ʾereṣ אֶרֶץ

Strong H776 · nom féminin · terre, pays · 2503 occurrences

Un des mots les plus fréquents de la Bible hébraïque : la terre comme partie de l'univers opposée au ciel, le monde habité, un pays précis et, au cœur de l'alliance, le pays promis à Abraham. Dieu en reste le propriétaire.

Racine et étymologie

ʾEreṣ est un nom très ancien, commun à toutes les langues sémitiques : akkadien erṣetu, ougaritique arṣ, arabe arḍ. En araméen, le même mot prend une forme différente, ʾăraʿ ou ʾarqāʾ, que l'on rencontre en Jérémie 10.11, seul verset araméen de ce livre. Comme beaucoup de noms primitifs, il ne se rattache à aucun verbe hébreu. Il est féminin, comme souvent les noms de pays et de villes, et prend la forme ʾāreṣ en fin de phrase ou après l'article (hāʾāreṣ, « la terre »).

Il faut le distinguer de ʾădāmâ (H127), le sol cultivable, la glèbe, d'où l'on tire ʾādām, l'homme pétri de cette terre. ʾEreṣ a une portée plus large : il peut désigner tout aussi bien la planète entière, l'ensemble de ses habitants, un territoire politique ou un simple terrain. Le lexique STEPBible distingue ainsi deux grands usages, « pays, monde » et « sol ». Seul le contexte permet de choisir entre « la terre » et « le pays », et les traductions françaises ne font pas toujours le même choix.

En akkadien, erṣetu désigne aussi le monde souterrain des morts. Certains exégètes, notamment Mitchell Dahood dans son commentaire des Psaumes, ont cru retrouver ce sens dans plusieurs textes hébreux, comme les « barres de la terre » qui enferment Jonas (Jon 2.6). L'hypothèse est plausible pour quelques passages poétiques, mais elle reste discutée.

Sens et emplois

  1. La terre ferme

    Dans le récit de la création, ʾereṣ est d'abord le sol sec qui émerge des eaux. La terre est séparée de la mer avant d'être peuplée de plantes et d'animaux.

    « Dieu appela le sec terre, et il appela l'amas des eaux mers. »Gn 1.10, Segond 1910
  2. Le monde et ses habitants

    Le mot désigne souvent l'humanité qui habite la terre. Avant le déluge, c'est la terre entière qui est corrompue : l'expression vise la société humaine plus que le sol.

    « La terre était corrompue devant Dieu, la terre était pleine de violence. »Gn 6.11, Segond 1910
  3. Un pays, une patrie

    Au sens politique et familial, ʾereṣ est le pays d'origine, celui que l'on quitte. Le même verset emploie deux fois le mot : le pays d'Abram et celui que Dieu lui montrera.

    « Va-t-en de ton pays, de ta patrie, et de la maison de ton père, dans le pays que je te montrerai. »Gn 12.1, Segond 1910
  4. Le pays qui appartient à Dieu

    La loi du jubilé fonde le droit foncier d'Israël sur une affirmation théologique : le pays reste à Dieu, et ceux qui l'habitent n'en sont que les locataires. D'où l'interdiction de vendre une terre à perpétuité.

    « car le pays est à moi, car vous êtes chez moi comme étrangers et comme habitants. »Lv 25.23, Segond 1910
  5. La terre remplie de la gloire de Dieu

    Les prophètes élargissent l'horizon à toute la terre : ce qui a commencé dans un pays doit atteindre le monde entier. La terre devient le lieu où la gloire de Dieu sera connue de tous.

    « Car la terre sera remplie de la connaissance de la gloire de l'Éternel, »Ha 2.14, Segond 1910

Passerelle hébreu – grec

La Septante rend ʾereṣ presque toujours par γῆ, qui a la même ampleur : la terre opposée au ciel, le sol, et aussi un pays (« la terre de Canaan »). Ce choix conserve l'ambiguïté de l'hébreu, ce qui a des conséquences pour le Nouveau Testament.

Quand Jésus déclare : « Heureux les débonnaires, car ils hériteront la terre » (Mt 5.5), il reprend le Psaume 37.11, où Segond traduit le même mot par « le pays ». Le grec γῆ permet les deux lectures : le pays promis ou la terre entière. Paul choisit nettement l'élargissement quand il parle de « l'héritage du monde » promis à Abraham (Rm 4.13, avec κόσμος). Le Nouveau Testament emploie aussi οἰκουμένη, « le monde habité », pour l'ensemble des peuples. Le latin terra hérite de la même polyvalence, et le français oscille entre « terre », « pays » et « contrée ».

Le débat

La promesse de la terre vise-t-elle un territoire précis, ou annonce-t-elle l'héritage du monde entier ?

Les textes eux-mêmes amorcent l'élargissement : la promesse faite à Abraham concerne déjà « toutes les familles de la terre » (Gn 12.3), et le Psaume 24 proclame que toute la terre est à l'Éternel. Brueggemann rappelle à juste titre que cet élargissement ne doit pas dissoudre la terre concrète : le Nouveau Testament attend une terre nouvelle, non une évasion hors de la création.

Portée théologique

La Bible ne méprise pas la terre. Elle commence par sa création, et elle s'achève sur une terre nouvelle. Entre les deux, la terre est confiée à l'humanité pour être cultivée et gardée, mais elle porte aussi les traces de la violence humaine, au point que le prophète la voit retourner au chaos des origines (Jr 4.23). La terre partage le sort de ceux qui l'habitent.

Le pays promis à Abraham donne à la foi d'Israël un ancrage concret : la grâce de Dieu se reçoit dans un lieu, avec des champs, des récoltes et des lois sur la propriété. La loi du jubilé tire de cette grâce une éthique : puisque la terre est à Dieu, nul ne peut l'accaparer définitivement. Le Nouveau Testament élargit la promesse à toute la terre sans la spiritualiser. Les débonnaires l'hériteront, et l'Église prie pour que la volonté de Dieu y soit faite. La prédication peut rappeler que l'espérance chrétienne inclut la terre et engage au soin de la création comme à la justice envers ceux qui l'habitent.

Chaîne : La terre, don et promesse

  1. Gn 1.2 Une terre informe et vide : « La terre était informe et vide: il y avait des ténèbres à la surface de l'abîme, et l'esprit de Dieu se mouvait au-dessus des eaux. »
  2. Gn 9.13 L'alliance avec la terre : « j'ai placé mon arc dans la nue, et il servira de signe d'alliance entre moi et la terre. »
  3. Gn 12.1 Le pays que je te montrerai : « L'Éternel dit à Abram: Va-t-en de ton pays, de ta patrie, et de la maison de ton père, dans le pays que je te montrerai. »
  4. Ex 3.8 Un pays où coulent le lait et le miel : « Je suis descendu pour le délivrer de la main des Égyptiens, et pour le faire monter de ce pays dans un bon et vaste pays, dans un pays où coulent le lait et le miel, dans les lieux qu'habitent les Cananéens, les Héthiens, les Amoréens, les Phéréziens, les Héviens et les Jébusiens. »
  5. Lv 25.23 Le pays est à moi : « Les terres ne se vendront point à perpétuité; car le pays est à moi, car vous êtes chez moi comme étrangers et comme habitants. »
  6. Dt 34.4 Moïse voit le pays : « L'Éternel lui dit: C'est là le pays que j'ai juré de donner à Abraham, à Isaac et à Jacob, en disant: Je le donnerai à ta postérité. Je te l'ai fait voir de tes yeux; mais tu n'y entreras point. »
  7. Ps 37.11 Les humbles posséderont le pays : « Les misérables possèdent le pays, Et ils jouissent abondamment de la paix. »
  8. És 6.3 Toute la terre pleine de sa gloire : « Ils criaient l'un à l'autre, et disaient: Saint, saint, saint est l'Éternel des armées! toute la terre est pleine de sa gloire! »
  9. Jr 4.23 La création défaite : « Je regarde la terre, et voici, elle est informe et vide; Les cieux, et leur lumière a disparu. »
  10. Mt 5.5 Ils hériteront la terre : « Heureux les débonnaires, car ils hériteront la terre! »
  11. Rm 4.13 L'héritage du monde : « En effet, ce n'est pas par la loi que l'héritage du monde a été promis à Abraham ou à sa postérité, c'est par la justice de la foi. »
  12. 2 P 3.13 Une nouvelle terre : « Mais nous attendons, selon sa promesse, de nouveaux cieux et une nouvelle terre, où la justice habitera. »

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Bibliographie

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