hilastērion ἱλαστήριον
Strong G2435 · nom neutre (adjectif substantivé) · propitiatoire, moyen d'expiation · 2 occurrences
Dans la Septante, le couvercle d'or de l'arche, le « propitiatoire » où le sang était aspergé au jour des expiations. Paul applique ce mot au Christ en Romains 3.25 : il est le lieu et le moyen par lesquels Dieu traite le péché. Le sens exact de ce verset est l'un des plus discutés du Nouveau Testament.
Racine et étymologie
Le mot appartient à la famille de ἵλεως (hileōs), « propice, favorable », et du verbe ἱλάσκομαι (hilaskomai), « se rendre propice, apaiser » ou, dans la Bible grecque, « faire l'expiation ». Le suffixe -τήριον sert en grec à désigner un lieu ou un instrument : le θυσιαστήριον (thysiastērion) est le lieu du sacrifice, c'est-à-dire l'autel. Hilastērion désigne donc, par sa forme même, « ce qui sert à » ou « l'endroit où » s'opère l'hilasmos, l'expiation ou la propitiation.
En grec profane, le mot désigne une offrande votive destinée à se concilier une divinité. Dion Chrysostome rapporte ainsi que les Grecs auraient dédié le cheval de Troie à Athéna comme hilastērion. Dans le judaïsme hellénistique, le Quatrième livre des Maccabées (17.22) parle de la mort des martyrs comme d'une mort « propitiatoire » par laquelle Dieu a sauvé Israël, emploi adjectival qui a pu influencer la langue chrétienne.
La famille est peu représentée dans le Nouveau Testament : hilaskomai (Lc 18.13 ; Hé 2.17), hilasmos (1 Jn 2.2 ; 4.10) et hilastērion (Rm 3.25 ; Hé 9.5). Mais chacune de ces occurrences se trouve à un endroit clé de la réflexion sur la croix.
Sens et emplois
Le couvercle de l'arche
Dans l'Épître aux Hébreux, hilastērion a son sens concret de la Septante : le couvercle d'or de l'arche, encadré par les deux chérubins, où Dieu se rendait présent et où le grand prêtre aspergeait le sang une fois par an. L'auteur le mentionne pour l'opposer au sanctuaire céleste où le Christ est entré.
« couvrant de leur ombre le propitiatoire. »Hé 9.5, Segond 1910
Le Christ, nouveau propitiatoire
Lu à la lumière de la Septante, Romains 3.25 présente le Christ comme le nouveau lieu de la rencontre entre Dieu et son peuple : ce qui était caché derrière le voile est désormais « exposé » publiquement (le verbe proetheto signifie « présenter, exposer »), et le sang n'est plus celui des animaux mais le sien.
« C'est lui que Dieu a destiné, par son sang, »Rm 3.25, Segond 1910
Moyen d'expiation ou de propitiation
Selon une autre lecture, hilastērion est ici un adjectif ou un nom général : « moyen d'expiation », « sacrifice propitiatoire ». C'est le choix de Segond, qui traduit « victime propitiatoire », et celui de la Vulgate (propitiationem). Le mot souligne alors l'effet de la mort du Christ plus que l'image du sanctuaire.
« pour ceux qui croiraient victime propitiatoire, »Rm 3.25, Segond 1910
Passerelle hébreu – grec
Dans la Septante, hilastērion traduit presque toujours kappōret (H3727), le couvercle de l'arche, mot formé sur la même racine que kipper, « faire l'expiation ». Le choix des traducteurs est significatif : ils ne disent pas « couvercle » (epithema, qu'ils ajoutent seulement en Exode 25.17), mais « objet ou lieu de l'expiation ». C'est sur le kappōret qu'Aaron fait sept fois l'aspersion du sang (Lv 16.14), et c'est « du haut du propitiatoire » que Dieu parle à Moïse (Nb 7.89). Ézéchiel emploie aussi le mot grec pour un rebord de l'autel (Éz 43.14-20).
Le latin a hésité : la Vulgate dit propitiatorium en Hébreux 9.5, mais propitiatio en Romains 3.25. Luther, au contraire, a traduit les deux textes par le même mot, Gnadenstuhl, « trône de grâce », rendu en anglais par Tyndale « mercy seat ». Segond fait comme la Vulgate, avec « propitiatoire » en Hébreux et « victime propitiatoire » en Romains ; Darby, plus littéral, garde « propitiatoire » dans les deux cas.
Le débat
En Romains 3.25, le Christ est-il présenté comme le « propitiatoire », comme un moyen d'expier le péché, ou comme celui qui apaise la colère de Dieu ?
- Expiation, non propitiation (C. H. Dodd, 1935) : Dans The Bible and the Greeks, Dodd observe que, dans la Septante, Dieu n'est jamais l'objet de ces verbes : on n'« apaise » pas Dieu, on purifie le péché ou le sanctuaire. Il traduit donc par « moyen d'expiation » et refuse l'idée païenne d'un dieu irrité qu'il faudrait calmer.
- Une vraie propitiation (Leon Morris, 1955) : Dans The Apostolic Preaching of the Cross, Morris, suivi par Roger Nicole la même année, répond que le contexte de Romains parle de la colère de Dieu (Rm 1.18 ; 5.9). La croix écarte cette colère ; mais c'est Dieu lui-même qui « présente » la victime, ce qui distingue radicalement la propitiation biblique de la marchandise païenne.
- Le propitiatoire du jour des expiations (Peter Stuhlmacher, 1989) : Dans son commentaire de Romains, Stuhlmacher défend, après Origène et Luther, le sens de la Septante : le Christ crucifié est le nouveau kappōret, le lieu où Dieu se rend présent et efface le péché. Argument : Hé 9.5 atteste ce sens dans le Nouveau Testament, et Rm 3.25 parle de sang, de patience et de justice, comme le rite de Lévitique 16.
- La mort expiatoire des martyrs (Eduard Lohse, 1955) : Dans Märtyrer und Gottesknecht, Lohse rapproche la formule de la théologie juive du martyre, où la mort du juste a une valeur expiatoire pour le peuple (4 M 17.22). Paul reprendrait une formule de foi judéo-chrétienne antérieure, en l'intégrant à sa réflexion sur la justice de Dieu.
Deux questions s'entremêlent : la référence (le propitiatoire ou un sacrifice en général) et la portée (expier le péché ou apaiser la colère). Sur la première, l'usage de la Septante et Hébreux 9.5 rendent la lecture typologique très solide, sans exclure l'écho du martyre. Sur la seconde, Dodd a eu raison de souligner que Dieu est l'auteur et non la cible du rite, mais Morris a eu raison de rappeler la colère dont parle Romains. Beaucoup de commentateurs récents tiennent les deux : Dieu lui-même fournit le lieu où le péché est ôté et où sa colère légitime est écartée.
Portée théologique
Quel que soit le sens retenu, Romains 3.25 affirme d'abord que c'est Dieu qui agit : il « a destiné » le Christ. La croix n'est pas l'effort humain pour fléchir un dieu hostile, mais l'initiative de Dieu pour traiter le péché. Première Jean le dit sans détour : l'amour consiste en ce que Dieu « nous a aimés et a envoyé son Fils comme victime expiatoire » (1 Jn 4.10).
La lecture typologique ouvre une perspective très riche pour la prédication. Le propitiatoire était caché derrière le voile, accessible une seule fois par an au seul grand prêtre ; le Christ, lui, est « exposé » devant tous. Le lieu de la rencontre avec Dieu n'est plus un objet dans un sanctuaire réservé, mais une personne offerte publiquement. Le verbe proetheto, « présenter, exposer », souligne ce passage du secret à la manifestation.
Enfin, le verset est inséparable de la justice de Dieu. Dieu avait « laissé impunis » les péchés passés ; la croix montre qu'il n'était pas indifférent au mal. Il peut ainsi « être juste tout en justifiant celui qui a la foi en Jésus » (Rm 3.26). Le propitiatoire est le lieu où la justice et la miséricorde se rejoignent.
Chaîne : Du propitiatoire à la croix
- Ex 25.17 Un propitiatoire d'or pur : « Tu feras un propitiatoire d'or pur; sa longueur sera de deux coudées et demie, et sa largeur d'une coudée et demie. »
- Ex 25.22 C'est là que je me rencontrerai avec toi : « C'est là que je me rencontrerai avec toi; du haut du propitiatoire, entre les deux chérubins placés sur l'arche du témoignage, je te donnerai tous mes ordres pour les enfants d'Israël. »
- Lv 16.2 Dieu apparaît dans la nuée : « L'Éternel dit à Moïse: Parle à ton frère Aaron, afin qu'il n'entre pas en tout temps dans le sanctuaire, au dedans du voile, devant le propitiatoire qui est sur l'arche, de peur qu'il ne meure; car j'apparaîtrai dans la nuée sur le propitiatoire. »
- Lv 16.14 Sept aspersions de sang : « Il prendra du sang du taureau, et il fera l'aspersion avec son doigt sur le devant du propitiatoire vers l'orient; il fera avec son doigt sept fois l'aspersion du sang devant le propitiatoire. »
- Nb 7.89 La voix au-dessus du propitiatoire : « Lorsque Moïse entrait dans la tente d'assignation pour parler avec l'Éternel, il entendait la voix qui lui parlait du haut du propitiatoire placé sur l'arche du témoignage, entre les deux chérubins. Et il parlait avec l'Éternel. »
- Lc 18.13 Ô Dieu, sois apaisé envers moi : « Le publicain, se tenant à distance, n'osait même pas lever les yeux au ciel; mais il se frappait la poitrine, en disant: Ô Dieu, sois apaisé envers moi, qui suis un pécheur. »
- Rm 3.25 Le Christ exposé publiquement : « C'est lui que Dieu a destiné, par son sang, à être, pour ceux qui croiraient victime propitiatoire, afin de montrer sa justice, parce qu'il avait laissé impunis les péchés commis auparavant, au temps de sa patience, afin, dis-je, »
- Hé 2.17 Le grand prêtre qui fait l'expiation : « En conséquence, il a dû être rendu semblable en toutes choses à ses frères, afin qu'il fût un souverain sacrificateur miséricordieux et fidèle dans le service de Dieu, pour faire l'expiation des péchés du peuple; »
- Hé 9.5 Les chérubins de la gloire : « Au-dessus de l'arche étaient les chérubins de la gloire, couvrant de leur ombre le propitiatoire. Ce n'est pas le moment de parler en détail là-dessus. »
- Hé 9.12 Par son propre sang : « et il est entré une fois pour toutes dans le lieu très saint, non avec le sang des boucs et des veaux, mais avec son propre sang, ayant obtenu une rédemption éternelle. »
- 1 Jn 2.2 Pour le monde entier : « Il est lui-même une victime expiatoire pour nos péchés, non seulement pour les nôtres, mais aussi pour ceux du monde entier. »
- 1 Jn 4.10 L'amour qui envoie le Fils : « Et cet amour consiste, non point en ce que nous avons aimé Dieu, mais en ce qu'il nous a aimés et a envoyé son Fils comme victime expiatoire pour nos péchés. »
Mots apparentés
- kipper כִּפֶּר : faire l'expiation, purifier, apaiser
- apolytrōsis ἀπολύτρωσις : rédemption, libération
- dikaioō δικαιόω : justifier, déclarer juste, donner raison
Autres mots du thème « Salut et rédemption »
- yᵉšûʿâ : salut, délivrance
- gāʾal : racheter, agir en proche parent
- pādâ : racheter, libérer contre un prix
- sōtēria : salut, délivrance, préservation
- katallagē : réconciliation
- aphesis : pardon, rémission, libération
- pas : tout, tous, chaque
Bibliographie
- C. H. Dodd, The Bible and the Greeks, Londres, Hodder and Stoughton, 1935.
- Leon Morris, The Apostolic Preaching of the Cross, Londres, Tyndale Press, 1955.
- Roger Nicole, « C. H. Dodd and the Doctrine of Propitiation », Westminster Theological Journal 17, 1955.
- Peter Stuhlmacher, Der Brief an die Römer (NTD 6), Göttingen, Vandenhoeck et Ruprecht, 1989.
- Eduard Lohse, Märtyrer und Gottesknecht, Göttingen, Vandenhoeck et Ruprecht, 1955.
- Friedrich Büchsel et Johannes Herrmann, art. « ἱλάσκομαι, ἱλαστήριον », Theological Dictionary of the New Testament, vol. 3.
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