euangelion εὐαγγέλιον
Strong G2098 · nom neutre · bonne nouvelle, Évangile · 74 occurrences
La bonne nouvelle par excellence : l'annonce que Dieu vient régner et sauver en Jésus-Christ, mort et ressuscité. Le mot désigne le message, sa proclamation et, plus tard, les livres qui le racontent.
Racine et étymologie
Le mot est formé de εὖ, « bien », et de la racine ἀγγελ-, celle de ἄγγελος, « messager » (d'où « ange »), et de ἀγγέλλω, « annoncer ». L'εὐάγγελος est le porteur d'une bonne nouvelle, et le verbe εὐαγγελίζομαι signifie « annoncer une bonne nouvelle ».
En grec classique, εὐαγγέλιον désigne d'abord la récompense donnée au messager qui apporte une bonne nouvelle : dans l'Odyssée (14.152), Ulysse déguisé réclame un tel salaire pour annoncer le retour du maître. Au pluriel, εὐαγγέλια désigne aussi les sacrifices offerts pour célébrer une heureuse nouvelle, souvent une victoire militaire.
À l'époque romaine, le vocabulaire entre dans la propagande impériale. Une inscription de Priène, en Asie Mineure (9 av. J.-C.), déclare que la naissance du dieu Auguste a été pour le monde « le commencement des bonnes nouvelles ». Le mot évoquait donc pour les premiers lecteurs l'annonce publique d'un événement qui change le cours de l'histoire : une victoire, l'avènement d'un souverain. C'est sur ce fond que les chrétiens ont parlé de « l'Évangile de Jésus-Christ ».
Sens et emplois
La bonne nouvelle du Royaume
Dans la bouche de Jésus, l'évangile est l'annonce que le temps est accompli et que Dieu vient régner. Elle appelle une réponse : se repentir et croire.
« Le temps est accompli, et le royaume de Dieu est proche. Repentez-vous, et croyez à la bonne nouvelle. »Mc 1.15, Segond 1910
Le message apostolique sur le Christ
Chez Paul, l'Évangile a un contenu précis, reçu et transmis : le Christ mort pour nos péchés, enseveli, ressuscité selon les Écritures (1 Co 15.1-4).
« Je vous rappelle, frères, l'Évangile que je vous ai annoncé, que vous avez reçu, dans lequel vous avez persévéré, »1 Co 15.1, Segond 1910
Puissance de salut
L'Évangile n'est pas seulement une information : il agit. Il est la puissance par laquelle Dieu sauve quiconque croit, Juif et Grec.
« Car je n'ai point honte de l'Évangile: c'est une puissance de Dieu pour le salut de quiconque croit, du Juif premièrement, puis du Grec, »Rm 1.16, Segond 1910
Une norme qui ne se négocie pas
Contre ceux qui imposent la circoncision aux païens, Paul affirme qu'il n'existe pas d'« autre Évangile ». L'expression « la vérité de l'Évangile » (Ga 2.5, 2.14) en fait un critère pour juger la conduite.
« Non pas qu'il y ait un autre Évangile, mais il y a des gens qui vous troublent, et qui veulent renverser l'Évangile de Christ. »Ga 1.7, Segond 1910
L'œuvre d'annonce
Le mot désigne aussi l'activité missionnaire elle-même : les Philippiens « prennent part à l'Évangile » en soutenant Paul.
« au sujet de la part que vous prenez à l'Évangile, depuis le premier jour jusqu'à maintenant. »Ph 1.5, Segond 1910
Le récit de Jésus
La première phrase de Marc sert de titre. Elle désigne encore le message, mais elle a ouvert la voie à l'usage, attesté au IIe siècle, d'appeler « évangiles » les livres qui racontent la vie de Jésus.
« Commencement de l'Évangile de Jésus-Christ, Fils de Dieu. »Mc 1.1, Segond 1910
Passerelle hébreu – grec
Dans la Septante, le nom est rare : il apparaît dans les récits de 2 Samuel (2 Règnes) pour rendre l'hébreu besôrâ (H1309), la « nouvelle » qu'un messager court annoncer au roi, et la récompense qui l'accompagne (2 S 4.10 ; 18.20-27). Le verbe εὐαγγελίζομαι, qui traduit l'hébreu biśśar (H1319), est plus important : c'est lui qu'emploie la seconde partie d'Ésaïe pour le messager qui annonce à Sion le retour de Dieu (És 40.9 ; 52.7) et pour l'oint envoyé aux pauvres (És 61.1).
Ces textes d'Ésaïe sont décisifs : Jésus lit Ésaïe 61 à Nazareth (Lc 4.18) et Paul cite Ésaïe 52.7 (Rm 10.15). L'Évangile chrétien prolonge l'annonce prophétique du règne de Dieu. Le latin a simplement transcrit le mot : evangelium, d'où « évangile ». Segond alterne « l'Évangile » et « la bonne nouvelle ».
Le débat
D'où vient l'usage chrétien du mot « évangile » : du langage impérial romain ou des prophéties d'Ésaïe ?
- Un emprunt au culte impérial (Adolf Deissmann, Licht vom Osten, 1908) : Les inscriptions comme celle de Priène montrent que « évangile » appartenait au vocabulaire du culte de l'empereur. Les chrétiens auraient repris ce langage pour proclamer un autre souverain.
- Un héritage prophétique (Peter Stuhlmacher, Das paulinische Evangelium, 1968) : L'usage néotestamentaire vient d'abord d'Ésaïe 40–61, relu dans le judaïsme de l'époque : la bonne nouvelle du règne de Dieu. Jésus lui-même s'est compris à partir d'Ésaïe 61.
- Racine biblique, résonance politique (Graham N. Stanton, Jesus and Gospel, 2004) : L'origine est bien dans Ésaïe et la prédication de Jésus, mais dans les villes de l'Empire le mot était entendu en concurrence avec les « évangiles » de César. Les deux arrière-plans ont joué ensemble.
Le singulier chrétien, « l'Évangile », sans complément, ne vient pas du culte impérial, qui parle d'« évangiles » au pluriel. L'enracinement en Ésaïe, défendu par Stuhlmacher, est le mieux attesté. Stanton montre cependant que la proclamation de Jésus comme Seigneur ne pouvait pas sonner de façon neutre à Philippes ou à Rome.
Portée théologique
L'Évangile est d'abord une nouvelle, c'est-à-dire l'annonce d'un événement qui a eu lieu. Il ne commence pas par ce que l'homme doit faire, mais par ce que Dieu a fait : le règne de Dieu s'est approché en Jésus (Mc 1.15), le Christ est mort et ressuscité (1 Co 15.3-4). L'appel à la repentance et à la foi en découle. C'est ce qui distingue l'Évangile d'une morale ou d'une sagesse.
Ce message a une forme précise que Paul défend avec vigueur : il n'y a pas d'autre Évangile (Ga 1.6-7). Mais il a aussi une puissance qui dépasse ses messagers : il porte du fruit (Col 1.6), il sauve (Rm 1.16), il produit une manière de vivre « digne de l'Évangile » (Ph 1.27). Les Pères de l'Église ont ensuite appelé « évangiles » les quatre récits : Justin Martyr, vers 150, parle des « mémoires des apôtres, qu'on appelle évangiles ».
Pour la prédication, le mot rappelle que le message chrétien est une joie à proclamer, adressée d'abord aux pauvres (Lc 4.18), et qu'il ne se réduit pas à un genre littéraire : il est l'annonce publique d'un nouveau règne.
Chaîne : De l'annonce à Sion à l'Évangile éternel
- 2 S 18.20 Le messager de la nouvelle : « Joab lui dit: Ce n'est pas toi qui dois porter aujourd'hui les nouvelles; tu les porteras un autre jour, mais non aujourd'hui, puisque le fils du roi est mort. »
- És 40.9 Monte, toi qui annonces à Sion : « Monte sur une haute montagne, Sion, pour publier la bonne nouvelle; Elève avec force ta voix, Jérusalem, pour publier la bonne nouvelle; Elève ta voix, ne crains point, Dis aux villes de Juda: Voici votre Dieu! »
- És 52.7 Les pieds du messager : « Qu'ils sont beaux sur les montagnes, Les pieds de celui qui apporte de bonnes nouvelles, Qui publie la paix! De celui qui apporte de bonnes nouvelles, Qui publie le salut! De celui qui dit à Sion: ton Dieu règne! »
- És 61.1 Oint pour les pauvres : « L'esprit du Seigneur, l'Éternel, est sur moi, Car l'Éternel m'a oint pour porter de bonnes nouvelles aux malheureux; Il m'a envoyé pour guérir ceux qui ont le cœur brisé, Pour proclamer aux captifs la liberté, Et aux prisonniers la délivrance; »
- Mc 1.1 Commencement de l'Évangile : « Commencement de l'Évangile de Jésus-Christ, Fils de Dieu. »
- Mc 1.15 Repentez-vous et croyez : « Il disait: Le temps est accompli, et le royaume de Dieu est proche. Repentez-vous, et croyez à la bonne nouvelle. »
- Lc 4.18 Jésus à Nazareth : « L'Esprit du Seigneur est sur moi, Parce qu'il m'a oint pour annoncer une bonne nouvelle aux pauvres; Il m'a envoyé pour guérir ceux qui ont le cœur brisé, Pour proclamer aux captifs la délivrance, Et aux aveugles le recouvrement de la vue, Pour renvoyer libres les opprimés, »
- Rm 1.16 Puissance de Dieu : « Car je n'ai point honte de l'Évangile: c'est une puissance de Dieu pour le salut de quiconque croit, du Juif premièrement, puis du Grec, »
- Rm 10.15 Comment l'entendront-ils ? : « Et comment y aura-t-il des prédicateurs, s'ils ne sont pas envoyés? selon qu'il est écrit: Qu'ils sont beaux Les pieds de ceux qui annoncent la paix, De ceux qui annoncent de bonnes nouvelles! »
- 1 Co 15.1 L'Évangile reçu et transmis : « Je vous rappelle, frères, l'Évangile que je vous ai annoncé, que vous avez reçu, dans lequel vous avez persévéré, »
- Ga 1.6 Pas d'autre Évangile : « Je m'étonne que vous vous détourniez si promptement de celui qui vous a appelés par la grâce de Christ, pour passer à un autre Évangile. »
- Ap 14.6 Un Évangile éternel : « Je vis un autre ange qui volait par le milieu du ciel, ayant un Évangile éternel, pour l'annoncer aux habitants de la terre, à toute nation, à toute tribu, à toute langue, et à tout peuple. »
Mots apparentés
- basileia βασιλεία : règne, royaume, royauté
- sōtēria σωτηρία : salut, délivrance, préservation
- logos λόγος : parole, compte, raison
- alētheia ἀλήθεια : vérité
Autres mots du thème « Parole, sagesse et révélation »
- tôrâ : instruction, loi
- dābār : parole ; chose, affaire
- nābîʾ : prophète
- ḥokmâ : sagesse, habileté
- graphē : écrit, Écriture
- apokalypsis : révélation, dévoilement
- sophia : sagesse
- ʾāmar : dire
Bibliographie
- Gerhard Friedrich, art. « εὐαγγελίζομαι, εὐαγγέλιον… », Theological Dictionary of the New Testament, vol. 2.
- Adolf Deissmann, Licht vom Osten, Tübingen, Mohr, 1908 (trad. anglaise : Light from the Ancient East).
- Peter Stuhlmacher, Das paulinische Evangelium. I. Vorgeschichte, Göttingen, Vandenhoeck & Ruprecht, 1968.
- Graham N. Stanton, Jesus and Gospel, Cambridge, Cambridge University Press, 2004.
- Xavier Léon-Dufour (dir.), Vocabulaire de théologie biblique, Paris, Cerf, art. « Évangile ».
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