »1 Jn 1.9, Segond 1910
Passerelle hébreu – grec
Dans la Septante, πᾶς traduit avant tout l'hébreu kōl (H3605), « totalité, tout », l'un des mots les plus fréquents de la Bible hébraïque avec 5 410 emplois. Comme kōl, il sert aussi bien aux usages courants (« tout le peuple ») qu'aux grandes affirmations théologiques : « L'Éternel est bon envers tous » (Ps 145.9), « je répandrai mon esprit sur toute chair » (Jl 2.28), « toutes les familles de la terre seront bénies en toi » (Gn 12.3). Le Nouveau Testament cite ou reprend ces formules : Pierre lit Joël à la Pentecôte (Ac 2.17) et Paul revient à la promesse faite à Abraham.
L'hébreu connaît aussi l'emploi large de kōl, où « tout » veut dire « beaucoup, de partout », et le pluriel rabbîm, « les nombreux », qui peut désigner une totalité. Ce fond éclaire Romains 5, où Paul passe de « tous » (5.18) à « beaucoup » (5.19) sans changer d'idée, et Ésaïe 53.11-12, où le Serviteur porte le péché « de beaucoup ». La Vulgate rend πᾶς par omnis ou universus, d'où « tout » et « tous » en français, mais aussi « quiconque » chez Segond.
Le débat
Quand le Nouveau Testament dit que Dieu veut sauver « tous les hommes » (1 Tm 2.4) ou réconcilier « tout » avec lui (Col 1.20), faut-il comprendre chaque être humain, toutes sortes d'hommes, ou un salut finalement universel ?
- Toutes sortes d'hommes (Augustin, Enchiridion, vers 421 ; John Owen, 1647) : Augustin propose de lire « tous » en 1 Timothée 2.4 comme « des hommes de toutes catégories » : rois et sujets, riches et pauvres, toutes nations. La théologie réformée a repris cette lecture ; Owen, dans The Death of Death in the Death of Christ, l'applique aux textes sur la mort du Christ « pour tous ». Argument : en 1 Timothée 2.1-2, Paul vient de nommer « les rois » et les autorités.
- Une volonté universelle, une réponse nécessaire (Thomas d'Aquin, Somme théologique I, q. 19, a. 6) : Thomas distingue une volonté « antécédente » de Dieu, qui veut le salut de tous, et une volonté « conséquente », qui tient compte de la réponse de chacun. C'est, sous des formes diverses, la lecture catholique et arminienne : « tous » signifie bien chaque homme, mais le salut offert à tous n'est reçu que par la foi (Jn 3.16 ; Rm 10.13).
- Tous élus en Christ (Karl Barth, Kirchliche Dogmatik II/2, 1942) : Barth relit l'élection à partir du Christ, à la fois élu et réprouvé à la place de tous. L'humanité entière est incluse dans cette élection ; Barth refuse pourtant d'ériger le salut universel en doctrine, pour ne pas lier la liberté de la grâce.
- Tous finalement sauvés (Origène, Traité des principes, vers 230 ; David Bentley Hart, 2019) : Origène espère une restauration finale de toutes choses (l'apocatastase), appuyée sur 1 Corinthiens 15.28 : « Dieu tout en tous ». Hart, dans That All Shall Be Saved, soutient que les « tous » de Romains 5.18 et 11.32 doivent être pris au même sens dans les deux membres de la phrase : autant de condamnés, autant de sauvés.
La grammaire seule ne tranche pas : πᾶς peut être large (Mc 1.5) ou distributif, et le contexte décide. Les textes affirment sans ambiguïté que l'offre et la portée de l'œuvre du Christ ne connaissent pas de frontière ethnique ou sociale, et que Dieu désire le salut de chacun (1 Tm 2.4 ; 2 P 3.9). Ils associent aussi ce « tous » à la foi (Rm 10.12-13) et maintiennent la possibilité d'un refus. La plupart des exégètes tiennent ensemble l'universalité de la volonté divine et la réalité de la réponse humaine, sans résoudre complètement la tension.
Portée théologique
Romains 5 construit un parallèle entre deux figures qui engagent « tous » : « comme par une seule offense la condamnation a atteint tous les hommes, de même par un seul acte de justice la justification qui donne la vie s'étend à tous les hommes » (Rm 5.18). Le premier « tous » est indiscutable : personne n'échappe à la solidarité avec Adam (Rm 3.23 ; 5.12). Tout l'enjeu est de savoir si le second a la même extension. Le verset suivant parle de « beaucoup » des deux côtés, et le chapitre insiste sur ceux « qui reçoivent l'abondance de la grâce » (5.17). Paul affirme ainsi au moins ceci : l'œuvre du Christ est aussi large que la chute, et aucune personne n'est hors de sa portée.
Les Pastorales donnent à cette largeur la forme d'une volonté : Dieu « veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité » (1 Tm 2.4), et le Christ « s'est donné lui-même en rançon pour tous » (2.6). Le contexte est concret : on doit prier « pour tous les hommes » (2.1), y compris pour les autorités païennes. La conséquence pratique de l'universalité, c'est la prière et la mission sans exclusive, « jusqu'aux extrémités de la terre ».
Colossiens élargit encore le regard. Les « toutes choses » créées en Christ (Col 1.16) sont aussi celles qu'il réconcilie « par le sang de sa croix » (1.20). Le salut ne concerne pas seulement des individus mais l'univers entier, jusqu'au moment où « Dieu sera tout en tous » (1 Co 15.28). Pour la prédication, πᾶς interdit deux erreurs : restreindre l'Évangile à un groupe privilégié, et oublier que ce « tous » est un appel personnel : « quiconque invoquera le nom du Seigneur sera sauvé » (Rm 10.13).
Chaîne : Le salut offert à tous
- Gn 12.3 Toutes les familles de la terre : « Je bénirai ceux qui te béniront, et je maudirai ceux qui te maudiront; et toutes les familles de la terre seront bénies en toi. »
- Ps 145.9 Bon envers tous : « L'Éternel est bon envers tous, Et ses compassions s'étendent sur toutes ses œuvres. »
- És 45.22 Vous tous, aux extrémités de la terre : « Tournez-vous vers moi, et vous serez sauvés, Vous tous qui êtes aux extrémités de la terre! Car je suis Dieu, et il n'y en a point d'autre. »
- Jl 2.28 Sur toute chair : « Après cela, je répandrai mon esprit sur toute chair; Vos fils et vos filles prophétiseront, Vos vieillards auront des songes, Et vos jeunes gens des visions. »
- Mt 11.28 Venez à moi, vous tous : « Venez à moi, vous tous qui êtes fatigués et chargés, et je vous donnerai du repos. »
- Mt 28.19 Toutes les nations : « Allez, faites de toutes les nations des disciples, les baptisant au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, »
- Jn 3.16 Quiconque croit : « Car Dieu a tant aimé le monde qu'il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne périsse point, mais qu'il ait la vie éternelle. »
- Jn 12.32 J'attirerai tous les hommes : « Et moi, quand j'aurai été élevé de la terre, j'attirerai tous les hommes à moi. »
- Rm 5.18 Adam et le Christ : « Ainsi donc, comme par une seule offense la condamnation a atteint tous les hommes, de même par un seul acte de justice la justification qui donne la vie s'étend à tous les hommes. »
- Rm 11.32 Miséricorde à tous : « Car Dieu a renfermé tous les hommes dans la désobéissance, pour faire miséricorde à tous. »
- Col 1.20 Tout réconcilié par la croix : « il a voulu par lui réconcilier tout avec lui-même, tant ce qui est sur la terre que ce qui est dans les cieux, en faisant la paix par lui, par le sang de sa croix. »
- 1 Tm 2.4 Dieu veut que tous soient sauvés : « qui veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité. »
Mots apparentés
- kōl כֹּל : tout, totalité
- kosmos κόσμος : monde, ordre, parure
- sōtēria σωτηρία : salut, délivrance, préservation
- katallagē καταλλαγή : réconciliation
Autres mots du thème « Salut et rédemption »
- yᵉšûʿâ : salut, délivrance
- gāʾal : racheter, agir en proche parent
- pādâ : racheter, libérer contre un prix
- kipper : faire l'expiation, purifier, apaiser
- apolytrōsis : rédemption, libération
- hilastērion : propitiatoire, moyen d'expiation
- dikaioō : justifier, déclarer juste, donner raison
- aphesis : pardon, rémission, libération
Bibliographie
- Walter Bauer, Frederick W. Danker, William F. Arndt et F. Wilbur Gingrich, A Greek-English Lexicon of the New Testament and Other Early Christian Literature (BDAG), 3e éd., Chicago, University of Chicago Press, 2000, art. « πᾶς ».
- Bo Reicke, art. « πᾶς, ἅπας », Theological Dictionary of the New Testament, vol. 5.
- Augustin, Enchiridion ad Laurentium de fide, spe et caritate, chap. 103.
- John Owen, The Death of Death in the Death of Christ, Londres, 1647.
- Karl Barth, Kirchliche Dogmatik II/2, Zollikon-Zurich, 1942.
- David Bentley Hart, That All Shall Be Saved: Heaven, Hell, and Universal Salvation, New Haven, Yale University Press, 2019.
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