erchomai ἔρχομαι

Strong G2064 · verbe · venir, aller · 629 occurrences

Le verbe le plus courant du mouvement en grec, qui devient dans le Nouveau Testament un mot de l'espérance : Jésus est « celui qui vient », venu dans le monde pour sauver, attendu à nouveau dans la gloire. L'Église y répond par sa prière la plus ancienne : « Viens, Seigneur Jésus ! »

Racine et étymologie

Ἔρχομαι est un verbe « supplétif » : comme le français « aller » (je vais, j'irai, je suis allé), il emprunte ses temps à plusieurs racines différentes. Le présent vient d'un thème ἐρχ-, tandis que l'aoriste ἦλθον, « je vins », et le futur ἐλεύσομαι, « je viendrai », proviennent d'un thème ἐλ(ευ)θ- de même origine que le latin ancien et d'autres langues indo-européennes. Pour le lecteur de la Bible, cela signifie qu'un même mot se cache sous des formes très dissemblables : ἐρχόμενος, « venant », ἦλθεν, « il vint », ἐλθέτω, « qu'il vienne ».

Le verbe a une forme moyenne, mais un sens actif. Il peut signifier « venir » (vers celui qui parle) comme « aller » (vers un autre lieu), et entre dans de nombreux composés : εἰσέρχομαι, « entrer », ἐξέρχομαι, « sortir », προσέρχομαι, « s'approcher », ἀπέρχομαι, « s'en aller ». Le nom παρουσία, « présence, arrivée », n'en dérive pas, mais il est souvent employé en parallèle pour la venue du Christ.

Le Nouveau Testament l'emploie 629 fois selon l'outil de comptage du site, dont une large part dans l'Évangile de Jean (157), qui en fait un mot théologique : le Fils est « venu » du Père, et celui qui « vient » à lui reçoit la vie. Le participe présent ὁ ἐρχόμενος, « celui qui vient », est devenu un véritable titre messianique.

Sens et emplois

  1. Venir, aller, au sens ordinaire

    Le déplacement d'une personne d'un lieu à un autre. L'invitation de Jésus aux premiers disciples montre déjà comment le geste banal devient appel à suivre.

    « Venez, leur dit-il, et voyez. »Jn 1.39, Segond 1910
  2. « Celui qui vient » : le Messie attendu

    Le participe sert de titre au libérateur annoncé par les prophètes. Jean-Baptiste, en prison, demande si Jésus est bien celui-là.

    « Es-tu celui qui doit venir, ou devons-nous en attendre un autre? »Mt 11.3, Segond 1910
  3. La venue du Fils dans le monde

    Formule de mission : le Christ « est venu » pour un but précis, chercher, sauver, accomplir. L'aoriste résume toute sa vie terrestre en un acte.

    « Car le Fils de l'homme est venu chercher et sauver ce qui était perdu. »Lc 19.10, Segond 1910
  4. La venue du Fils de l'homme dans la gloire

    Reprenant Daniel 7.13, Jésus annonce le Fils de l'homme « venant sur les nuées ». Le texte nourrit l'attente de son retour et le débat sur son interprétation.

    « elles verront le Fils de l'homme venant sur les nuées du ciel avec puissance et une grande gloire. »Mt 24.30, Segond 1910
  5. Venir à Jésus : croire

    Chez Jean, « venir à » Jésus équivaut à croire en lui. La promesse est inconditionnelle : celui qui vient n'est pas repoussé.

    « je ne mettrai pas dehors celui qui vient à moi; »Jn 6.37, Segond 1910
  6. L'appel de l'Église : « Viens ! »

    L'impératif conclut la Bible. Au « je viens bientôt » du Christ répond la prière des croyants, équivalent grec de l'araméen Maranatha.

    « Oui, je viens bientôt. Amen! Viens, Seigneur Jésus! »Ap 22.20, Segond 1910

Passerelle hébreu – grec

Dans la Septante, ἔρχομαι traduit surtout l'hébreu bôʾ (H935), « venir, entrer », l'un des verbes les plus fréquents de la Bible hébraïque, et plus rarement hālak, « aller ». C'est par ce canal que les grandes promesses de venue passent dans le grec : « Béni soit celui qui vient au nom de l'Éternel » (Ps 118.26), acclamation reprise par la foule des Rameaux (Mt 21.9) ; le Fils d'homme « venant » avec les nuées (Dn 7.13) ; « voici, il vient » du messager de Malachie 3.1.

La traduction a une conséquence importante : l'hébreu bôʾ dit souvent la venue de Dieu lui-même pour juger et sauver (« il vient pour juger la terre », Ps 96.13). En appliquant à Jésus le même verbe, les évangélistes laissent entendre qu'en lui c'est Dieu qui vient visiter son peuple. L'Apocalypse pousse la logique jusqu'au bout en modifiant le nom divin : Dieu n'est pas seulement « celui qui sera », mais « celui qui est, qui était, et qui vient » (Ap 1.8). Le latin a rendu le verbe par « venire », d'où l'Avent (adventus), temps de l'attente de celui qui vient.

Le débat

Quand Jésus annonce la « venue » du Fils de l'homme, parle-t-il d'un retour futur, d'un événement déjà accompli, ou des deux ?

Le vocabulaire lui-même donne raison à Cullmann : le Nouveau Testament dit à la fois « il est venu » (Lc 19.10) et « il viendra » (Ac 1.11). La prière « Viens » ne nie pas la première venue, elle s'appuie sur elle. Les lectures de Dodd et de Wright rappellent utilement que tout ne se joue pas à la fin ; celle de Schweitzer oblige à prendre au sérieux l'urgence de l'attente.

Portée théologique

Peu de mots résument aussi bien la foi chrétienne qu'un simple verbe de mouvement. L'Évangile tient en deux temps : « il est venu » et « il viendra ». La première venue est un acte de recherche (Lc 19.10) : Dieu ne se contente pas d'attendre que l'homme monte vers lui, il descend, il vient « chez les siens » (Jn 1.11), au risque de n'être pas reçu. La seconde est une promesse : celui qui est parti préparer une place reviendra (Jn 14.3).

Entre les deux, l'Église vit d'une prière. L'araméen Maranatha, conservé tel quel par Paul en 1 Corinthiens 16.22 et par la Didachè dans sa prière eucharistique, est sans doute l'une des plus anciennes invocations chrétiennes ; l'Apocalypse en donne l'équivalent grec, « Viens, Seigneur Jésus ». Que des croyants de langue grecque aient gardé un mot araméen montre que l'attente du retour remonte aux premières communautés de Palestine, et qu'elle s'adressait déjà à Jésus comme au Seigneur.

Pour la prédication, le verbe ouvre aussi une invitation. « Venez et voyez », dit Jésus ; « que celui qui a soif vienne », répond l'Apocalypse (Ap 22.17). La venue de Dieu appelle la venue de l'homme : la Cène elle-même annonce la mort du Seigneur « jusqu'à ce qu'il vienne » (1 Co 11.26), reliant le souvenir de la croix et l'espérance de la fin.

Chaîne : Celui qui vient

  1. Ps 96.13 Il vient pour juger la terre : « Devant l'Éternel! Car il vient, Car il vient pour juger la terre; Il jugera le monde avec justice, Et les peuples selon sa fidélité. »
  2. Ps 118.26 Béni soit celui qui vient : « Béni soit celui qui vient au nom de l'Éternel! Nous vous bénissons de la maison de l'Éternel. »
  3. Dn 7.13 Le Fils d'homme sur les nuées : « Je regardai pendant mes visions nocturnes, et voici, sur les nuées des cieux arriva quelqu'un de semblable à un fils de l'homme; il s'avança vers l'ancien des jours, et on le fit approcher de lui. »
  4. Ml 3.1 Voici, il vient : « Voici, j'enverrai mon messager; Il préparera le chemin devant moi. Et soudain entrera dans son temple le Seigneur que vous cherchez; Et le messager de l'alliance que vous désirez, voici, il vient, Dit l'Éternel des armées. »
  5. Mt 11.3 La question de Jean-Baptiste : « Es-tu celui qui doit venir, ou devons-nous en attendre un autre? »
  6. Mt 21.9 L'entrée à Jérusalem : « Ceux qui précédaient et ceux qui suivaient Jésus criaient: Hosanna au Fils de David! Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur! Hosanna dans les lieux très hauts! »
  7. Lc 19.10 Venu chercher et sauver : « Car le Fils de l'homme est venu chercher et sauver ce qui était perdu. »
  8. Jn 14.3 Je reviendrai : « Et, lorsque je m'en serai allé, et que je vous aurai préparé une place, je reviendrai, et je vous prendrai avec moi, afin que là où je suis vous y soyez aussi. »
  9. Ac 1.11 Il viendra de la même manière : « et dirent: Hommes Galiléens, pourquoi vous arrêtez-vous à regarder au ciel? Ce Jésus, qui a été enlevé au ciel du milieu de vous, viendra de la même manière que vous l'avez vu allant au ciel. »
  10. 1 Co 11.26 Jusqu'à ce qu'il vienne : « Car toutes les fois que vous mangez ce pain et que vous buvez cette coupe, vous annoncez la mort du Seigneur, jusqu'à ce qu'il vienne. »
  11. 1 Co 16.22 Maranatha : « Si quelqu'un n'aime pas le Seigneur, qu'il soit anathème! Maranatha. »
  12. Ap 22.20 Viens, Seigneur Jésus : « Celui qui atteste ces choses dit: Oui, je viens bientôt. Amen! Viens, Seigneur Jésus! »

Mots apparentés

Autres mots du thème « Messie, Royaume et Église »

Bibliographie

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