kōl כֹּל

Strong H3605 · nom masculin · tout, totalité · 5410 occurrences

Le mot hébreu de la totalité : « tout », « tous », « chaque », et avec une négation « aucun ». Petit mot de grammaire, il porte pourtant de grandes affirmations bibliques : Dieu a tout fait, il réclame tout le cœur, et son salut vise toute chair.

Racine et étymologie

Kōl se rattache à la racine k-l-l, « être complet, achevé ». Le verbe kālal (H3634) est rare : Ézéchiel l'emploie pour Tyr, que ses bâtisseurs « ont rendue parfaite en beauté » (Éz 27.4). L'adjectif kālîl (H3632) signifie « entier » et désigne aussi l'offrande entièrement consumée : « elle sera brûlée en entier » (Lv 6.22). La totalité est donc d'abord l'idée d'une chose à laquelle il ne manque rien. La même racine existe dans toutes les langues sémitiques : l'akkadien kalû, l'arabe kull, l'araméen kōl, qu'on lit dans les passages araméens de Daniel et d'Esdras (H3606).

Grammaticalement, kōl est un nom qui veut dire « la totalité ». Il se place presque toujours devant un autre nom, à l'état construit, et s'écrit alors souvent kol- (ou kāl-) relié par un trait d'union. Son sens dépend de ce qui suit. Devant un nom déterminé, il signifie « tout le, toute la » : kol-hāʾāreṣ, « toute la terre ». Devant un nom indéterminé au singulier, il veut dire « chaque, tout » au sens distributif : kol-bāśār, « toute chair », c'est-à-dire tout être vivant. Avec un pronom suffixe, il donne kullām, « eux tous », ou kullānû, « nous tous ». Seul et avec l'article, hakkōl signifie « le tout ».

Enfin, accompagné d'une négation, kōl prend le sens de « aucun, rien ». Le quatrième commandement l'illustre : « tu ne feras aucun ouvrage » (Ex 20.10), littéralement « tu ne feras pas tout ouvrage ». Ce trait de syntaxe explique plusieurs nuances délicates de traduction, et il éclaire un passage célèbre de la Genèse.

Sens et emplois

  1. La totalité de l'œuvre créée

    Au terme des six jours, le regard de Dieu embrasse l'ensemble de ce qu'il a fait, sans exception. La bonté de la création n'est pas partielle : elle concerne le tout, et chaque élément trouve sa place dans cet ensemble.

    « Dieu vit tout ce qu'il avait fait et voici, cela était très bon. »Gn 1.31, Segond 1910
  2. Une liberté déformée par la négation

    Dieu avait dit : « Tu pourras manger de tous les arbres du jardin » (Gn 2.16), en ne réservant qu'un seul arbre. Le serpent reprend le même mikkōl, « de tout », mais l'enferme dans une négation qui en fait « d'aucun ». Le jeu sur kōl transforme une permission généreuse en interdit total.

    « Vous ne mangerez pas de tous les arbres du jardin? »Gn 3.1, Segond 1910
  3. L'engagement total de la personne

    Répété trois fois dans le Shema, kōl exclut tout partage de l'amour dû à Dieu. Ce n'est pas une question d'intensité émotionnelle mais d'intégrité : l'être entier, intention, vie et moyens, appartient au Dieu unique.

    « Tu aimeras l'Éternel, ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme et de toute ta force. »Dt 6.5, Segond 1910
  4. « Toute chair » : l'horizon universel

    L'expression kol-bāśār désigne l'humanité entière, et parfois tous les vivants. Chez Ésaïe, elle annonce que la manifestation de la gloire de Dieu ne sera pas réservée à Israël mais visible par tous les peuples.

    « Et au même instant toute chair la verra; »És 40.5, Segond 1910
  5. « Nous tous » : solidarité dans la faute et le pardon

    Avec le suffixe de la première personne, kullānû encadre le verset : tous se sont égarés, et la faute de tous est portée par le Serviteur. Le même mot dit l'universalité du péché et l'ampleur de la substitution.

    « Nous étions tous errants comme des brebis, Chacun suivait sa propre voie; Et l'Éternel a fait retomber sur lui l'iniquité de nous tous. »És 53.6, Segond 1910
  6. Le tout, au regard du sage

    Avec l'article, hakkōl désigne l'ensemble de ce que l'homme fait et vit « sous le soleil ». L'Ecclésiaste juge ce tout insaisissable et fugace ; mais le même livre affirme que Dieu « fait toute chose bonne en son temps » (Ec 3.11).

    « Vanité des vanités, dit l'Ecclésiaste, vanité des vanités, tout est vanité. »Ec 1.2, Segond 1910

Passerelle hébreu – grec

La Septante traduit kōl presque toujours par πᾶς, « tout, chaque », et ses composés (ἅπας, σύμπας). Le correspondant est si régulier que l'on peut souvent retrouver l'hébreu derrière le grec du Nouveau Testament. Quand Pierre cite Joël le jour de la Pentecôte, « je répandrai de mon Esprit sur toute chair » (Ac 2.17), l'expression πᾶσα σάρξ reproduit mot pour mot le kol-bāśār hébreu. De même, quand Jésus cite le Shema (Mc 12.30), les quatre « de tout » grecs prolongent les trois kōl de Deutéronome 6.5.

Le grec hérite aussi de la tournure négative. Quand Segond écrit « nul ne sera justifié » (Rm 3.20), le grec porte littéralement « toute chair ne sera pas justifiée » : c'est le calque d'une négation hébraïque avec kōl, reprise du Psaume 143.2. Paul reprend enfin le langage de la totalité pour dire l'achèvement de l'histoire : Dieu sera « tout en tous » (1 Co 15.28). La Vulgate rend kōl par omnis ou universus ; le français oscille entre « tout », « tous », « chaque », « quiconque » et, avec une négation, « aucun » ou « nul ».

Le débat

Ecclésiaste 12.13 se termine par kol-hāʾādām : faut-il lire « c'est là ce que doit faire tout homme » ou « c'est là le tout de l'homme » ?

La grammaire permet les deux lectures, mais la lecture « le tout de l'homme » respecte mieux la concision de l'hébreu et le jeu de mots du livre : le hakkōl de Ec 1.2 est vanité, mais le kōl de l'homme, sa vraie consistance, se trouve dans la crainte de Dieu. Que l'épilogue soit d'une autre main ou non, il donne la clé de lecture du livre.

Portée théologique

Kōl est le mot du monothéisme biblique. Si un seul Dieu a tout fait (Gn 1.31 ; Gn 2.1), alors rien n'échappe ni à sa bonté ni à son autorité : « L'Éternel est bon envers tous, Et ses compassions s'étendent sur toutes ses œuvres » (Ps 145.9). Le même mot interdit le partage du cœur : parce que Dieu est « un », il réclame « tout » (Dt 6.4-5). L'idolâtrie, dans cette logique, n'est pas d'abord l'adoption d'un autre dieu mais le refus de donner à Dieu la totalité.

Le mot traverse aussi l'histoire du salut d'un bout à l'autre. Il dit l'universalité du mal (« toute chair avait corrompu sa voie », Gn 6.12 ; « tous sont égarés », Ps 14.3), mais plus encore l'universalité de la promesse : « toutes les familles de la terre » bénies en Abraham, « toute chair » qui voit la gloire, l'Esprit répandu sur « toute chair ». Ésaïe 53.6 tient les deux ensemble : le « nous tous » des égarés est aussi le « nous tous » dont la faute est portée. Pour la prédication, kōl rappelle qu'on ne peut pas réduire l'Évangile à une affaire privée : Dieu vise le tout, jusqu'au jour où il sera « tout en tous ».

Chaîne : Le Dieu du tout et de tous

  1. Gn 1.31 Tout était très bon : « Dieu vit tout ce qu'il avait fait et voici, cela était très bon. Ainsi, il y eut un soir, et il y eut un matin: ce fut le sixième jour. »
  2. Gn 12.3 Toutes les familles de la terre : « Je bénirai ceux qui te béniront, et je maudirai ceux qui te maudiront; et toutes les familles de la terre seront bénies en toi. »
  3. Dt 6.5 De tout ton cœur : « Tu aimeras l'Éternel, ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme et de toute ta force. »
  4. Ps 14.3 Tous sont égarés : « Tous sont égarés, tous sont pervertis; Il n'en est aucun qui fasse le bien, Pas même un seul. »
  5. Ps 150.6 Que tout ce qui respire loue : « Que tout ce qui respire loue l'Éternel! Louez l'Éternel! »
  6. És 40.5 Toute chair verra la gloire : « Alors la gloire de l'Éternel sera révélée, Et au même instant toute chair la verra; Car la bouche de l'Éternel a parlé. »
  7. És 53.6 L'iniquité de nous tous : « Nous étions tous errants comme des brebis, Chacun suivait sa propre voie; Et l'Éternel a fait retomber sur lui l'iniquité de nous tous. »
  8. Jl 2.28 L'Esprit sur toute chair : « Après cela, je répandrai mon esprit sur toute chair; Vos fils et vos filles prophétiseront, Vos vieillards auront des songes, Et vos jeunes gens des visions. »
  9. Mc 12.30 Jésus reprend le Shema : « et: Tu aimeras le Seigneur, ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme, de toute ta pensée, et de toute ta force. »
  10. Rm 3.23 Tous ont péché : « Car tous ont péché et sont privés de la gloire de Dieu; »
  11. 1 Co 15.28 Dieu tout en tous : « Et lorsque toutes choses lui auront été soumises, alors le Fils lui-même sera soumis à celui qui lui a soumis toutes choses, afin que Dieu soit tout en tous. »
  12. Ep 1.10 Toutes choses réunies en Christ : « pour le mettre à exécution lorsque les temps seraient accomplis, de réunir toutes choses en Christ, celles qui sont dans les cieux et celles qui sont sur la terre. »

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Bibliographie

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