bārak בָּרַךְ
Strong H1288 · verbe · bénir · 330 occurrences
Quand Dieu bénit, il communique la vie, la fécondité et la prospérité. Quand l'homme bénit Dieu, il le loue et le reconnaît comme source de tout bien. Entre humains, bénir, c'est souhaiter ce bien à l'autre en le remettant à Dieu.
Racine et étymologie
La racine b-r-k est attestée dans plusieurs langues sémitiques : en ougaritique et en phénicien pour « bénir », en arabe baraka pour la bénédiction, la grâce qui repose sur une personne ou un lieu. En hébreu, le verbe s'emploie surtout au thème intensif (piel), « bénir », et à son passif, avec le participe bārûk, « béni ». C'est la formule des prières juives, « Béni sois-tu, Éternel », que l'on appelle justement berākôt, « bénédictions ».
Le même groupe de lettres donne berek, « genou » (H1290), et un verbe « s'agenouiller » au thème simple ou causatif : Salomon « se mit à genoux » devant l'assemblée (2 Ch 6.13), le serviteur d'Abraham fait agenouiller ses chameaux près du puits (Gn 24.11), et le psalmiste invite à fléchir le genou devant le Créateur (Ps 95.6). Faut-il y voir une seule racine, la bénédiction étant reçue à genoux ? Beaucoup de lexicographes préfèrent parler de deux racines homonymes, car aucun texte n'associe clairement les deux idées.
Le nom dérivé berākâ (H1293) désigne la bénédiction prononcée ou reçue, et parfois le présent qui l'accompagne. Un usage étonnant mérite d'être signalé : dans quelques textes, « bénir Dieu » signifie en réalité « maudire Dieu » (1 R 21.10 ; Jb 1.5 ; 2.9). Les scribes ont remplacé l'expression scandaleuse par son contraire, par respect pour Dieu ; Segond rétablit le sens en traduisant « maudire ».
Sens et emplois
Dieu bénit la création
La première bénédiction de la Bible s'adresse aux poissons et aux oiseaux, puis à l'humanité (Gn 1.28). Bénir, c'est d'abord donner la fécondité : le pouvoir de vivre, de croître et de se multiplier.
« Dieu les bénit, en disant: Soyez féconds, multipliez, et remplissez les eaux des mers; »Gn 1.22, Segond 1910
La bénédiction de la promesse
Avec Abraham, la bénédiction devient le fil de l'histoire du salut. Le verbe et le nom reviennent avec insistance : Abraham est béni pour devenir à son tour une source de bénédiction pour les autres.
« Je ferai de toi une grande nation, et je te bénirai; je rendrai ton nom grand, et tu seras une source de bénédiction. »Gn 12.2, Segond 1910
La bénédiction prononcée par les prêtres
Les prêtres reçoivent la mission de bénir le peuple au nom de Dieu. La bénédiction d'Aaron associe protection, faveur et paix ; c'est Dieu lui-même qui bénit à travers leur parole (Nb 6.27).
« Que l'Éternel te bénisse, et qu'il te garde! »Nb 6.24, Segond 1910
L'homme bénit Dieu
Quand le sujet est humain et l'objet est Dieu, bénir devient louer, rendre grâce. L'homme ne donne rien à Dieu : il reconnaît que tout bien vient de lui.
« Mon âme, bénis l'Éternel, Et n'oublie aucun de ses bienfaits! »Ps 103.2, Segond 1910
Une salutation
Dans la vie quotidienne, bénir quelqu'un, c'est le saluer en lui souhaitant le bien de la part de Dieu. Le dialogue de Boaz avec ses moissonneurs montre une foi qui imprègne les relations de travail.
« Que l'Éternel soit avec vous! Ils lui répondirent: Que l'Éternel te bénisse! »Rt 2.4, Segond 1910
Un euphémisme pour « maudire »
Dans le livre de Job et le récit de Naboth, le texte hébreu écrit « bénir » là où le sens est « maudire Dieu ». La crainte de mettre côte à côte « maudire » et « Dieu » explique cet usage.
« Maudis Dieu, et meurs! »Jb 2.9, Segond 1910
Passerelle hébreu – grec
La Septante traduit bārak par εὐλογέω, littéralement « dire du bien ». En grec profane, le verbe signifiait « faire l'éloge, louer ». Sous l'influence de l'hébreu, il prend un sens nouveau : quand Dieu « dit du bien », sa parole est efficace et produit ce qu'elle annonce. Le nom berākâ devient εὐλογία, et le participe bārûk devient εὐλογητός, que le Nouveau Testament réserve à Dieu et au Christ (« Béni soit Dieu », Ep 1.3).
Il faut distinguer cette famille de μακάριος, « heureux », qui traduit l'hébreu ʾašrê dans les béatitudes : « heureux » constate un bonheur, « béni » dit un bien reçu de Dieu. Paul relit la promesse faite à Abraham comme une annonce de l'Évangile (Ga 3.8), et Luc achève son évangile sur le Christ ressuscité qui bénit ses disciples, les mains levées comme un prêtre (Lc 24.50). Le latin benedicere est un décalque exact du grec, d'où « bénir » et « bénédiction ».
Le débat
La bénédiction est-elle une force vitale transmise par la parole, ou l'expression d'une relation avec Dieu ?
- Une puissance de vie (Johannes Pedersen, 1920) : Dans Israel: Its Life and Culture, Pedersen décrit la bénédiction comme la force vitale de l'âme, presque une substance, que le père transmet au fils. Argument : Isaac ne peut pas reprendre la bénédiction volée par Jacob (Gn 27.33).
- Bénédiction et salut, deux modes d'action de Dieu (Claus Westermann, 1968) : Dans Der Segen in der Bibel und im Handeln der Kirche, Westermann distingue l'action « salvatrice » de Dieu, ponctuelle et historique (l'Exode), de son action « bénissante », continue et silencieuse : la croissance, la fécondité, la paix des jours ordinaires.
- Une relation, non une magie (Christopher W. Mitchell, 1987) : Dans sa thèse sur le sens de brk, Mitchell conteste l'idée d'une force magique : la bénédiction exprime une relation favorable entre Dieu et l'homme. L'efficacité de la parole tient à Dieu, et non à la formule elle-même.
Pedersen a bien vu que la bénédiction est efficace, mais les textes la rattachent toujours à Dieu : même Balaam ne peut révoquer ce que Dieu a béni (Nb 23.20). Westermann apporte une distinction précieuse pour la théologie de la création, et Mitchell corrige utilement la lecture « magique ».
Portée théologique
La bénédiction est le premier don de Dieu à ses créatures, avant même toute histoire de salut. Elle dit que Dieu veut la vie, la croissance et la joie de ce qu'il a créé. Avec Abraham, elle prend une orientation missionnaire : Dieu bénit un homme pour que toutes les familles de la terre soient bénies. L'élection n'est pas un privilège fermé, mais un moyen de faire parvenir la bénédiction à tous.
Le même verbe circule dans les deux sens : Dieu bénit l'homme, et l'homme bénit Dieu. Cette réciprocité structure la prière biblique et juive, où chaque don reçu appelle une bénédiction. Pour la prédication, le Nouveau Testament ajoute une exigence inattendue : bénir ceux qui maudissent (Mt 5.44 ; 1 P 3.9). Le chrétien béni en Christ « de toutes sortes de bénédictions spirituelles » devient à son tour, comme Abraham, une source de bénédiction, y compris pour ses ennemis.
Chaîne : La bénédiction, de la création aux nations
- Gn 1.22 Soyez féconds : « Dieu les bénit, en disant: Soyez féconds, multipliez, et remplissez les eaux des mers; et que les oiseaux multiplient sur la terre. »
- Gn 12.3 Toutes les familles bénies : « Je bénirai ceux qui te béniront, et je maudirai ceux qui te maudiront; et toutes les familles de la terre seront bénies en toi. »
- Gn 27.33 La bénédiction irrévocable : « Isaac fut saisi d'une grande, d'une violente émotion, et il dit: Qui est donc celui qui a chassé du gibier, et me l'a apporté? J'ai mangé de tout avant que tu vinsses, et je l'ai béni. Aussi sera-t-il béni. »
- Gn 32.26 Jacob lutte pour être béni : « Il dit: Laisse-moi aller, car l'aurore se lève. Et Jacob répondit: Je ne te laisserai point aller, que tu ne m'aies béni. »
- Nb 6.24 La bénédiction d'Aaron : « Que l'Éternel te bénisse, et qu'il te garde! »
- Nb 23.20 Balaam ne peut révoquer : « Voici, j'ai reçu l'ordre de bénir: Il a béni, je ne le révoquerai point. »
- Rt 2.4 La salutation de Boaz : « Et voici, Boaz vint de Bethléhem, et il dit aux moissonneurs: Que l'Éternel soit avec vous! Ils lui répondirent: Que l'Éternel te bénisse! »
- Ps 103.1 Mon âme, bénis l'Éternel : « De David. Mon âme, bénis l'Éternel! Que tout ce qui est en moi bénisse son saint nom! »
- Mt 5.44 Bénir ceux qui maudissent : « Mais moi, je vous dis: Aimez vos ennemis, bénissez ceux qui vous maudissent, faites du bien à ceux qui vous haïssent, et priez pour ceux qui vous maltraitent et qui vous persécutent, »
- Lc 24.50 Le Ressuscité bénit : « Il les conduisit jusque vers Béthanie, et, ayant levé les mains, il les bénit. »
- Ga 3.8 Les nations bénies en Abraham : « Aussi l'Écriture, prévoyant que Dieu justifierait les païens par la foi, a d'avance annoncé cette bonne nouvelle à Abraham: Toutes les nations seront bénies en toi! »
- Ep 1.3 Toutes sortes de bénédictions : « Béni soit Dieu, le Père de notre Seigneur Jésus-Christ, qui nous a bénis de toutes sortes de bénédictions spirituelles dans les lieux célestes en Christ! »
Mots apparentés
- hālal הָלַל : louer, célébrer ; se glorifier
Autres mots du thème « Création, vie et gloire »
- bārāʾ : créer
- šāmayim : cieux, ciel
- ʾereṣ : terre, pays
- ḥayyîm : vie
- zōē : vie
- kosmos : monde, ordre, parure
- chara : joie
- doxa : gloire
Bibliographie
- Claus Westermann, Der Segen in der Bibel und im Handeln der Kirche, Munich, Kaiser, 1968 (trad. anglaise : Blessing in the Bible and the Life of the Church, Philadelphie, Fortress, 1978).
- Johannes Pedersen, Israel: Its Life and Culture, I-II, Londres / Copenhague, 1926 (original danois 1920).
- Christopher Wright Mitchell, The Meaning of BRK « To Bless » in the Old Testament, Atlanta, Scholars Press (SBL Dissertation Series 95), 1987.
- Hermann W. Beyer, art. « εὐλογέω », Theological Dictionary of the New Testament, vol. 2.
- Ludwig Koehler et Walter Baumgartner, The Hebrew and Aramaic Lexicon of the Old Testament (HALOT), art. « ברך ».
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