ʾîš אִישׁ

Strong H376 · nom masculin · homme, mari, chacun · 1662 occurrences

Le mot courant pour l'homme en tant qu'individu : l'homme face à la femme, le mari, la personne responsable de ses actes, et enfin « chacun ». Là où ʾādām dit l'humanité, ʾîš dit quelqu'un. Genèse 2.23 le met en couple avec ʾiššâ, « femme ».

Racine et étymologie

L'origine de ʾîš est discutée. Le mot a des correspondants dans d'autres langues sémitiques du Nord-Ouest, mais son étymologie reste incertaine. Une particularité frappe : son pluriel ordinaire n'est pas formé sur ʾîš mais sur une autre base, ʾănāšîm, « hommes », qui semble se rattacher à ʾĕnôš (H582), autre mot poétique pour l'homme. Certains lexiques rapprochent donc les deux termes d'une même racine ʾ-n-š, avec chute du n au singulier ; d'autres pensent que deux mots distincts se sont associés dans l'usage. Aucune solution ne s'impose.

Le féminin ʾiššâ (H802), « femme, épouse », ressemble fortement à ʾîš, mais les philologues le rattachent plutôt à la base ʾ-n-š (comparer l'araméen ʾinttā et l'arabe ʾunṯā). Le rapprochement de Genèse 2.23 n'est donc pas une étymologie au sens moderne : c'est un jeu de sonorités, que le narrateur exploite pour dire la parenté profonde de l'homme et de la femme.

Le mot est l'un des plus fréquents de la Bible hébraïque. Sa fréquence s'explique par ses emplois quasi grammaticaux : ʾîš sert de pronom distributif (« chacun »), d'indéfini (« quelqu'un », et avec la négation « personne »), et entre dans l'expression réciproque ʾîš … ʾāḥîw, « l'un… l'autre », littéralement « un homme… son frère ».

Sens et emplois

  1. L'homme face à la femme

    Le sens de base : l'être humain masculin, en relation avec la femme. Le cri d'Adam joue sur ʾîš et ʾiššâ pour dire que la femme est de même nature que lui.

    « Et l'homme dit: Voici cette fois celle qui est os de mes os et chair de ma chair! on l'appellera femme, parce qu'elle a été prise de l'homme. »Gn 2.23, Segond 1910
  2. Le mari

    Avec un suffixe possessif, ʾîš désigne l'époux : « son homme ». Osée oppose « mon mari » (ʾîšî) à « mon maître » (baʿlî) pour dire la relation renouvelée entre Dieu et son peuple.

    « En ce jour-là, dit l'Éternel, tu m'appelleras: Mon mari! et tu ne m'appelleras plus: Mon maître! »Os 2.16, Segond 1910
  3. Un homme qualifié

    Suivi d'un complément, ʾîš caractérise une personne par sa qualité ou sa fonction : « homme juste », « homme de guerre », « homme de Dieu », titre des prophètes.

    « Voici la postérité de Noé. Noé était un homme juste et intègre dans son temps; Noé marchait avec Dieu. »Gn 6.9, Segond 1910
  4. L'homme, et non Dieu

    L'homme dans sa limite et sa versatilité, par contraste avec la fidélité de Dieu. Balaam et Osée affirment que Dieu n'agit pas comme un ʾîš.

    « Dieu n'est point un homme pour mentir, Ni fils d'un homme pour se repentir. Ce qu'il a dit, ne le fera-t-il pas? Ce qu'il a déclaré, ne l'exécutera-t il pas? »Nb 23.19, Segond 1910
  5. Chacun

    Emploi distributif très fréquent : chaque individu pris à part. La conclusion des Juges en fait un diagnostic moral : chacun suit son propre jugement.

    « En ce temps-là, il n'y avait point de roi en Israël. Chacun faisait ce qui lui semblait bon. »Jg 21.25, Segond 1910

Passerelle hébreu – grec

La Septante rend ʾîš le plus souvent par ἀνήρ, « homme (mâle), mari », qui en reprend exactement les deux sens principaux. Quand le mot a valeur générale (« quelqu'un », « l'être humain »), elle emploie volontiers ἄνθρωπος ; pour le distributif « chacun », elle écrit ἕκαστος. En Genèse 2.23, le grec ne peut pas garder le jeu de mots : il traduit ʾiššâ par γυνή et ʾîš par ἀνήρ, deux mots sans rapport sonore.

Les traducteurs latins ont tenté de sauver la paronomase. Jérôme écrit en Genèse 2.23 « haec vocabitur virago quoniam de viro sumpta est », en forgeant sur vir (« homme ») le mot virago. Le français a essayé « hommesse » ; d'autres versions anglaises disent « woman » parce qu'elle a été tirée de « man ». Segond garde simplement « femme » et « homme » ; le lecteur doit donc savoir que l'hébreu fait entendre deux mots presque identiques.

Dans le Nouveau Testament, l'héritage de ʾîš se trouve surtout dans ἀνήρ. Jésus cite Genèse 2.24 en Matthieu 19.5, et Paul en Éphésiens 5.31, pour fonder l'unité du couple.

Le débat

Genèse 2.23 établit-il une hiérarchie entre l'homme et la femme, ou une égalité de nature ?

Le texte lui-même met l'accent sur la ressemblance : ʾîš et ʾiššâ se disent presque de la même manière, et la femme est « os de mes os ». La question du rang est une lecture postérieure, qui s'appuie davantage sur Gn 3.16 que sur 2.23. Paul lui-même, après avoir invoqué l'ordre de création, ajoute que « la femme n'est point sans l'homme, ni l'homme sans la femme » (1 Co 11.11).

Portée théologique

ʾΚ est le mot de la personne concrète et responsable. ʾĀdām dit l'espèce humaine tirée du sol ; ʾîš dit quelqu'un qui a un nom, un visage, une épouse, des actes. C'est pourquoi les grandes figures sont présentées comme des ʾîš : Noé « homme juste », Moïse « homme de Dieu », Job « intègre et droit ». Le Psaume 1 ouvre le psautier par « Heureux l'homme » : la sagesse biblique s'adresse à chacun personnellement.

Le mot apparaît d'abord dans une relation. En Genèse 2, l'homme ne se dit ʾîš qu'en découvrant ʾiššâ : l'identité humaine est reçue dans la rencontre. À l'inverse, la fin des Juges montre la dérive du « chacun » isolé, qui fait ce qui lui semble bon. Enfin, Osée retourne le mot vers Dieu : « je suis Dieu, et non pas un homme » (Os 11.9). Là où l'homme se lasse et se venge, Dieu renonce à sa colère. Pour la prédication, ce contraste éclaire à la fois la dignité de la personne et sa limite, et prépare le mystère de l'incarnation, où Dieu se fait homme sans cesser d'être Dieu.

Chaîne : L'homme devant Dieu et devant l'autre

  1. Gn 2.23 ʾΚ et ʾiššâ : « Et l'homme dit: Voici cette fois celle qui est os de mes os et chair de ma chair! on l'appellera femme, parce qu'elle a été prise de l'homme. »
  2. Gn 2.24 Une seule chair : « C'est pourquoi l'homme quittera son père et sa mère, et s'attachera à sa femme, et ils deviendront une seule chair. »
  3. Gn 6.9 Noé, homme juste : « Voici la postérité de Noé. Noé était un homme juste et intègre dans son temps; Noé marchait avec Dieu. »
  4. Nb 23.19 Dieu n'est pas un homme : « Dieu n'est point un homme pour mentir, Ni fils d'un homme pour se repentir. Ce qu'il a dit, ne le fera-t-il pas? Ce qu'il a déclaré, ne l'exécutera-t il pas? »
  5. Dt 33.1 Moïse, homme de Dieu : « Voici la bénédiction par laquelle Moïse, homme de Dieu, bénit les enfants d'Israël, avant sa mort. »
  6. Jg 21.25 Chacun pour soi : « En ce temps-là, il n'y avait point de roi en Israël. Chacun faisait ce qui lui semblait bon. »
  7. Ps 1.1 Heureux l'homme : « Heureux l'homme qui ne marche pas selon le conseil des méchants, Qui ne s'arrête pas sur la voie des pécheurs, Et qui ne s'assied pas en compagnie des moqueurs, »
  8. Os 11.9 Je suis Dieu, et non un homme : « Je n'agirai pas selon mon ardente colère, Je renonce à détruire Éphraïm; Car je suis Dieu, et non pas un homme, Je suis le Saint au milieu de toi; Je ne viendrai pas avec colère. »
  9. Mt 19.5 Jésus cite la Genèse : « et qu'il dit: C'est pourquoi l'homme quittera son père et sa mère, et s'attachera à sa femme, et les deux deviendront une seule chair? »
  10. Ep 5.31 Le mystère du couple : « C'est pourquoi l'homme quittera son père et sa mère, et s'attachera à sa femme, et les deux deviendront une seule chair. »

Mots apparentés

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Bibliographie

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