ḥayyîm חַיִּים
Strong H2416 · nom masculin pluriel · vie · 143 occurrences
La vie, que l'hébreu exprime au pluriel comme une réalité abondante. C'est un souffle reçu de Dieu, une durée de jours, une plénitude de bonheur et de communion avec lui. C'est aussi un choix à faire, et l'espérance d'une « vie éternelle ».
Racine et étymologie
La racine ḥ-y-h (ou ḥ-y-y) est commune aux langues sémitiques et signifie « vivre ». Le verbe ḥāyâ (H2421) est très fréquent ; l'adjectif ḥay veut dire « vivant ». C'est le mot du serment « l'Éternel est vivant ! » et des « eaux vives », c'est-à-dire courantes (Jr 2.13). Le féminin ḥayyâ désigne un « être vivant », souvent un animal : quand Dieu souffle dans les narines de l'homme, celui-ci devient nefeš ḥayyâ, « un être vivant » (Gn 2.7).
Le nom ḥayyîm, « la vie », est un pluriel. Ce n'est pas une collection de vies, mais un pluriel d'abstraction, comme zeqûnîm, « la vieillesse », ou neʿûrîm, « la jeunesse ». Il présente la vie comme une réalité qui s'étend dans la durée et dans l'intensité : le temps de l'existence, mais aussi sa qualité, sa force et sa joie. STEPBible distingue ce nom (H2416E) des autres emplois de la même forme, adjectif ou nom féminin, réunis sous le numéro H2416.
La Genèse rattache à cette racine le nom d'Ève, ḥawwâ, « car elle a été la mère de tous les vivants » (Gn 3.20). Le rapprochement est un jeu de sonorités plus qu'une étymologie stricte, mais il dit l'essentiel : la vie se transmet. L'hébreu moderne a gardé le mot dans le toast « le-ḥayyîm ! », « à la vie ! ».
Sens et emplois
Un souffle donné par Dieu
La vie humaine n'est pas une propriété autonome : elle commence quand Dieu insuffle son souffle dans une forme d'argile. Le même « souffle de vie » anime les animaux (Gn 6.17), mais l'homme le reçoit directement de Dieu.
« il souffla dans ses narines un souffle de vie et l'homme devint un être vivant. »Gn 2.7, Segond 1910
La durée de l'existence
Très souvent, ḥayyîm désigne le temps d'une vie, « tous les jours de ma vie ». Le psalmiste confesse que la bonté de Dieu l'accompagne sur toute cette durée.
« Oui, le bonheur et la grâce m'accompagneront Tous les jours de ma vie, »Ps 23.6, Segond 1910
Un choix d'alliance
Dans le Deutéronome, la vie n'est pas seulement biologique : c'est l'existence heureuse dans l'alliance, liée à l'écoute de Dieu. Elle est placée devant Israël comme une route à choisir.
« j'ai mis devant toi la vie et la mort, la bénédiction et la malédiction. Choisis la vie, afin que tu vives, toi et ta postérité, »Dt 30.19, Segond 1910
La vie selon la sagesse
Les Proverbes emploient le mot plus qu'aucun autre livre. La sagesse y devient un « arbre de vie », rappel du jardin d'Éden : vivre avec sagesse, c'est retrouver quelque chose de la vie voulue au commencement.
« Elle est un arbre de vie pour ceux qui la saisissent, »Pr 3.18, Segond 1910
Dieu, source de la vie
La vie a sa source en Dieu, et la communion avec lui est la vie elle-même. L'image de la source rejoint les « eaux vives » de Jérémie et le fleuve d'Ézéchiel.
« Car auprès de toi est la source de la vie; »Ps 36.10, Segond 1910
La vie éternelle
Daniel emploie la première fois l'expression « vie éternelle », pour ceux qui se relèveront de la poussière. La vie promise traverse désormais la mort.
« les uns pour la vie éternelle, »Dn 12.2, Segond 1910
Passerelle hébreu – grec
La Septante traduit ḥayyîm essentiellement par ζωή, le mot grec qui désigne le fait même de vivre, par opposition à βίος, le genre de vie, les moyens d'existence. Ce choix oriente tout le vocabulaire du Nouveau Testament : quand Jean parle de « vie », il pense à la vie que Dieu donne, non au train de vie.
L'expression de Daniel 12.2 devient en grec ζωὴ αἰώνιος, « vie éternelle », formule que reprennent les évangiles, surtout Jean, et les épîtres. Le « livre de vie », « l'arbre de vie » et « l'eau de la vie » de l'Apocalypse prolongent directement les images de la Genèse, des Psaumes et d'Ézéchiel. Le latin vita traduit l'hébreu comme le grec, et le français « vie » ne laisse plus voir le pluriel hébreu : il faut se rappeler que ḥayyîm dit une plénitude et pas seulement le fait d'exister.
Le débat
Dans l'Ancien Testament, la « vie » promise aux fidèles dépasse-t-elle la vie terrestre ?
- Une espérance qui mûrit lentement (Robert Martin-Achard, 1956) : Dans De la mort à la résurrection d'après l'Ancien Testament, Martin-Achard montre que la vie promise est d'abord la vie terrestre dans la communion avec Dieu. L'espérance d'une vie au-delà de la mort ne s'affirme que tardivement, avec Ésaïe 26 et surtout Daniel 12.
- L'immortalité déjà dans les Psaumes (Mitchell Dahood, 1970) : En s'appuyant sur l'ougaritique, Dahood lit dans plusieurs psaumes (16, 49, 73) une véritable croyance en une vie auprès de Dieu après la mort ; « le sentier de la vie » de Ps 16.11 désignerait la vie éternelle. Sa lecture a été jugée excessive par la plupart des exégètes.
- La résurrection, fruit de la foi d'Israël (Jon D. Levenson, 2006) : Dans Resurrection and the Restoration of Israel, Levenson soutient que l'espérance de la résurrection n'est pas un emprunt tardif à la Perse ou à la Grèce : elle découle de la conviction ancienne que Dieu est plus fort que la mort et fidèle à son peuple.
Martin-Achard décrit bien la trajectoire des textes : la plupart des emplois de ḥayyîm visent la vie présente, longue et bénie. Mais Levenson montre que Daniel 12.2 n'est pas une rupture. Si la vie est communion avec Dieu (Ps 36.10), la mort ne peut avoir le dernier mot. Dahood a raison sur l'intuition, pas sur la méthode.
Portée théologique
Pour la Bible hébraïque, la vie n'est jamais un simple fait biologique. Elle vient du souffle de Dieu, elle se mesure en jours reçus, et elle s'épanouit dans l'alliance. Être « vivant », c'est être en relation avec le Dieu vivant ; s'éloigner de lui, c'est déjà entrer dans l'ombre de la mort. C'est pourquoi le Deutéronome peut présenter la vie comme un choix : choisir la vie, c'est aimer Dieu et s'attacher à lui, « car de cela dépendent ta vie et la prolongation de tes jours » (Dt 30.20).
L'arbre de vie offre une belle ligne de prédication. Fermé après la faute, il revient dans les Proverbes comme image de la sagesse, puis au bord du fleuve d'Ézéchiel, enfin dans la Jérusalem nouvelle de l'Apocalypse, ouvert à toutes les nations. Entre les deux, Jésus dit être venu pour que les siens aient la vie « en abondance ». Le pluriel hébreu trouve là sa pleine signification : une vie qui déborde, qui n'est plus menacée par la mort et qui vient de Dieu seul.
Chaîne : L'arbre de vie, du jardin à la cité
- Gn 2.7 Le souffle de vie : « L'Éternel Dieu forma l'homme de la poussière de la terre, il souffla dans ses narines un souffle de vie et l'homme devint un être vivant. »
- Gn 2.9 L'arbre de la vie : « L'Éternel Dieu fit pousser du sol des arbres de toute espèce, agréables à voir et bons à manger, et l'arbre de la vie au milieu du jardin, et l'arbre de la connaissance du bien et du mal. »
- Gn 3.22 L'accès fermé : « L'Éternel Dieu dit: Voici, l'homme est devenu comme l'un de nous, pour la connaissance du bien et du mal. Empêchons-le maintenant d'avancer sa main, de prendre de l'arbre de vie, d'en manger, et de vivre éternellement. »
- Dt 30.19 Choisis la vie : « J'en prends aujourd'hui à témoin contre vous le ciel et la terre: j'ai mis devant toi la vie et la mort, la bénédiction et la malédiction. Choisis la vie, afin que tu vives, toi et ta postérité, »
- Ps 16.11 Le sentier de la vie : « Tu me feras connaître le sentier de la vie; Il y a d'abondantes joies devant ta face, Des délices éternelles à ta droite. »
- Ps 36.10 La source de la vie : « Car auprès de toi est la source de la vie; Par ta lumière nous voyons la lumière. »
- Pr 3.18 La sagesse, arbre de vie : « Elle est un arbre de vie pour ceux qui la saisissent, Et ceux qui la possèdent sont heureux. »
- Jr 2.13 La source d'eau vive abandonnée : « Car mon peuple a commis un double péché: Ils m'ont abandonné, moi qui suis une source d'eau vive, Pour se creuser des citernes, des citernes crevassées, Qui ne retiennent pas l'eau. »
- Éz 47.9 Le torrent qui fait vivre : « Tout être vivant qui se meut vivra partout où le torrent coulera, et il y aura une grande quantité de poissons; car là où cette eau arrivera, les eaux deviendront saines, et tout vivra partout où parviendra le torrent. »
- Dn 12.2 La vie éternelle : « Plusieurs de ceux qui dorment dans la poussière de la terre se réveilleront, les uns pour la vie éternelle, et les autres pour l'opprobre, pour la honte éternelle. »
- Jn 10.10 La vie en abondance : « Le voleur ne vient que pour dérober, égorger et détruire; moi, je suis venu afin que les brebis aient la vie, et qu'elles soient dans l'abondance. »
- Ap 22.2 L'arbre de vie retrouvé : « Au milieu de la place de la ville et sur les deux bords du fleuve, il y avait un arbre de vie, produisant douze fois des fruits, rendant son fruit chaque mois, et dont les feuilles servaient à la guérison des nations. »
Mots apparentés
Autres mots du thème « Création, vie et gloire »
- bārāʾ : créer
- šāmayim : cieux, ciel
- ʾereṣ : terre, pays
- bārak : bénir
- kosmos : monde, ordre, parure
- chara : joie
- doxa : gloire
- paraklētos : défenseur, consolateur
Bibliographie
- Robert Martin-Achard, De la mort à la résurrection d'après l'Ancien Testament, Neuchâtel, Delachaux et Niestlé, 1956.
- Jon D. Levenson, Resurrection and the Restoration of Israel: The Ultimate Victory of the God of Life, New Haven, Yale University Press, 2006.
- Mitchell Dahood, Psalms III: 101-150, Garden City, Doubleday (Anchor Bible), 1970.
- Hans Walter Wolff, Anthropologie des Alten Testaments, Munich, Kaiser, 1973 (trad. française : Anthropologie de l'Ancien Testament, Genève, Labor et Fides, 1974).
- Rudolf Bultmann et Gerhard von Rad, art. « ζάω, ζωή », Theological Dictionary of the New Testament, vol. 2.
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