pādâ פָּדָה
Strong H6299 · verbe · racheter, libérer contre un prix · 59 occurrences
Libérer une personne ou un animal d'une obligation ou d'un pouvoir étranger, à l'origine moyennant paiement. Avec Dieu pour sujet, le mot désigne la libération d'Égypte, la délivrance du danger et de la mort, et enfin le rachat des fautes.
Racine et étymologie
Contrairement à gāʾal, la racine p-d-h est largement attestée dans les langues sémitiques. L'akkadien padû signifie « épargner, laisser aller », l'ougaritique connaît pdy au sens de « racheter », et l'arabe fadā désigne le rachat d'un captif, d'où fidāʾ, « rançon ». Ces parallèles orientent vers un vocabulaire juridique et commercial : on « libère » quelqu'un en versant à son détenteur une contrepartie.
L'hébreu en tire deux noms : pidyôn ou pidyôm (H6306), « prix du rachat » (Ex 21.30 ; Nb 3.49 ; Ps 49.9), et pᵉdût (H6304), « rédemption, libération » (Ps 111.9 ; Ps 130.7). Le participe passif pᵉdûyîm, « les rachetés », sert à décrire le retour de l'exil (És 35.10 ; 51.11). On rencontre aussi la racine dans des noms propres comme Pedaya, « l'Éternel a racheté ».
La différence avec gāʾal est éclairante. Gāʾal suppose un lien de parenté : celui qui rachète est un proche. Pādâ ne suppose aucun lien préalable ; il met l'accent sur l'opération de transfert, souvent avec un prix fixé. Lorsque Dieu devient le sujet du verbe, cette dimension commerciale s'estompe au profit de la puissance libératrice.
Sens et emplois
Racheter les premiers-nés
Tout premier-né appartient à l'Éternel, en mémoire de la nuit où les premiers-nés d'Égypte moururent (Ex 13.15). Pour les fils, le père doit les « racheter » ; la Loi fixe plus tard le prix à cinq sicles (Nb 18.16). Le judaïsme pratique encore ce rite sous le nom de pidyôn ha-bēn.
« Tu rachèteras aussi tout premier-né de l'homme parmi tes fils. »Ex 13.13, Segond 1910
Libérer une personne asservie
Dans le droit de l'esclavage, pādâ désigne le rachat d'une servante par sa famille, que le maître doit faciliter s'il renonce à l'épouser. Le verbe relève ici du droit civil le plus concret.
« il facilitera son rachat; »Ex 21.8, Segond 1910
La libération d'Égypte
Le Deutéronome emploie pādâ pour résumer l'Exode : Dieu a « racheté » Israël de la maison de servitude. Aucun prix n'est mentionné ; la cause est l'amour de Dieu et sa fidélité au serment fait aux pères.
« vous a délivrés de la maison de servitude, »Dt 7.8, Segond 1910
Délivrer du danger
Dans les récits et les Psaumes, le verbe devient synonyme de « tirer d'affaire ». David l'utilise dans un serment qui fait de Dieu le garant de toute sa vie passée (2 S 4.9 ; 1 R 1.29).
« L'Éternel qui m'a délivré de tout péril est vivant! »2 S 4.9, Segond 1910
Racheter de la mort
Le Psaume 49 oppose deux rachats : aucun homme ne peut payer à Dieu le prix de la vie d'un autre (v. 7), mais Dieu, lui, rachète du séjour des morts. Le verset nourrit la réflexion biblique sur l'espérance au-delà de la mort.
« Mais Dieu sauvera mon âme du séjour des morts, »Ps 49.16, Segond 1910
Racheter des fautes
Le Psaume 130 est le seul texte où l'objet du rachat est le péché lui-même. Ce n'est plus une puissance étrangère qui retient Israël, mais ses propres iniquités, et c'est Dieu qui l'en délivre.
« C'est lui qui rachètera Israël De toutes ses iniquités. »Ps 130.8, Segond 1910
Passerelle hébreu – grec
La Septante traduit pādâ surtout par λυτρόω (lytroō), « libérer contre une rançon », dont dérive λύτρον (lytron), « rançon », employé pour le prix du rachat des premiers-nés et des Lévites (Nb 3.46-51). Le nom pᵉdût du Psaume 130.7 devient λύτρωσις (lytrōsis). Plus rarement, elle emploie ῥύομαι, « arracher, délivrer », ou σῴζω, « sauver », surtout lorsque l'idée de paiement est absente.
Ce vocabulaire passe tel quel dans le Nouveau Testament. Jésus déclare être venu « donner sa vie comme la rançon (lytron) de plusieurs » (Mc 10.45), formule que 1 Timothée 2.6 renforce par antilytron, « rançon à la place de ». La Première épître de Pierre précise le prix : non « de l'argent ou de l'or », mais « le sang précieux de Christ » (1 P 1.18-19). Sur la croix, selon Luc, Jésus reprend le Psaume 31.6, dont le texte hébreu contient précisément pādâ : « Tu me délivreras ».
Le débat
Quand Dieu « rachète », l'idée d'un prix payé subsiste-t-elle ?
- Le prix reste essentiel (Leon Morris, 1955) : Dans The Apostolic Preaching of the Cross, Morris soutient que le vocabulaire du rachat, en hébreu comme en grec, garde toujours la notion de coût. Argument : même lorsque Dieu agit, les textes évoquent un prix ou un effort (« je donne l'Égypte pour ta rançon », És 43.3 ; « par sa main puissante »).
- La délivrance prime sur la transaction (David Hill, 1967) : Dans Greek Words and Hebrew Meanings, Hill estime qu'avec Dieu pour sujet, pādâ et lytroō signifient d'abord « libérer », le prix devenant une image ou disparaissant. Argument : en Dt 7.8, la cause du rachat est l'amour de Dieu, et personne ne reçoit de paiement.
- Un rachat qui est une acquisition (Stanislas Lyonnet, 1970) : Avec Léopold Sabourin (Sin, Redemption and Sacrifice), Lyonnet insiste sur le fait que Dieu, en rachetant, s'acquiert un peuple qui lui appartient. La question « à qui le prix est-il versé ? » est étrangère aux textes ; ce qui compte est le changement de propriétaire.
Les emplois juridiques (premiers-nés, esclaves) impliquent clairement un prix. Les emplois théologiques n'en mentionnent presque jamais le bénéficiaire, ce qui donne raison à Hill et Lyonnet contre une lecture commerciale. Mais Morris a raison de noter que le rachat n'est jamais gratuit pour celui qui rachète : il lui coûte sa puissance, son amour, et dans le Nouveau Testament sa vie (Mc 10.45).
Portée théologique
Le rachat des premiers-nés inscrit dans chaque famille d'Israël la mémoire de l'Exode : chaque fils aîné est une vie qui appartient à Dieu et qui n'est rendue aux parents qu'au prix d'un rachat. Le peuple entier se comprend ainsi : il a été « racheté » de la maison de servitude, et son existence même est un don. Les commandements sociaux du Deutéronome en découlent : « Tu te souviendras que tu as été esclave… et que l'Éternel, ton Dieu, t'a racheté » (Dt 15.15 ; 24.18).
Le Psaume 49 fixe une limite décisive : aucun homme, si riche soit-il, ne peut payer le prix d'une vie. Seul Dieu peut racheter de la mort. Le Psaume 130 franchit un pas de plus en faisant du péché l'objet du rachat. Le Nouveau Testament se place exactement à ce point de rencontre : Jésus se présente comme la « rançon » que nul homme ne pouvait fournir, et sa mort est comprise comme le rachat promis par les Psaumes.
Pour la prédication, pādâ invite à tenir ensemble gratuité et coût. Le salut est gratuit pour le racheté, mais il ne l'est pas pour celui qui rachète. C'est ce que dit la Première épître de Pierre en opposant l'or et l'argent, biens périssables, au « sang précieux de Christ ».
Chaîne : Racheté pour appartenir à Dieu
- Ex 13.13 Le rachat des premiers-nés : « Tu rachèteras avec un agneau tout premier-né de l'âne; et, si tu ne le rachètes pas, tu lui briseras la nuque. Tu rachèteras aussi tout premier-né de l'homme parmi tes fils. »
- Nb 18.16 Cinq sicles d'argent : « Tu les feras racheter dès l'âge d'un mois, d'après ton estimation, au prix de cinq sicles d'argent, selon le sicle du sanctuaire, qui est de vingt guéras. »
- Dt 7.8 Racheté parce qu'aimé : « Mais, parce que l'Éternel vous aime, parce qu'il a voulu tenir le serment qu'il avait fait à vos pères, l'Éternel vous a fait sortir par sa main puissante, vous a délivrés de la maison de servitude, de la main de Pharaon, roi d'Égypte. »
- 2 S 7.23 Le peuple que Dieu est venu racheter : « Est-il sur la terre une seule nation qui soit comme ton peuple, comme Israël, que Dieu est venu racheter pour en former son peuple, pour se faire un nom et pour accomplir en sa faveur, en faveur de ton pays, des miracles et des prodiges, en chassant devant ton peuple, que tu as racheté d'Égypte, des nations et leurs dieux? »
- Ps 31.6 Tu me délivreras : « Je remets mon esprit entre tes mains; Tu me délivreras, Éternel, Dieu de vérité! »
- Ps 49.8 Nul ne peut payer le prix : « Ils ne peuvent se racheter l'un l'autre, Ni donner à Dieu le prix du rachat. »
- Ps 130.8 Racheté de ses iniquités : « C'est lui qui rachètera Israël De toutes ses iniquités. »
- És 35.10 Le retour des rachetés : « Les rachetés de l'Éternel retourneront, Ils iront à Sion avec chants de triomphe, Et une joie éternelle couronnera leur tête; L'allégresse et la joie s'approcheront, La douleur et les gémissements s'enfuiront. »
- Os 13.14 Racheté du séjour des morts : « Je les rachèterai de la puissance du séjour des morts, Je les délivrerai de la mort. Ô mort, où est ta peste? Séjour des morts, où est ta destruction? Mais le repentir se dérobe à mes regards! »
- Mc 10.45 La rançon de plusieurs : « Car le Fils de l'homme est venu, non pour être servi, mais pour servir et donner sa vie comme la rançon de plusieurs. »
- Lc 23.46 Le dernier mot de Jésus : « Jésus s'écria d'une voix forte: Père, je remets mon esprit entre tes mains. Et, en disant ces paroles, il expira. »
- 1 P 1.18-19 Non par l'argent, mais par le sang : « sachant que ce n'est pas par des choses périssables, par de l'argent ou de l'or, que vous avez été rachetés de la vaine manière de vivre que vous aviez héritée de vos pères, mais par le sang précieux de Christ, comme d'un agneau sans défaut et sans tache, »
Mots apparentés
- gāʾal גָּאַל : racheter, agir en proche parent
- kipper כִּפֶּר : faire l'expiation, purifier, apaiser
- apolytrōsis ἀπολύτρωσις : rédemption, libération
- yᵉšûʿâ יְשׁוּעָה : salut, délivrance
Autres mots du thème « Salut et rédemption »
- sōtēria : salut, délivrance, préservation
- hilastērion : propitiatoire, moyen d'expiation
- dikaioō : justifier, déclarer juste, donner raison
- katallagē : réconciliation
- aphesis : pardon, rémission, libération
Bibliographie
- Johann Jakob Stamm, Erlösen und Vergeben im Alten Testament. Eine begriffsgeschichtliche Untersuchung, Berne, A. Francke, 1940.
- Johann Jakob Stamm, art. « pdh, auslösen, befreien », dans Ernst Jenni et Claus Westermann (éd.), Theologisches Handwörterbuch zum Alten Testament, vol. 2, Munich, Kaiser, 1976.
- Leon Morris, The Apostolic Preaching of the Cross, Londres, Tyndale Press, 1955.
- David Hill, Greek Words and Hebrew Meanings: Studies in the Semantics of Soteriological Terms, Cambridge, Cambridge University Press, 1967.
- Stanislas Lyonnet et Léopold Sabourin, Sin, Redemption and Sacrifice: A Biblical and Patristic Study, Rome, Biblical Institute Press, 1970.
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