gāʾal גָּאַל

Strong H1350 · verbe (participe substantivé gōʾēl) · racheter, agir en proche parent · 103 occurrences

Faire valoir le droit et le devoir du plus proche parent : racheter la terre ou la personne d'un membre de la famille, venger son sang, relever sa lignée. Appliqué à Dieu, le mot fait de l'Éternel le gōʾēl d'Israël, le proche qui prend sa cause en main.

Racine et étymologie

La racine g-ʾ-l est propre à l'hébreu biblique et à ses héritiers ; on ne lui connaît pas d'équivalent sûr dans les autres langues sémitiques anciennes. Son sens se déduit donc des lois et des récits où elle apparaît, et ils convergent : gāʾal désigne l'acte par lequel quelqu'un récupère ce qui appartient légitimement à sa famille et qui en a été aliéné. Le participe gōʾēl, « celui qui rachète », est devenu un véritable titre : le proche parent investi de ce droit.

La famille de mots comprend le nom gᵉʾullâ (H1353), « droit de rachat » ou « prix de rachat » (Lv 25.24 ; Rt 4.6 ; Jr 32.7), et le participe passif gᵉʾûlîm, « les rachetés » (És 35.9 ; Ps 107.2). En Ésaïe 63.4, la forme rare gᵉʾûlay, « mes rachetés », est rangée sous le même numéro Strong.

Il faut la distinguer d'un homonyme, gāʾal II (H1351), « souiller », attesté dans des textes tardifs (Ml 1.7 ; Lm 4.14). Les deux racines se rencontrent peut-être en Job 3.5, où Job souhaite que les ténèbres « s'emparent » du jour de sa naissance : les traducteurs hésitent entre « le revendiquent » (comme on revendique un bien de famille) et « le souillent ».

Sens et emplois

  1. Racheter la terre de la famille

    Le cadre originel : la terre appartient à Dieu et aux familles d'Israël, elle ne doit pas sortir du clan. Si un Israélite pauvre doit vendre une parcelle, son plus proche parent a le droit, et le devoir, de la racheter. La même loi vaut pour l'Israélite qui s'est vendu comme esclave à un étranger (Lv 25.48).

    « son plus proche parent, viendra et rachètera ce qu'a vendu son frère. »Lv 25.25, Segond 1910
  2. Racheter un bien consacré

    Dans la législation cultuelle, gāʾal désigne aussi le fait de reprendre, moyennant paiement, un animal, une maison ou un champ voué au sanctuaire. Le prix est l'estimation du prêtre majorée d'un cinquième. Ici, le mot se rapproche de pādâ, « racheter contre un prix ».

    « Si on veut le racheter, on ajoutera un cinquième à son estimation. »Lv 27.13, Segond 1910
  3. Venger le sang d'un proche

    Le gōʾēl haddām, « vengeur du sang », est le parent chargé de poursuivre le meurtrier d'un membre de sa famille. La Loi encadre cette pratique par les villes de refuge, qui distinguent l'homicide involontaire du meurtre (Nb 35.12 ; Jos 20.3). Racheter et venger relèvent de la même solidarité : rétablir ce que le crime a enlevé au clan.

    « Le vengeur du sang fera mourir le meurtrier; »Nb 35.19, Segond 1910
  4. Protéger et relever une veuve

    Dans le livre de Ruth, le droit de rachat porte à la fois sur le champ d'Élimélec et sur la descendance du défunt. Ruth demande à Boaz d'« étendre son aile », c'est-à-dire de l'épouser, au titre de ce droit. Le parent plus proche refuse, de peur de compromettre son propre héritage (Rt 4.6).

    « étends ton aile sur ta servante, car tu as droit de rachat. »Rt 3.9, Segond 1910
  5. Dieu, rédempteur d'Israël

    Dès l'Exode (Ex 6.6) et surtout dans la seconde partie d'Ésaïe, l'Éternel est présenté comme le gōʾēl de son peuple, associé au titre de « Saint d'Israël ». Il agit en proche parent qui libère les siens de l'exil, sans payer de rançon (És 52.3). Segond varie : « rédempteur », « sauveur » (És 41.14), « libérateur » (Ps 19.15).

    « Ainsi parle l'Éternel, roi d'Israël et son rédempteur, »És 44.6, Segond 1910
  6. Arracher à la mort

    Le mot s'étend enfin au rachat de la vie elle-même, menacée par la fosse ou le séjour des morts. Le Psaume 103 l'emploie pour la guérison et le pardon ; Osée 13.14, cité par Paul en 1 Co 15.55, pour une victoire sur la mort.

    « C'est lui qui délivre ta vie de la fosse, »Ps 103.4, Segond 1910

Passerelle hébreu – grec

La Septante rend le plus souvent gāʾal par λυτρόω (lytroō), « libérer contre une rançon », un verbe du vocabulaire commercial et de l'affranchissement des esclaves. Ce choix fait passer au premier plan l'idée de prix, alors que l'hébreu insistait sur le lien de parenté. Les traducteurs l'ont senti : dans Ruth et dans les lois sur le vengeur du sang, ils emploient plutôt ἀγχιστεύω (anchisteuō), « agir en plus proche parent », un mot qui ne passera pas dans le Nouveau Testament.

Le Nouveau Testament hérite donc d'un vocabulaire grec du rachat (lytroō, lytrōsis, apolytrōsis) chargé des résonances de gāʾal. Les disciples d'Emmaüs espéraient que Jésus « délivrerait Israël » (Lc 24.21) ; Zacharie bénit Dieu qui « a racheté son peuple » (Lc 1.68). En Romains 11.26, Paul cite Ésaïe 59.20 dans la forme de la Septante, où le gōʾēl devient ὁ ῥυόμενος, « le libérateur ». La Vulgate traduit Job 19.25 par « redemptor meus vivit », source du célèbre air du Messie de Haendel.

Le débat

Qui est le « rédempteur » que Job sait vivant (Jb 19.25) ?

L'hébreu de Job 19.25-27 est l'un des plus difficiles du livre, et la portée de « dans/sans ma chair » (v. 26) reste incertaine. Le cadre du procès que Job intente rend plausibles les deux premières lectures ; la structure du livre, où Dieu seul répond, favorise l'identification à Dieu. La lecture christologique relève d'une relecture canonique légitime, mais elle ne peut s'appuyer sur la seule grammaire du texte.

Portée théologique

Le gōʾēl n'est pas un acheteur quelconque : c'est un parent. Dire que Dieu est le gōʾēl d'Israël, c'est affirmer qu'il se considère comme lié à ce peuple par une solidarité de sang, au point de prendre à son compte ses dettes, ses pertes et ses injustices. Ésaïe pousse l'image jusqu'au mariage : « ton créateur est ton époux… ton rédempteur est le Saint d'Israël » (És 54.5). Le rachat est d'abord un acte de fidélité familiale, ce qui le rapproche du ḥesed.

Le livre de Ruth offre la meilleure illustration narrative. Boaz n'est pas obligé d'agir, puisqu'un parent plus proche existe ; il le fait par bonté, et ce rachat ouvre la lignée de David (Rt 4.17). La loi devient récit de grâce. Le gōʾēl comporte aussi une dimension de justice : il défend la cause des faibles, des orphelins (Pr 23.11), et tient le « jour de vengeance » contre l'oppresseur (És 63.4).

Le Nouveau Testament n'emploie pas d'équivalent grec du titre gōʾēl, mais l'Épître aux Hébreux en retrouve la logique : le Fils « n'a pas honte » d'appeler les hommes ses frères et participe « au sang et à la chair » pour les délivrer (Hé 2.11-15). Pour le croyant, la rédemption n'est donc pas une transaction anonyme, mais l'intervention d'un proche.

Chaîne : Le proche parent qui rachète

  1. Gn 48.16 L'ange qui a délivré Jacob : « que l'ange qui m'a délivré de tout mal, bénisse ces enfants! Qu'ils soient appelés de mon nom et du nom de mes pères, Abraham et Isaac, et qu'ils multiplient en abondance au milieu du pays! »
  2. Ex 6.6 La promesse de l'Exode : « C'est pourquoi dis aux enfants d'Israël: Je suis l'Éternel, je vous affranchirai des travaux dont vous chargent les Égyptiens, je vous délivrerai de leur servitude, et je vous sauverai à bras étendu et par de grands jugements. »
  3. Lv 25.25 La loi du rachat : « Si ton frère devient pauvre et vend une portion de sa propriété, celui qui a le droit de rachat, son plus proche parent, viendra et rachètera ce qu'a vendu son frère. »
  4. Rt 4.14 Boaz, le proche qui rachète : « Les femmes dirent à Naomi: Béni soit l'Éternel, qui ne t'a point laissé manquer aujourd'hui d'un homme ayant droit de rachat, et dont le nom sera célébré en Israël! »
  5. Jb 19.25 Mon rédempteur est vivant : « Mais je sais que mon rédempteur est vivant, Et qu'il se lèvera le dernier sur la terre. »
  6. Ps 103.4 La vie délivrée de la fosse : « C'est lui qui délivre ta vie de la fosse, Qui te couronne de bonté et de miséricorde; »
  7. És 43.1 Je t'ai racheté, tu es à moi : « Ainsi parle maintenant l'Éternel, qui t'a créé, ô Jacob! Celui qui t'a formé, ô Israël! Ne crains rien, car je te rachète, Je t'appelle par ton nom: tu es à moi! »
  8. És 52.3 Racheté sans argent : « Car ainsi parle l'Éternel: C'est gratuitement que vous avez été vendus, Et ce n'est pas à prix d'argent que vous serez rachetés. »
  9. És 59.20 Un rédempteur pour Sion : « Un rédempteur viendra pour Sion, Pour ceux de Jacob qui se convertiront de leurs péchés, Dit l'Éternel. »
  10. Jr 32.7 Jérémie achète un champ : « Voici, Hanameel, fils de ton oncle Schallum, va venir auprès de toi pour te dire: Achète mon champ qui est à Anathoth, car tu as le droit de rachat pour l'acquérir. »
  11. Lc 24.21 L'espérance d'Emmaüs : « Nous espérions que ce serait lui qui délivrerait Israël; mais avec tout cela, voici le troisième jour que ces choses se sont passées. »
  12. Rm 11.26 Le libérateur viendra de Sion : « Et ainsi tout Israël sera sauvé, selon qu'il est écrit: Le libérateur viendra de Sion, Et il détournera de Jacob les impiétés; »

Mots apparentés

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Bibliographie

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