ʿāśâ עָשָׂה
Strong H6213 · verbe · faire · 2618 occurrences
Le verbe hébreu le plus courant pour « faire » : fabriquer, produire, agir, accomplir. Il dit l'œuvre de Dieu qui fait le monde, mais aussi la réponse de l'homme qui « fait » ce que Dieu a dit, c'est-à-dire qui met la loi en pratique.
Racine et étymologie
La racine ʿ-ś-h est l'une des plus fréquentes de la Bible hébraïque : avec 2 618 emplois, ʿāśâ compte, avec « dire » et « être », parmi les verbes les plus employés de l'Ancien Testament. Elle se retrouve dans l'Exode (le récit de la construction du tabernacle en fait un usage massif), chez Ézéchiel, dans le Deutéronome et dans les livres historiques. Son sens de base est très large : « faire » au sens le plus général, comme le français, qui peut aussi bien « faire un vase », « faire la guerre », « faire du bien » ou « faire la Pâque ».
Cette largeur même est instructive. Le verbe peut désigner le travail de l'artisan, du potier (Jr 18.4) ou du cuisinier (Gn 18.7, où le serviteur « apprête » le veau), le travail quotidien en général (Rt 2.19, « où as-tu travaillé ? »), une action morale bonne ou mauvaise, la célébration d'une fête et l'œuvre de Dieu dans la création et dans l'histoire. Le sens précis se lit donc toujours dans le complément : ce qu'on fait, pour qui et comment.
Les lexiques distinguent un rare homonyme (STEPBible le note H6213B) qui signifie « presser, serrer » au thème intensif, en Ézéchiel 23.3 (« leurs mamelles ont été pressées »). Le principal dérivé est maʿăśeh (H4639, 235 emplois), « œuvre, ouvrage, action » : l'œuvre des mains de l'artisan, mais aussi « les œuvres de l'Éternel » que les Psaumes célèbrent. Le nom propre Asaël (« Dieu a fait ») contient la même racine.
Sens et emplois
Fabriquer, façonner
Le sens concret : produire un objet à partir d'un matériau. L'image du potier qui recommence son vase sert à Jérémie pour dire la liberté de Dieu envers son peuple.
« Il en refit un autre vase, Tel qu'il trouva bon de le faire. »Jr 18.4, Segond 1910
L'œuvre de Dieu dans la création
En Genèse 1, ʿāśâ alterne avec bārāʾ (« créer ») pour dire l'action de Dieu. La décision de faire l'être humain est introduite par ce verbe, au pluriel de délibération : « faisons ».
« Puis Dieu dit: Faisons l'homme à notre image, selon notre ressemblance, »Gn 1.26, Segond 1910
Agir envers quelqu'un
Avec une préposition, le verbe désigne la manière de traiter autrui : « faire du bien », « user de bonté », ou au contraire rendre le mal pour le mal. Le psalmiste s'étonne que Dieu n'agisse pas selon ce que le pécheur mérite.
« Il ne nous traite pas selon nos péchés, »Ps 103.10, Segond 1910
Mettre la loi en pratique
Très fréquent dans le Deutéronome et le Lévitique : « faire » les commandements, c'est leur obéir concrètement. Segond traduit souvent par « mettre en pratique » ou « observer ».
« l'homme qui les mettra en pratique vivra par elles. »Lv 18.5, Segond 1910
Célébrer un rite
On « fait » la Pâque, le sabbat ou un sacrifice : le culte n'est pas seulement pensé ou cru, il est accompli. Le verbe désigne alors l'exécution réglée d'une fête ou d'une offrande.
« Si un étranger en séjour chez toi veut faire la Pâque de l'Éternel, »Ex 12.48, Segond 1910
Accomplir une promesse
Dans l'histoire, Dieu « fait » ce qu'il a dit. Le verbe relie la parole à l'événement : la naissance d'Isaac est l'accomplissement de ce qui avait été annoncé.
« et l'Éternel accomplit pour Sara ce qu'il avait promis. »Gn 21.1, Segond 1910
Passerelle hébreu – grec
La Septante rend ʿāśâ dans l'immense majorité des cas par ποιέω (G4160), le verbe grec ordinaire pour « faire », qui couvre la même étendue : fabriquer, agir, accomplir, célébrer. C'est aussi ποιέω que les traducteurs ont choisi pour bārāʾ en Genèse 1.1, de sorte que, dans la Bible grecque, la distinction hébraïque entre « créer » et « faire » s'efface au début de la Genèse. Le grec dérive de ce verbe ποιητής (« celui qui fait », d'où notre « poète ») et ποίημα (« ouvrage »), que Paul applique aux croyants en Éphésiens 2.10.
Dans le Nouveau Testament, ποιέω (568 emplois) garde les deux grands sens de ʿāśâ. Dieu est celui « qui a fait le ciel, la terre, la mer, et tout ce qui s'y trouve » (Ac 4.24, reprenant Ex 20.11) ; et l'homme est appelé à « faire la volonté » du Père (Mt 7.21). Paul cite la formule de Lévitique 18.5, « celui qui mettra ces choses en pratique vivra par elles » (Rm 10.5 ; Ga 3.12), pour en discuter la portée. La Vulgate emploie surtout facere, d'où « faire » en français.
Le débat
En Genèse 1–2, « faire » (ʿāśâ) dit-il autre chose que « créer » (bārāʾ) ?
- Deux opérations distinctes (Lecture traditionnelle et concordiste) : bārāʾ désignerait l'acte de faire exister à partir de rien, ʿāśâ le travail d'organisation d'une matière déjà là. Certaines lectures concordistes en ont tiré que les « jours » de Genèse 1 décrivent un réaménagement d'une terre déjà créée en 1.1. Argument : bārāʾ n'a que Dieu pour sujet, alors que ʿāśâ s'applique à tout artisan.
- Deux couches de rédaction (Werner H. Schmidt, 1964) : Dans Die Schöpfungsgeschichte der Priesterschrift, Schmidt distingue un « récit d'action » (« Dieu fit ») et un « récit de parole » (« Dieu dit… et cela fut ainsi »). L'alternance des verbes refléterait la superposition de deux manières de raconter la création, la parole ayant été placée en tête pour souligner que Dieu crée sans effort.
- Des verbes en alternance (Claus Westermann, 1974) : Dans son commentaire de Genèse 1–11, Westermann relève que le texte emploie les deux verbes l'un pour l'autre (Gn 1.26-27 ; 2.4) et que la formule finale « créée en la faisant » (2.3) les associe. La différence est stylistique : bārāʾ marque les moments solennels, ʿāśâ l'ensemble de l'œuvre, sans que l'on puisse en tirer deux étapes.
Les textes donnent raison à Westermann : en Genèse 1.26-27, Dieu décide de « faire » l'humain puis le « crée », et Exode 20.11 résume toute l'œuvre des six jours par ʿāśâ. On ne peut donc pas bâtir une chronologie sur la différence des verbes. Mais bārāʾ reste plus étroit et plus solennel : il souligne ce que ʿāśâ laisse ouvert, à savoir que l'œuvre n'appartient qu'à Dieu.
Portée théologique
Le même verbe dit ce que Dieu fait et ce que l'homme doit faire, et cette symétrie est voulue. Genèse 1 décrit un Dieu qui « fait » : il fait l'étendue, les luminaires, les animaux, puis l'être humain, et contemple « tout ce qu'il avait fait » (Gn 1.31). Le sabbat, dans le Décalogue, est fondé sur cette œuvre : « en six jours l'Éternel a fait les cieux, la terre et la mer » (Ex 20.11), et l'Israélite « fera tout son ouvrage » en six jours avant de se reposer à son tour (Ex 20.9). Le travail humain est ainsi pensé comme une imitation du travail divin, et le repos comme un aveu que l'œuvre ultime appartient à Dieu.
Au Sinaï, le peuple répond par ce verbe : « Nous ferons tout ce que l'Éternel a dit, et nous obéirons » (Ex 24.7). La tradition juive a souvent relevé l'ordre de la formule hébraïque, qui place « faire » avant « écouter » : l'obéissance n'attend pas d'avoir tout compris. Le Deutéronome insiste : la loi n'est pas lointaine, elle est « dans ta bouche et dans ton cœur, afin que tu la mettes en pratique » (Dt 30.14). Mais l'histoire d'Israël montre l'écart entre la promesse de faire et l'obéissance réelle. C'est pourquoi Ézéchiel annonce que Dieu lui-même « fera » en sorte que son peuple pratique ses lois, en mettant en lui son esprit (Éz 36.27).
Le Nouveau Testament reprend cette double ligne. Paul oppose la justice qui consiste à « faire » la loi pour vivre (Lv 18.5, cité en Ga 3.12) à la justice reçue par la foi, sans pour autant mépriser l'obéissance. Jésus rappelle que seul entre dans le royaume « celui qui fait la volonté » du Père (Mt 7.21). Pour la prédication, ʿāśâ invite à tenir ensemble la grâce et l'action : l'homme ne fait que ce que Dieu a d'abord fait pour lui et en lui, jusqu'à la promesse finale : « Voici, je fais toutes choses nouvelles » (Ap 21.5).
Chaîne : Ce que Dieu fait, ce que l'homme fait
- Gn 1.31 Tout ce qu'il avait fait était très bon : « Dieu vit tout ce qu'il avait fait et voici, cela était très bon. Ainsi, il y eut un soir, et il y eut un matin: ce fut le sixième jour. »
- Gn 2.3 Créée en la faisant : « Dieu bénit le septième jour, et il le sanctifia, parce qu'en ce jour il se reposa de toute son œuvre qu'il avait créée en la faisant. »
- Ex 20.11 Le sabbat et les six jours : « Car en six jours l'Éternel a fait les cieux, la terre et la mer, et tout ce qui y est contenu, et il s'est reposé le septième jour: c'est pourquoi l'Éternel a béni le jour du repos et l'a sanctifié. »
- Ex 24.7 Nous ferons et nous obéirons : « Il prit le livre de l'alliance, et le lut en présence du peuple; ils dirent: Nous ferons tout ce que l'Éternel a dit, et nous obéirons. »
- Lv 18.5 Pratiquer pour vivre : « Vous observerez mes lois et mes ordonnances: l'homme qui les mettra en pratique vivra par elles. Je suis l'Éternel. »
- Dt 30.14 Une parole tout près de toi : « C'est une chose, au contraire, qui est tout près de toi, dans ta bouche et dans ton cœur, afin que tu la mettes en pratique. »
- Ps 121.2 Celui qui a fait les cieux : « Le secours me vient de l'Éternel, Qui a fait les cieux et la terre. »
- És 45.7 Moi, je fais toutes ces choses : « Je forme la lumière, et je crée les ténèbres, Je donne la prospérité, et je crée l'adversité; Moi, l'Éternel, je fais toutes ces choses. »
- Éz 36.27 Je ferai en sorte que vous pratiquiez : « Je mettrai mon esprit en vous, et je ferai en sorte que vous suiviez mes ordonnances, et que vous observiez et pratiquiez mes lois. »
- Mi 6.8 Pratiquer la justice : « On t'a fait connaître, ô homme, ce qui est bien; Et ce que l'Éternel demande de toi, C'est que tu pratiques la justice, Que tu aimes la miséricorde, Et que tu marches humblement avec ton Dieu. »
- Mt 7.21 Faire la volonté du Père : « Ceux qui me disent: Seigneur, Seigneur! n'entreront pas tous dans le royaume des cieux, mais celui-là seul qui fait la volonté de mon Père qui est dans les cieux. »
- Ap 21.5 Je fais toutes choses nouvelles : « Et celui qui était assis sur le trône dit: Voici, je fais toutes choses nouvelles. Et il dit: Ecris; car ces paroles sont certaines et véritables. »
Mots apparentés
Autres mots du thème « Création, vie et gloire »
- šāmayim : cieux, ciel
- ʾereṣ : terre, pays
- ḥayyîm : vie
- bārak : bénir
- zōē : vie
- kosmos : monde, ordre, parure
- chara : joie
- doxa : gloire
Bibliographie
- Francis Brown, S. R. Driver et Charles A. Briggs, A Hebrew and English Lexicon of the Old Testament, Oxford, Clarendon Press, 1907, art. « עָשָׂה ».
- Ludwig Koehler et Walter Baumgartner, The Hebrew and Aramaic Lexicon of the Old Testament (HALOT), Leyde, Brill, 1994–2000, art. « עשׂה ».
- Art. « ʿāśâ », Theological Dictionary of the Old Testament, vol. 11, Grand Rapids, Eerdmans.
- Werner H. Schmidt, Die Schöpfungsgeschichte der Priesterschrift, Neukirchen-Vluyn, Neukirchener Verlag, 1964.
- Claus Westermann, Genesis 1–11, Biblischer Kommentar Altes Testament I/1, Neukirchen-Vluyn, 1974 (trad. anglaise 1984).
- Gordon J. Wenham, Genesis 1–15, Word Biblical Commentary 1, Waco, Word Books, 1987.
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