bāṭaḥ בָּטַח
Strong H982 · verbe · se confier, être en sécurité · 120 occurrences
Se sentir en sûreté en s'appuyant sur quelqu'un ou quelque chose. Le verbe dit à la fois l'acte de confiance et l'état de tranquillité qui en résulte. Selon son objet, il désigne la foi la plus profonde ou la plus dangereuse des illusions.
Racine et étymologie
La racine b-ṭ-ḥ exprime l'idée de sécurité : être sans inquiétude, ne pas craindre d'être surpris. Le verbe s'emploie au qal, presque toujours avec la préposition « en » ou « sur » (bᵉ, ʿal) qui désigne l'appui choisi : se confier « en l'Éternel », « en ses richesses », « en l'Égypte ». La forme causative (hiphil) signifie « faire se confier » ou « mettre en sûreté » : « tu m'as mis en sûreté sur les mamelles de ma mère » (Ps 22.10).
Le vocabulaire dérivé confirme cette orientation vers l'état de sécurité. Le nom beṭaḥ (H983) s'emploie surtout dans la tournure lāveṭaḥ, « en sécurité », pour un peuple qui habite sans crainte d'invasion (Lv 25.18). Miḇṭāḥ (H4009) désigne l'objet de la confiance, ce sur quoi on s'appuie ; biṭḥāh (H985) apparaît dans la célèbre formule d'Ésaïe : « C'est dans le calme et la confiance que sera votre force » (És 30.15).
Le verbe n'est pas en lui-même religieux ni moral. Laïs vit « en sécurité » parce qu'elle n'a pas d'ennemis (Jg 18.7), et le prophète Amos maudit ceux qui sont « en sécurité sur la montagne de Samarie » (Am 6.1). Tout dépend de l'objet : la même tranquillité est bénie quand elle repose sur Dieu, condamnée quand elle repose sur l'homme, l'argent, les armes ou le Temple.
Sens et emplois
Se confier en Dieu
Le sens théologique majeur, très présent dans les Psaumes : remettre sa vie à Dieu au moment même où l'on a peur. La confiance ne supprime pas la crainte, elle lui répond.
« Quand je suis dans la crainte, En toi je me confie. »Ps 56.4, Segond 1910
Une confiance de tout l'être
Les Proverbes en font une règle de sagesse : se fier à Dieu plutôt qu'à son propre jugement. Le « cœur » désigne ici l'intelligence et la volonté autant que les sentiments.
« Confie-toi en l'Éternel de tout ton cœur, Et ne t'appuie pas sur ta sagesse; »Pr 3.5, Segond 1910
Vivre en sécurité, sans inquiétude
Sans objet explicite, le participe décrit un état de tranquillité, voire d'insouciance. Il peut être positif (le juste « a de l'assurance ») ou négatif, comme pour les « femmes insouciantes » de Jérusalem (És 32.9).
« Le juste a de l'assurance comme un jeune lion. »Pr 28.1, Segond 1910
La fausse confiance
Les prophètes dénoncent les appuis trompeurs : alliances militaires, richesse, et même les institutions religieuses. Jérémie vise ceux qui croient le Temple invulnérable ; Segond rend ici le verbe par « se livrer à des espérances ».
« Ne vous livrez pas à des espérances trompeuses, en disant: C'est ici le temple de l'Éternel, »Jr 7.4, Segond 1910
La question de l'appui
Le discours du chef assyrien devant Jérusalem répète le verbe comme un défi : sur quoi Ézéchias s'appuie-t-il ? Le récit entier est une mise à l'épreuve de la confiance d'un roi dont on a dit qu'il « mit sa confiance en l'Éternel » (2 R 18.5).
« Quelle est cette confiance, sur laquelle tu t'appuies? »2 R 18.19, Segond 1910
Passerelle hébreu – grec
La Septante n'a pas rendu bāṭaḥ par πιστεύω, réservé à ʾāman, mais surtout par deux verbes : πείθομαι, au parfait πέποιθα, « être persuadé, avoir confiance », et ἐλπίζω, « espérer ». Ce second choix est lourd de conséquences : dans les Psaumes grecs, « ceux qui se confient en toi » deviennent « ceux qui espèrent en toi ». Le vocabulaire grec de l'espérance s'est ainsi chargé du sens hébreu de la confiance sûre.
Un exemple frappant : en Psaume 16.9, l'hébreu dit que le corps du psalmiste « repose en sécurité » (lāveṭaḥ) ; la Septante traduit « reposera dans l'espérance », et c'est cette forme que Pierre cite en Actes 2.26 pour parler de la résurrection. Dans le Nouveau Testament, πέποιθα garde la logique prophétique de l'appui juste et de l'appui faux : Paul refuse de « mettre sa confiance en la chair » (Ph 3.3) et apprend à « ne pas placer sa confiance en lui-même, mais en Dieu » (2 Co 1.9). Hébreux 2.13 cite « Je me confierai en toi ».
Le débat
bāṭaḥ est-il un mot de la foi au même titre que ʾāman, ou d'abord un mot de la sécurité, moralement neutre ?
- Un visage de la foi (Artur Weiser, 1959) : Dans la partie vétérotestamentaire de l'article « πιστεύω » du Theologisches Wörterbuch zum Neuen Testament (vol. 6), Weiser étudie bāṭaḥ avec ʾāman, ḥāsāh (se réfugier) et qāwāh (espérer) comme autant d'aspects d'une même attitude envers Dieu : bāṭaḥ en dirait l'abandon confiant.
- D'abord un état de sécurité (Alfred Jepsen, 1973) : Dans le Theologisches Wörterbuch zum Alten Testament (vol. 1), Jepsen insiste sur le sens de base : se sentir en sûreté. Le mot n'a pas de valeur religieuse propre ; il en reçoit une de son objet, et les prophètes l'emploient plus souvent pour dénoncer une sécurité trompeuse que pour louer la foi.
- Ne pas confondre mot et concept (James Barr, 1961) : Sans viser ce verbe en particulier, Barr a mis en garde contre la reconstitution d'un « concept hébreu de la foi » à partir de groupes de mots. Il faut décrire ce que fait chaque mot dans ses phrases, non distribuer les facettes d'une notion préalable entre plusieurs termes.
Les emplois donnent raison à Jepsen sur le sens de base : le verbe dit la sécurité ressentie, et l'Ancien Testament connaît autant de fausses confiances que de vraies. Mais dans les Psaumes et les Proverbes, l'objet « l'Éternel » est si fréquent que le mot devient, en pratique, l'un des principaux termes de la confiance croyante, ce que Weiser a bien vu. La leçon de Barr reste utile : bāṭaḥ ne dit pas la même chose que ʾāman ; il insiste sur le repos de celui qui s'appuie plutôt que sur la solidité de l'appui.
Portée théologique
Toute vie humaine s'appuie sur quelque chose : c'est le présupposé de ce verbe. La question biblique n'est pas de savoir si l'on fait confiance, mais à quoi. Jérémie 17.5-8 en donne la forme la plus nette : « Maudit soit l'homme qui se confie dans l'homme… Béni soit l'homme qui se confie dans l'Éternel », comparé à un arbre planté près des eaux qui ne craint pas la sécheresse. La confiance en Dieu n'est pas une absence d'épreuve ; c'est un enracinement qui permet de la traverser.
Le récit du siège de Jérusalem (2 R 18–19 ; És 36–37) montre que cette confiance est aussi politique. Le chef assyrien ridiculise successivement l'appui sur l'Égypte, sur les armes et sur l'Éternel. Ésaïe avait appelé les dirigeants de Juda au « calme et à la confiance » plutôt qu'aux alliances militaires (És 30.15 ; 31.1). Dieu y apparaît comme le seul appui qui ne se brise pas sous la main de celui qui s'y appuie.
Les Psaumes donnent à ce verbe sa tonalité la plus personnelle : « Quand je suis dans la crainte, en toi je me confie » (Ps 56.4). La foi n'y est pas l'absence de peur, mais le geste qui confie la peur à Dieu. Repris en grec par l'espérance, ce verbe rappelle au lecteur du Nouveau Testament que l'espérance chrétienne n'est pas un souhait incertain, mais une sécurité fondée sur Dieu.
Chaîne : Sur quoi s'appuyer ?
- 2 R 18.5 Ézéchias se confie en Dieu : « Il mit sa confiance en l'Éternel, le Dieu d'Israël; et parmi tous les rois de Juda qui vinrent après lui ou qui le précédèrent, il n'y en eut point de semblable à lui. »
- 2 R 18.19 Le défi assyrien : « Rabschaké leur dit: Dites à Ezéchias: Ainsi parle le grand roi, le roi d'Assyrie: Quelle est cette confiance, sur laquelle tu t'appuies? »
- Ps 22.5 La confiance des pères : « En toi se confiaient nos pères; Ils se confiaient, et tu les délivrais. »
- Ps 56.4 La confiance dans la peur : « Quand je suis dans la crainte, En toi je me confie. »
- Ps 118.8 Mieux vaut l'Éternel que l'homme : « Mieux vaut chercher un refuge en l'Éternel Que de se confier à l'homme; »
- Pr 3.5 De tout ton cœur : « Confie-toi en l'Éternel de tout ton cœur, Et ne t'appuie pas sur ta sagesse; »
- És 26.3 La paix de celui qui se confie : « À celui qui est ferme dans ses sentiments Tu assures la paix, la paix, Parce qu'il se confie en toi. »
- És 31.1 Les chevaux d'Égypte : « Malheur à ceux qui descendent en Égypte pour avoir du secours, Qui s'appuient sur des chevaux, Et se fient à la multitude des chars et à la force des cavaliers, Mais qui ne regardent pas vers le Saint d'Israël, Et ne recherchent pas l'Éternel! »
- Jr 7.4 La fausse sécurité du Temple : « Ne vous livrez pas à des espérances trompeuses, en disant: C'est ici le temple de l'Éternel, le temple de l'Éternel, Le temple de l'Éternel! »
- Jr 17.7 L'arbre planté près des eaux : « Béni soit l'homme qui se confie dans l'Éternel, Et dont l'Éternel est l'espérance! »
- 2 Co 1.9 Le Dieu qui ressuscite : « Et nous regardions comme certain notre arrêt de mort, afin de ne pas placer notre confiance en nous-mêmes, mais de la placer en Dieu, qui ressuscite les morts. »
- Ph 3.3 Pas de confiance en la chair : « Car les circoncis, c'est nous, qui rendons à Dieu notre culte par l'Esprit de Dieu, qui nous glorifions en Jésus-Christ, et qui ne mettons point notre confiance en la chair. »
Mots apparentés
Autres mots du thème « Foi, espérance, amour »
- yirʾāh : crainte
- ʾāhav : aimer
- šālôm : paix, bien-être, intégrité
- pistis : foi, confiance, fidélité
- agapē : amour, charité
- phileō : aimer d'affection ; embrasser
- eirēnē : paix
Bibliographie
- Alfred Jepsen, art. « bāṭaḥ », Theological Dictionary of the Old Testament, vol. 2, Grand Rapids, Eerdmans, 1975.
- Erhard Gerstenberger, art. « bṭḥ, vertrauen », Theologisches Handwörterbuch zum Alten Testament, vol. 1, Munich, 1971.
- Artur Weiser et Rudolf Bultmann, art. « πιστεύω », Theological Dictionary of the New Testament, vol. 6.
- James Barr, The Semantics of Biblical Language, Oxford University Press, 1961.
- Brevard S. Childs, Isaiah and the Assyrian Crisis, Londres, SCM Press, 1967.
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