legō λέγω

Strong G3004 · verbe · dire, parler, appeler · 1327 occurrences

Le verbe le plus courant du Nouveau Testament pour « dire ». Banal en apparence, il porte pourtant les paroles les plus chargées d'autorité des Évangiles : « Mais moi, je vous dis » et « En vérité, je vous le dis », par lesquelles Jésus parle en son propre nom.

Racine et étymologie

Le verbe λέγω remonte à une racine indo-européenne *leg- qui signifie « rassembler, cueillir ». Le latin legere en garde la trace : « cueillir », puis « lire », c'est-à-dire rassembler les lettres. Chez Homère, λέγω veut encore dire « ramasser, trier, compter » ; de là on est passé à « énumérer », « raconter », puis simplement « dire ». Dire, c'est d'abord mettre en ordre ce que l'on pense. Le nom λόγος, « parole, discours, raison », vient de la même racine, tout comme le français « dialogue », « logique » ou « catalogue ».

Le verbe est « supplétif » : ses temps sont empruntés à plusieurs racines. Le présent et l'imparfait viennent de λέγω, mais l'aoriste « je dis, il dit » se forme sur εἶπον, le futur sur ἐρῶ, et le passif « il a été dit » sur ἐρρέθην. Les concordances Strong séparent ces formes (G2036, G2046, G4483), si bien que les comptes de G3004 ne recouvrent qu'une partie des emplois du verbe « dire ». Il faut s'en souvenir : en Matthieu 5.21, « il a été dit » ne contient pas la forme λέγω, alors que la réponse du verset 22, « je vous dis », la contient.

Le grec possède un autre verbe courant, λαλέω, « parler, émettre des paroles ». La distinction n'est pas absolue, mais λέγω insiste volontiers sur le contenu de ce qui est dit, λαλέω sur l'acte de parler. Le Nouveau Testament emploie λέγω surtout dans les récits : c'est le verbe qui introduit les paroles rapportées, d'où sa concentration dans les Évangiles et les Actes.

Sens et emplois

  1. Dire, rapporter une parole

    L'emploi de base : introduire un discours direct. Le participe λέγων, « disant », joue souvent le rôle de nos deux-points. Marc résume ainsi toute la prédication de Jésus en une phrase.

    « Il disait: Le temps est accompli, et le royaume de Dieu est proche. Repentez-vous, et croyez à la bonne nouvelle. »Mc 1.15, Segond 1910
  2. Affirmer, prétendre

    Dire peut être une simple prétention que les actes démentent. Jacques oppose la foi qu'on « dit » avoir à celle qui se voit dans les œuvres, comme Jésus reprochait aux scribes de dire sans faire (Mt 23.3).

    « Mes frères, que sert-il à quelqu'un de dire qu'il a la foi, s'il n'a pas les œuvres? »Jc 2.14, Segond 1910
  3. Nommer, appeler

    Au passif, λέγομαι signifie « être appelé, porter le nom de ». La formule sert à donner un surnom (Simon « appelé Pierre », Mt 4.18) ou un titre, comme dans la généalogie de Matthieu.

    « Jésus, qui est appelé Christ. »Mt 1.16, Segond 1910
  4. « Mais moi, je vous dis »

    Dans le Sermon sur la montagne, Jésus oppose six fois ce qui « a été dit aux anciens » à sa propre parole. Le pronom ἐγώ, inutile en grec, souligne celui qui parle : l'autorité ne vient plus d'une citation, mais de Jésus lui-même.

    « Mais moi, je vous dis que quiconque se met en colère contre son frère mérite d'être puni par les juges; »Mt 5.22, Segond 1910
  5. « En vérité, je vous le dis »

    Jésus fait précéder ses paroles du mot hébreu ʾāmēn, que Segond rend par « en vérité ». Dans l'Ancien Testament, l'amen répond à la parole d'un autre ; ici il l'ouvre et la garantit d'avance. Jean le double toujours.

    « En vérité, en vérité, je te le dis, si un homme ne naît de nouveau, il ne peut voir le royaume de Dieu. »Jn 3.3, Segond 1910
  6. Ce que dit l'Écriture, ce que dit l'Esprit

    Au présent, λέγει introduit une citation biblique comme une parole actuelle : l'Écriture, le Seigneur ou l'Esprit « dit » aujourd'hui, et non seulement « a dit » autrefois. L'épître aux Hébreux en fait un principe de lecture.

    « C'est pourquoi, selon ce que dit le Saint-Esprit: Aujourd'hui, si vous entendez sa voix, »Hé 3.7, Segond 1910

Passerelle hébreu – grec

Dans la Septante, λέγω traduit surtout le verbe hébreu ʾāmar (H559), « dire », l'un des verbes les plus fréquents de la Bible hébraïque. La formule narrative lēʾmōr, « en disant », qui introduit les paroles rapportées, devient λέγων ; c'est elle que Segond rend par « en ces mots ». Le style des Évangiles, avec ses « il leur dit » et ses « disant » en chaîne, prolonge ainsi la manière de raconter de l'Ancien Testament.

Un autre emploi pèse davantage. La formule prophétique neʾum YHWH (H5002), « oracle de l'Éternel », que Segond traduit « dit l'Éternel » ou « parole de l'Éternel » (Gn 22.16), est rendue en grec par λέγει κύριος, « dit le Seigneur ». Le Nouveau Testament la reprend en citant les prophètes (Rm 12.19 ; Hé 8.8), et l'Apocalypse la met dans la bouche de Dieu lui-même (Ap 1.8).

Le « En vérité » de Jésus vient lui aussi de l'hébreu : ʾāmēn (H543), de la racine ʾmn, « être solide, fiable ». Dans l'Ancien Testament, le peuple dit « Amen » après la malédiction ou la bénédiction prononcée par un autre (Dt 27.15 ; Né 8.6). Placé en tête de la phrase de Jésus, le mot change de fonction : il n'approuve plus, il engage.

Le débat

Par ses « Mais moi, je vous dis », Jésus abolit-il la loi de Moïse, l'interprète-t-il comme un maître juif, ou revendique-t-il une autorité propre ?

Daube a montré que la forme n'est pas étrangère au judaïsme, et Davies et Allison que le contenu reste fidèle à la Torah, que Matthieu dit ne pas abolir. Mais Käsemann voit juste sur un point : aucun texte rabbinique n'appuie l'interprétation sur le seul « moi » de celui qui parle, sans autorité ni Écriture à l'appui. La foule le remarque (Mt 7.29). Jésus ne détruit pas la loi ; il en est l'interprète souverain.

Portée théologique

Un verbe aussi courant n'a pas de théologie par lui-même ; c'est celui qui parle qui donne poids à la parole. Les prophètes disaient « ainsi parle l'Éternel » et s'effaçaient derrière celui qui les envoyait. Jésus dit « je vous dis ». Cette différence de grammaire est une différence de personne : dans les Évangiles, la parole de Jésus occupe la place que l'Ancien Testament réservait à la parole de Dieu. Aussi la foule est-elle frappée de ce qu'il enseigne « comme ayant autorité, et non pas comme leurs scribes » (Mt 7.29), et Jésus peut-il dire que ses paroles ne passeront point (Mt 24.35).

Le « En vérité, je vous le dis » va dans le même sens. Joachim Jeremias y voyait une marque propre à la manière de parler de Jésus, sans vrai parallèle dans le judaïsme de son temps ; Klaus Berger a contesté cette originalité en rattachant la formule à des usages juifs de serment et de révélation. Quoi qu'il en soit de l'origine, l'usage des Évangiles est clair : Jésus se porte lui-même garant de ce qu'il annonce, qu'il s'agisse de la nouvelle naissance (Jn 3.3), du paradis promis au brigand (Lc 23.43) ou de sa propre préexistence (Jn 8.58).

Pour la prédication, deux applications en découlent. D'abord la question de Césarée, « Et vous, qui dites-vous que je suis ? » (Mt 16.15), rappelle que la foi commence par une parole personnelle sur Jésus, non par l'opinion des foules. Ensuite, le présent « ce que l'Esprit dit aux Églises » (Ap 2.7) invite à lire l'Écriture comme une parole adressée aujourd'hui, et non comme une archive : Dieu « dit » encore.

Chaîne : La parole qui fait autorité

  1. Gn 1.3 Dieu dit, et cela est : « Dieu dit: Que la lumière soit! Et la lumière fut. »
  2. Ps 33.9 Il dit, et la chose arrive : « Car il dit, et la chose arrive; Il ordonne, et elle existe. »
  3. És 55.11 La parole ne revient pas sans effet : « Ainsi en est-il de ma parole, qui sort de ma bouche: Elle ne retourne point à moi sans effet, Sans avoir exécuté ma volonté Et accompli mes desseins. »
  4. Jr 1.9 Des paroles mises dans la bouche : « Puis l'Éternel étendit sa main, et toucha ma bouche; et l'Éternel me dit: Voici, je mets mes paroles dans ta bouche. »
  5. Mt 5.22 Mais moi, je vous dis : « Mais moi, je vous dis que quiconque se met en colère contre son frère mérite d'être puni par les juges; que celui qui dira à son frère: Raca! mérite d'être puni par le sanhédrin; et que celui qui lui dira: Insensé! mérite d'être puni par le feu de la géhenne. »
  6. Mt 5.44 Aimez vos ennemis : « Mais moi, je vous dis: Aimez vos ennemis, bénissez ceux qui vous maudissent, faites du bien à ceux qui vous haïssent, et priez pour ceux qui vous maltraitent et qui vous persécutent, »
  7. Mt 7.29 Non pas comme les scribes : « car il enseignait comme ayant autorité, et non pas comme leurs scribes. »
  8. Mt 16.15 Qui dites-vous que je suis ? : « Et vous, leur dit-il, qui dites-vous que je suis? »
  9. Jn 8.58 Avant qu'Abraham fût : « Jésus leur dit: En vérité, en vérité, je vous le dis, avant qu'Abraham fût, je suis. »
  10. Jn 14.10 Les paroles que je vous dis : « Ne crois-tu pas que je suis dans le Père, et que le Père est en moi? Les paroles que je vous dis, je ne les dis pas de moi-même; et le Père qui demeure en moi, c'est lui qui fait les œuvres. »
  11. Hé 1.1 Dieu a parlé par le Fils : « Après avoir autrefois, à plusieurs reprises et de plusieurs manières, parlé à nos pères par les prophètes, Dieu, »
  12. Ap 2.7 Ce que l'Esprit dit aux Églises : « Que celui qui a des oreilles entende ce que l'Esprit dit aux Églises: À celui qui vaincra je donnerai à manger de l'arbre de vie, qui est dans le paradis de Dieu. »

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Bibliographie

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