logos λόγος
Strong G3056 · nom masculin · parole, compte, raison · 330 occurrences
La parole qui exprime une pensée : propos, message, compte rendu, raison donnée. Dans le Nouveau Testament, c'est surtout la parole de Dieu annoncée par les apôtres et, chez Jean, le Christ lui-même, la Parole faite chair.
Racine et étymologie
Logos vient du verbe λέγω, dont le sens premier n'est pas « dire » mais « rassembler, choisir, compter ». On le retrouve dans ἐκλέγω, « choisir » (d'où « élection »), et dans κατάλογος, « liste ». Dire, c'est mettre des mots en ordre, comme on rassemble des éléments pour en faire un compte. L'alternance vocalique e/o (leg- / log-) est régulière en grec : le verbe a e, le nom d'action a o.
Ce point de départ explique l'éventail du mot. Logos peut désigner un compte au sens comptable (rendre ses comptes), un calcul, une proportion, puis une parole, un discours, un récit, enfin la raison qui ordonne la pensée. Le français en a hérité « logique » et tous les mots en -logie.
La philosophie grecque a donné au mot une portée cosmique. Héraclite (vers 500 av. J.-C.) parle d'un logos commun qui gouverne toutes choses et que les hommes ne comprennent pas. Les stoïciens font du logos la raison divine répandue dans l'univers. Le philosophe juif Philon d'Alexandrie, contemporain de Jésus, appelle logos l'instrument par lequel Dieu crée et gouverne le monde, et le qualifie même de « premier-né » et d'« image » de Dieu. Le Nouveau Testament n'emprunte pas ces systèmes, mais il parle à des lecteurs pour qui le mot résonnait ainsi.
Sens et emplois
Parole, propos
Le sens courant : ce qu'une personne dit. Jésus demande une parole simple et fiable, sans serments pour la garantir.
« Que votre parole soit oui, oui, non, non; ce qu'on y ajoute vient du malin. »Mt 5.37, Segond 1910
Compte à rendre
Hérité du sens comptable : « rendre logos », c'est rendre compte, dans les paraboles des serviteurs comme devant le jugement de Dieu.
« Ainsi chacun de nous rendra compte à Dieu pour lui-même. »Rm 14.12, Segond 1910
Raison, justification
Le croyant doit pouvoir donner « raison » de son espérance : un logos qui explique, sans agressivité.
« étant toujours prêts à vous défendre, avec douceur et respect, devant quiconque vous demande raison de l'espérance qui est en vous, »1 P 3.15, Segond 1910
La parole de Dieu annoncée
Dans les Évangiles et les Actes, « la parole » désigne le message du Royaume puis de l'Évangile. Elle est semée, reçue, elle croît et se répand comme un être vivant.
« La parole de Dieu se répandait de plus en plus, le nombre des disciples augmentait beaucoup à Jérusalem, »Ac 6.7, Segond 1910
Récit, livre
Luc appelle son Évangile son « premier logos » : le mot désigne un ouvrage, un récit ordonné.
« Théophile, j'ai parlé, dans mon premier livre, de tout ce que Jésus a commencé de faire et d'enseigner dès le commencement »Ac 1.1, Segond 1910
La Parole, le Christ
Dans le prologue de Jean, le Logos est une personne : présente au commencement, tournée vers Dieu, Dieu elle-même, et devenue chair en Jésus.
« Au commencement était la Parole, et la Parole était avec Dieu, et la Parole était Dieu. »Jn 1.1, Segond 1910
Passerelle hébreu – grec
Dans la Septante, λόγος traduit d'abord l'hébreu dābār, « parole, chose ». C'est ce lien qui donne au mot sa profondeur biblique : derrière « la parole du Seigneur » des Actes, on entend « la parole de l'Éternel » qui venait aux prophètes (Jr 1.4). Le Psaume 33.6 (« les cieux ont été faits par la parole de l'Éternel ») et Ésaïe 55.11 (la parole qui ne revient pas sans effet) forment l'arrière-plan direct de Jean 1.
Le mot ῥῆμα, autre traduction de dābār, insiste davantage sur l'énoncé particulier, tandis que logos peut désigner le message dans son ensemble. La Vulgate a rendu le Logos de Jean par verbum, d'où « le Verbe » de nombreuses traductions françaises (Jérusalem, TOB). Érasme, dans la deuxième édition de son Nouveau Testament (1519), a préféré sermo, « discours », pour souligner que le Christ est une parole adressée. Segond traduit « la Parole ».
Le débat
D'où vient le Logos du prologue de Jean : de la philosophie grecque, d'un mythe gnostique, ou de l'Ancien Testament et du judaïsme ?
- Un double arrière-plan, hébreu et hellénistique (C. H. Dodd, The Interpretation of the Fourth Gospel, 1953) : Jean écrit pour des lecteurs nourris de pensée grecque et de Philon : le Logos leur parle de la raison divine. Mais il fusionne cette notion avec la parole créatrice et la sagesse de l'Ancien Testament.
- Un hymne gnostique repris (Rudolf Bultmann, Das Evangelium des Johannes, 1941) : Le prologue reprendrait un hymne d'un milieu gnostique pré-chrétien sur un envoyé céleste. L'évangéliste l'aurait adapté à Jésus, en ajoutant notamment la mention de Jean-Baptiste.
- La Sagesse et la Parole d'Israël (Raymond E. Brown, The Gospel according to John I–XII, 1966) : Presque chaque affirmation du prologue a un parallèle dans la littérature de sagesse juive : la Sagesse est au commencement, auprès de Dieu, elle vient habiter en Israël. Le choix de logos plutôt que sophia s'explique par la parole créatrice de Genèse 1.
L'hypothèse gnostique de Bultmann est aujourd'hui largement abandonnée, faute de textes gnostiques antérieurs au Nouveau Testament. Le consensus rejoint Brown : l'arrière-plan principal est biblique et juif (Gn 1, Ps 33, Pr 8). Dodd garde raison sur un point : le mot choisi permettait à des lecteurs grecs d'entrer dans le texte, tout en étant renversé par l'affirmation inouïe que le Logos « a été fait chair ».
Portée théologique
Le prologue de Jean affirme que la parole par laquelle Dieu a créé le monde et parlé aux prophètes n'est pas seulement un message : c'est quelqu'un. « Au commencement » reprend Genèse 1.1 ; « la Parole était avec Dieu » dit une relation ; « la Parole était Dieu » dit une identité. Le verset 14 franchit le pas décisif : cette Parole a été faite chair et a dressé sa tente parmi nous, comme la gloire de Dieu habitait le tabernacle. Aucun philosophe grec n'aurait pu écrire que le Logos devient chair.
Ailleurs dans le Nouveau Testament, logos désigne la prédication chrétienne, mais le lien demeure : annoncer la parole, c'est annoncer le Christ. Les Actes la décrivent comme une force qui croît et se répand presque par elle-même (Ac 6.7 ; 12.24 ; 19.20). Paul remercie les Thessaloniciens de l'avoir reçue « comme la parole de Dieu, qui agit en vous » (1 Th 2.13).
Pour la prédication, logos invite à ne pas séparer la personne et le message. La parole de Dieu est vivante, tranchante, elle juge les pensées du cœur (Hé 4.12) ; et elle est aussi la parole de vie que les apôtres ont vue et touchée (1 Jn 1.1).
Chaîne : La Parole qui crée, se répand et se fait chair
- Gn 1.3 Dieu dit, et cela fut : « Dieu dit: Que la lumière soit! Et la lumière fut. »
- Ps 33.6 Les cieux faits par la parole : « Les cieux ont été faits par la parole de l'Éternel, Et toute leur armée par le souffle de sa bouche. »
- És 55.11 Elle ne revient pas sans effet : « Ainsi en est-il de ma parole, qui sort de ma bouche: Elle ne retourne point à moi sans effet, Sans avoir exécuté ma volonté Et accompli mes desseins. »
- Mc 4.14 Le semeur sème la parole : « Le semeur sème la parole. »
- Jn 1.1 Au commencement était la Parole : « Au commencement était la Parole, et la Parole était avec Dieu, et la Parole était Dieu. »
- Jn 1.14 La Parole faite chair : « Et la parole a été faite chair, et elle a habité parmi nous, pleine de grâce et de vérité; et nous avons contemplé sa gloire, une gloire comme la gloire du Fils unique venu du Père. »
- Ac 6.7 La parole se répand : « La parole de Dieu se répandait de plus en plus, le nombre des disciples augmentait beaucoup à Jérusalem, et une grande foule de sacrificateurs obéissaient à la foi. »
- 1 Th 2.13 Reçue comme parole de Dieu : « C'est pourquoi nous rendons continuellement grâces à Dieu de ce qu'en recevant la parole de Dieu, que nous vous avons fait entendre, vous l'avez reçue, non comme la parole des hommes, mais, ainsi qu'elle l'est véritablement, comme la parole de Dieu, qui agit en vous qui croyez. »
- 2 Tm 4.2 Prêche la parole : « prêche la parole, insiste en toute occasion, favorable ou non, reprends, censure, exhorte, avec toute douceur et en instruisant. »
- Hé 4.12 Vivante et efficace : « Car la parole de Dieu est vivante et efficace, plus tranchante qu'une épée quelconque à deux tranchants, pénétrante jusqu'à partager âme et esprit, jointures et moelles; elle juge les sentiments et les pensées du cœur. »
- 1 Jn 1.1 La parole de vie touchée : « Ce qui était dès le commencement, ce que nous avons entendu, ce que nous avons vu de nos yeux, ce que nous avons contemplé et que nos mains ont touché, concernant la parole de vie, - »
- Ap 19.13 Son nom : la Parole de Dieu : « et il était revêtu d'un vêtement teint de sang. Son nom est la Parole de Dieu. »
Mots apparentés
- legō λέγω : dire, parler, appeler
- dābār דָּבָר : parole ; chose, affaire
- sophia σοφία : sagesse
- alētheia ἀλήθεια : vérité
- euangelion εὐαγγέλιον : bonne nouvelle, Évangile
- graphē γραφή : écrit, Écriture
- ʾāmar אָמַר : dire
- eimi εἰμί : être, exister
Autres mots du thème « Parole, sagesse et révélation »
- tôrâ : instruction, loi
- nābîʾ : prophète
- ḥokmâ : sagesse, habileté
- apokalypsis : révélation, dévoilement
Bibliographie
- C. H. Dodd, The Interpretation of the Fourth Gospel, Cambridge, Cambridge University Press, 1953.
- Rudolf Bultmann, Das Evangelium des Johannes, Göttingen, Vandenhoeck & Ruprecht, 1941.
- Raymond E. Brown, The Gospel according to John I–XII, Anchor Bible 29, Garden City, Doubleday, 1966.
- A. Debrunner, H. Kleinknecht, O. Procksch et G. Kittel, art. « λέγω, λόγος… », Theological Dictionary of the New Testament, vol. 4.
- W. Bauer, F. W. Danker et al., A Greek-English Lexicon of the New Testament (BDAG), 3e éd., Chicago, University of Chicago Press, 2000.
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