ʿam עַם
Strong H5971 · nom masculin · peuple · 1866 occurrences
Le peuple compris comme une communauté de parenté et d'appartenance, plus que comme un État. Avec le possessif divin, « mon peuple », il devient le mot central de l'alliance : « je serai votre Dieu, et vous serez mon peuple ».
Racine et étymologie
Le nom ʿam est commun à plusieurs langues sémitiques. Dans les plus anciens emplois, il semble désigner d'abord le parent du côté paternel, l'oncle ou le clan : en amorite et en arabe, ʿamm signifie « oncle paternel ». Le lexique STEPBible distingue d'ailleurs un ʿam « parent, proche » (H5971b) à côté du sens courant « peuple ». Des noms propres comme Amminadab, Ammiel ou Roboam (« le parent s'est élargi ») gardent la trace de ce sens familial, où le dieu est appelé « le Parent ».
On comprend ainsi l'expression typique « être recueilli auprès de son peuple » (Gn 25.8), dite d'Abraham à sa mort : le mot désigne là les ancêtres, la parenté qui précède. De même, être « retranché du milieu de son peuple » (Gn 17.14), c'est être exclu de la communauté de parenté.
Le mot est extrêmement fréquent, surtout dans l'Exode, Jérémie, Ésaïe et les Psaumes. Au singulier avec l'article, hāʿām désigne souvent « le peuple » par opposition à ses chefs, ou simplement « les gens ». Au pluriel, ʿammîm signifie « les peuples », c'est-à-dire l'ensemble des nations, ce qui le rapproche alors du mot gôy.
Sens et emplois
Parenté, ancêtres
Le sens ancien de communauté familiale survit dans les formules de mort : le défunt rejoint les siens.
« il fut recueilli auprès de son peuple. »Gn 25.8, Segond 1910
Le peuple, la population
Un groupe humain uni par l'origine, la langue ou l'histoire, souvent avec un jugement sur sa conduite collective.
« Je vois que ce peuple est un peuple au cou roide. »Ex 32.9, Segond 1910
« Mon peuple » : Israël appartenant à Dieu
Avec le possessif, le mot exprime l'attachement de Dieu à Israël. C'est le langage de l'Exode : Dieu voit la souffrance de « son » peuple et le revendique devant Pharaon.
« J'ai vu la souffrance de mon peuple qui est en Égypte, »Ex 3.7, Segond 1910
« Pas mon peuple » : la rupture et sa réparation
Osée nomme son troisième enfant Lo-Ammi, « pas mon peuple », pour signifier l'alliance rompue. La promesse finale renverse le nom.
« Donne-lui le nom de Lo-Ammi; car vous n'êtes pas mon peuple, et je ne suis pas votre Dieu. »Os 1.9, Segond 1910
Les peuples
Au pluriel, l'ensemble des nations. Les prophètes annoncent que les peuples eux-mêmes invoqueront le nom de l'Éternel.
« Alors je donnerai aux peuples des lèvres pures, Afin qu'ils invoquent tous le nom de l'Éternel, »So 3.9, Segond 1910
Passerelle hébreu – grec
La Septante traduit ʿam très régulièrement par λαός, et réserve ἔθνος pour gôy. Cette répartition, sans être absolue, a eu une conséquence durable : dans le grec biblique, λαός devient le mot du peuple de Dieu, tandis que τὰ ἔθνη désigne « les nations », c'est-à-dire les païens. Le Nouveau Testament hérite de cette distinction.
C'est pourquoi un texte comme Actes 15.14 est si frappant : Dieu choisit « du milieu des nations » (ἔθνη) « un peuple » (λαός) qui porte son nom. Paul cite Osée en Romains 9.25, et Pierre l'applique à des croyants venus du paganisme : « vous qui autrefois n'étiez pas un peuple, et qui maintenant êtes le peuple de Dieu » (1 P 2.10). Le vocabulaire de l'alliance avec Israël est ainsi élargi sans être abandonné. La Vulgate rend ʿam par populus, d'où « peuple » dans nos traductions.
Le débat
ʿam et gôy s'opposent-ils comme « peuple de Dieu » et « nations païennes », ou sont-ils deux façons de nommer la même réalité ?
- Parenté contre structure politique (E. A. Speiser, 1960) : Dans « "People" and "Nation" of Israel » (Journal of Biblical Literature), Speiser propose que ʿam désigne un groupe uni par des liens personnels et familiaux, tandis que gôy désigne une entité politique et territoriale. Israël est un ʿam par sa relation à Dieu, un gôy par son organisation.
- Une étude des désignations (Leonhard Rost, 1934) : Dans son étude sur les termes désignant le pays et le peuple, Rost a montré que ʿam s'emploie de préférence pour Israël dans sa relation à l'Éternel, gôy pour les autres nations, mais que la répartition n'est pas une règle stricte.
- Israël aussi est un gôy (Aelred Cody, 1964) : Dans « When Is the Chosen People Called a Gôy? » (Vetus Testamentum), Cody relève les textes où Israël est appelé gôy, notamment pour souligner sa constitution en nation (Gn 12.2, Ex 19.6). La distinction relève du contexte plus que du vocabulaire.
Les textes donnent raison à une distinction souple. Moïse peut dire « cette nation (gôy) est ton peuple (ʿam) » (Ex 33.13) : les deux mots coexistent pour Israël. Mais seul ʿam reçoit naturellement le possessif divin « mon peuple ». C'est ce lien d'appartenance, plus qu'une différence de nature, qui fait de ʿam le mot de l'alliance.
Portée théologique
Le mot ʿam porte la « formule d'alliance » qui traverse toute la Bible : « je serai votre Dieu, et vous serez mon peuple » (Ex 6.7 ; Lv 26.12 ; Jr 31.33 ; Éz 37.27 ; Ap 21.3). Elle dit que la relation précède la loi : Dieu se lie d'abord à un peuple, puis lui apprend à vivre selon ce lien. Le sens ancien de parenté éclaire cette formule : être « peuple de Dieu », c'est être de sa famille. Le Deutéronome souligne que ce choix ne repose sur aucun mérite : Israël est « la portion de l'Éternel » (Dt 32.9) par pure décision d'amour.
Osée donne à cette relation sa forme la plus dramatique. Le nom Lo-Ammi signifie que l'infidélité a vidé l'alliance de sa réalité : le lien de parenté semble défait. Mais le livre ne s'arrête pas là. Dieu promet de dire à Lo-Ammi : « Tu es mon peuple ! », et le peuple répondra : « Mon Dieu ! » (Os 2.23). La dernière parole n'appartient pas à la rupture mais à la réconciliation, et c'est Dieu qui la prononce.
Le Nouveau Testament lit dans ce renversement une ouverture. Paul et Pierre appliquent Osée à des croyants venus des nations : ceux qui n'étaient « pas un peuple » deviennent « le peuple de Dieu ». Ésaïe l'avait déjà osé en appelant l'Égypte « mon peuple » (És 19.25), et Ruth la Moabite en avait fait l'expérience : « ton peuple sera mon peuple, et ton Dieu sera mon Dieu ». Pour la prédication, le mot rappelle que la foi biblique n'est jamais purement individuelle : Dieu sauve en rassemblant un peuple.
Chaîne : Mon peuple
- Ex 3.7 Dieu voit son peuple opprimé : « L'Éternel dit: J'ai vu la souffrance de mon peuple qui est en Égypte, et j'ai entendu les cris que lui font pousser ses oppresseurs, car je connais ses douleurs. »
- Ex 6.7 Je vous prendrai pour mon peuple : « Je vous prendrai pour mon peuple, je serai votre Dieu, et vous saurez que c'est moi, l'Éternel, votre Dieu, qui vous affranchis des travaux dont vous chargent les Égyptiens. »
- Ex 19.5 Un bien propre entre les peuples : « Maintenant, si vous écoutez ma voix, et si vous gardez mon alliance, vous m'appartiendrez entre tous les peuples, car toute la terre est à moi; »
- Dt 7.6 Un peuple saint et choisi : « Car tu es un peuple saint pour l'Éternel, ton Dieu; l'Éternel, ton Dieu, t'a choisi, pour que tu fusses un peuple qui lui appartînt entre tous les peuples qui sont sur la face de la terre. »
- Rt 1.16 Ton peuple sera mon peuple : « Ruth répondit: Ne me presse pas de te laisser, de retourner loin de toi! Où tu iras j'irai, où tu demeureras je demeurerai; ton peuple sera mon peuple, et ton Dieu sera mon Dieu; »
- Jr 31.33 La nouvelle alliance : « Mais voici l'alliance que je ferai avec la maison d'Israël, Après ces jours-là, dit l'Éternel: Je mettrai ma loi au dedans d'eux, Je l'écrirai dans leur cœur; Et je serai leur Dieu, Et ils seront mon peuple. »
- Os 1.9 Lo-Ammi : « Et l'Éternel dit: Donne-lui le nom de Lo-Ammi; car vous n'êtes pas mon peuple, et je ne suis pas votre Dieu. »
- Os 2.23 Tu es mon peuple : « Je planterai pour moi Lo-Ruchama dans le pays, et je lui ferai miséricorde; je dirai à Lo-Ammi: Tu es mon peuple! et il répondra: Mon Dieu! »
- Rm 9.25 Paul cite Osée : « selon qu'il le dit dans Osée: J'appellerai mon peuple celui qui n'était pas mon peuple, et bien-aimée celle qui n'était pas la bien-aimée; »
- 1 P 2.10 Devenus le peuple de Dieu : « vous qui autrefois n'étiez pas un peuple, et qui maintenant êtes le peuple de Dieu, vous qui n'aviez pas obtenu miséricorde, et qui maintenant avez obtenu miséricorde. »
- Ap 21.3 Ils seront son peuple : « Et j'entendis du trône une forte voix qui disait: Voici le tabernacle de Dieu avec les hommes! Il habitera avec eux, et ils seront son peuple, et Dieu lui-même sera avec eux. »
Mots apparentés
- berît בְּרִית : alliance
- raḥămîm רַחֲמִים : compassion, entrailles
- ḥesed חֶסֶד : bonté fidèle
- ekklēsia ἐκκλησία : assemblée, Église
Autres mots du thème « Alliance et fidélité »
- ʾĕmet : fidélité, vérité
- ḥēn : faveur, grâce
- ṣedāqāh : justice, droiture
- mišpāṭ : jugement, droit
- eleos : miséricorde
- charis : grâce, faveur
- diathēkē : alliance, testament
- bayit : maison
Bibliographie
- E. A. Speiser, « "People" and "Nation" of Israel », Journal of Biblical Literature 79, 1960, p. 157-163.
- Aelred Cody, « When Is the Chosen People Called a Gôy? », Vetus Testamentum 14, 1964, p. 1-6.
- Leonhard Rost, « Die Bezeichnungen für Land und Volk im Alten Testament », dans Festschrift Otto Procksch, Leipzig, 1934.
- Rolf Rendtorff, Die « Bundesformel » : Eine exegetisch-theologische Untersuchung, Stuttgart, 1995.
- Hans Walter Wolff, Hosea, Hermeneia, Philadelphia, Fortress Press, 1974 (original allemand, 1961).
- Francis I. Andersen, David Noel Freedman, Hosea, Anchor Bible 24, Garden City, Doubleday, 1980.
- Theological Dictionary of the Old Testament, vol. 11, art. « ʿam ».
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