šāmayim שָׁמַיִם
Strong H8064 · nom masculin pluriel · cieux, ciel · 421 occurrences
Le ciel visible au-dessus de la terre, avec ses nuages, ses astres et ses oiseaux, mais aussi le lieu d'où Dieu parle et règne. Le mot, toujours au pluriel en hébreu, dit à la fois l'immensité de la création et la transcendance du Créateur.
Racine et étymologie
Le mot appartient au vieux fonds commun des langues sémitiques : on le retrouve en akkadien (šamû), en ougaritique (šmm), en araméen (šemayyāʾ) et en arabe (samāʾ). Il ne dérive d'aucun verbe hébreu connu ; c'est un nom primitif, comme « terre » ou « eau ».
Sa forme en -ayim ressemble à un duel (la forme des paires, comme « les deux yeux »), mais les grammairiens y voient plutôt un pluriel d'étendue, comparable à mayim, « les eaux » : une réalité trop vaste pour être comptée. L'hébreu ne connaît pas de singulier « un ciel » ; c'est pourquoi les traductions françaises hésitent entre « le ciel » et « les cieux » pour le même mot. L'expression « les cieux des cieux » (Dt 10.14 ; 1 R 8.27) pousse ce pluriel jusqu'au superlatif : les hauteurs les plus extrêmes de la création.
Les rabbins ont joué sur la ressemblance des sons : le Talmud (Ḥagiga 12a) explique šāmayim par šām mayim, « là sont les eaux », ou par ʾēš et mayim, « feu et eau ». Ces étymologies populaires ne sont pas historiques, mais elles montrent comment on lisait Genèse 1, où le ciel sépare les eaux d'en haut et celles d'en bas. Les livres araméens de la Bible (Daniel, Esdras, Jérémie 10.11) emploient la forme apparentée šemayin (H8065).
Sens et emplois
La voûte du ciel
Au deuxième jour, Dieu nomme ciel l'« étendue » (rāqîaʿ) qui sépare les eaux. Le mot désigne d'abord ce que l'œil voit au-dessus de la terre, la limite visible du monde.
« Dieu appela l'étendue ciel. »Gn 1.8, Segond 1910
Le ciel de la pluie et des oiseaux
Le ciel est aussi l'espace atmosphérique, d'où vient la pluie et où volent les oiseaux. Au déluge, ses « écluses » s'ouvrent : la création se défait quand les eaux d'en haut retombent.
« et les écluses des cieux s'ouvrirent. »Gn 7.11, Segond 1910
Avec la terre : toute la création
Le couple « le ciel et la terre » désigne la totalité de l'univers. Moïse les prend à témoin de l'alliance, comme les traités antiques invoquaient des dieux : ici, ce sont des créatures appelées à témoigner pour le Créateur.
« J'en prends aujourd'hui à témoin contre vous le ciel et la terre: »Dt 30.19, Segond 1910
La demeure de Dieu
Dans la prière de Salomon, les cieux sont le lieu d'où Dieu écoute et pardonne. Le mot exprime la souveraineté de Dieu sur le monde, sans l'y enfermer.
« Exauce du lieu de ta demeure, des cieux, exauce et pardonne! »1 R 8.30, Segond 1910
L'image de la transcendance
Le même texte affirme aussitôt que les cieux eux-mêmes ne peuvent contenir Dieu. Le ciel devient la mesure de ce qui dépasse l'homme : la distance entre Dieu et l'humain, mais aussi la grandeur de sa bonté (Ps 103.11).
« Voici, les cieux et les cieux des cieux ne peuvent te contenir: »1 R 8.27, Segond 1910
La distance entre Dieu et l'homme
Le Qohéleth tire de cette distance une leçon de prière : on ne parle pas à Dieu à la légère. Le ciel n'est pas un lieu inaccessible, mais il rappelle à l'homme sa place de créature.
« car Dieu est au ciel, et toi sur la terre: que tes paroles soient donc peu nombreuses. »Ec 5.2, Segond 1910
Passerelle hébreu – grec
La Septante traduit šāmayim par οὐρανός, le mot grec ordinaire pour le ciel. Elle emploie tantôt le singulier, plus naturel en grec, tantôt le pluriel οὐρανοί, calqué sur l'hébreu, surtout dans les Psaumes. Ce pluriel, presque inconnu du grec classique, devient un trait du grec biblique.
Dans le Nouveau Testament, οὐρανός est très fréquent. L'évangile de Matthieu parle du « royaume des cieux » là où Marc et Luc disent « royaume de Dieu » : à la manière juive, « les cieux » servent à désigner Dieu sans prononcer son nom, comme le fils prodigue qui a « péché contre le ciel » (Lc 15.18). La Vulgate rend le mot par caelum (pluriel caeli), d'où « ciel » et « cieux » en français. Les deux formes traduisent un seul mot hébreu, et le choix entre singulier et pluriel relève du style plus que du sens.
Le débat
Quand la Bible parle de « l'étendue » et des « écluses des cieux », décrit-elle la structure physique du monde ?
- Une cosmologie antique assumée (Paul H. Seely, 1991) : Dans un article du Westminster Theological Journal, Seely montre que le rāqîaʿ de Genèse 1 était compris par les lecteurs anciens comme une voûte solide retenant des eaux supérieures, conformément à la cosmologie du Proche-Orient. Le texte parle le langage scientifique de son temps.
- Un langage adapté au lecteur (Jean Calvin, 1554) : Dans son commentaire de la Genèse, Calvin estime que Moïse décrit le ciel selon l'apparence commune et « s'accommode » à la capacité des gens simples ; il ne faut pas chercher dans ces chapitres un traité d'astronomie.
- Une cosmologie des fonctions (John H. Walton, 2009) : Walton admet l'arrière-plan antique de la voûte, mais soutient que le texte s'intéresse au rôle du ciel (régler le temps, donner la pluie, séparer les eaux) plutôt qu'à sa composition matérielle.
Seely a raison sur le plan historique : les auteurs bibliques partageaient l'image du monde de leurs voisins. Mais Calvin et Walton rappellent que le texte ne l'enseigne pas pour elle-même. Ce qu'il affirme, contre les religions astrales, c'est que le ciel et ses astres sont des créatures, non des divinités.
Portée théologique
Le premier mot de la Bible sur le ciel est qu'il a été créé. Dans un monde où les peuples voisins adoraient le soleil, la lune et « l'armée des cieux » (Dt 4.19), cette affirmation est une libération : les astres ne gouvernent pas le destin humain, ils servent à marquer les temps. Le ciel raconte la gloire de Dieu, il ne la possède pas.
Le ciel est aussi le langage de la transcendance. Dieu « est au ciel » : il n'est pas à la disposition de l'homme, et la tour de Babel échoue à l'atteindre. Mais l'Écriture raconte un mouvement inverse, du ciel vers la terre : l'échelle de Jacob, la prière d'Ésaïe pour que Dieu « déchire les cieux », puis les cieux ouverts au baptême de Jésus. Pour la prédication, le Notre Père résume cette espérance : que la volonté du Père soit faite « sur la terre comme au ciel », en attendant le nouveau ciel et la nouvelle terre où Dieu habitera avec les hommes.
Chaîne : Le ciel, de la création à la nouvelle création
- Gn 1.1 Les cieux créés : « Au commencement, Dieu créa les cieux et la terre. »
- Gn 11.4 La tour qui veut toucher le ciel : « Ils dirent encore: Allons! bâtissons-nous une ville et une tour dont le sommet touche au ciel, et faisons-nous un nom, afin que nous ne soyons pas dispersés sur la face de toute la terre. »
- Gn 28.17 La porte des cieux : « Il eut peur, et dit: Que ce lieu est redoutable! C'est ici la maison de Dieu, c'est ici la porte des cieux! »
- 1 R 8.27 Les cieux ne peuvent le contenir : « Mais quoi! Dieu habiterait-il véritablement sur la terre? Voici, les cieux et les cieux des cieux ne peuvent te contenir: combien moins cette maison que je t'ai bâtie! »
- 2 R 2.11 Élie enlevé au ciel : « Comme ils continuaient à marcher en parlant, voici, un char de feu et des chevaux de feu les séparèrent l'un de l'autre, et Élie monta au ciel dans un tourbillon. »
- És 64.1 Si tu déchirais les cieux : « Oh! si tu déchirais les cieux, et si tu descendais, Les montagnes s'ébranleraient devant toi, »
- Dn 7.13 Le Fils de l'homme sur les nuées : « Je regardai pendant mes visions nocturnes, et voici, sur les nuées des cieux arriva quelqu'un de semblable à un fils de l'homme; il s'avança vers l'ancien des jours, et on le fit approcher de lui. »
- Mt 6.10 Sur la terre comme au ciel : « que ton règne vienne; que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel. »
- Mc 1.10 Les cieux ouverts au baptême : « Au moment où il sortait de l'eau, il vit les cieux s'ouvrir, et l'Esprit descendre sur lui comme une colombe. »
- Ac 7.56 Étienne voit les cieux ouverts : « Et il dit: Voici, je vois les cieux ouverts, et le Fils de l'homme debout à la droite de Dieu. »
- Ph 3.20 Notre cité dans les cieux : « Mais notre cité à nous est dans les cieux, d'où nous attendons aussi comme Sauveur le Seigneur Jésus-Christ, »
- Ap 21.1 Un nouveau ciel : « Puis je vis un nouveau ciel et une nouvelle terre; car le premier ciel et la première terre avaient disparu, et la mer n'était plus. »
Mots apparentés
- ʾereṣ אֶרֶץ : terre, pays
- bārāʾ בָּרָא : créer
- basileia βασιλεία : règne, royaume, royauté
- kosmos κόσμος : monde, ordre, parure
Autres mots du thème « Création, vie et gloire »
- ḥayyîm : vie
- bārak : bénir
- zōē : vie
- chara : joie
- doxa : gloire
- paraklētos : défenseur, consolateur
- kōl : tout, totalité
- ʿāśâ : faire
Bibliographie
- Francis Brown, S. R. Driver et C. A. Briggs, A Hebrew and English Lexicon of the Old Testament (BDB), Oxford, Clarendon Press, 1906, art. « שָׁמַיִם ».
- Paul H. Seely, « The Firmament and the Water Above, Part I: The Meaning of raqiaʿ in Gen 1:6-8 », Westminster Theological Journal 53, 1991, p. 227-240.
- J. Edward Wright, The Early History of Heaven, New York, Oxford University Press, 2000.
- Othmar Keel, Die Welt der altorientalischen Bildsymbolik und das Alte Testament, Zurich / Neukirchen, 1972.
- Helmut Traub et Gerhard von Rad, art. « οὐρανός », Theological Dictionary of the New Testament, vol. 5.
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