lāqaḥ לָקַח

Strong H3947 · verbe · prendre · 965 occurrences

Prendre, saisir, recevoir, emmener, épouser. Verbe des gestes les plus quotidiens, lāqaḥ dit aussi les actes décisifs de Dieu : il prend l'homme pour le placer au jardin, il prend Israël pour peuple, il prend Hénoc auprès de lui.

Racine et étymologie

La racine l-q-ḥ se retrouve en ugaritique et en phénicien avec le sens de « prendre », et l'akkadien possède un verbe apparenté (leqû). C'est un verbe fondamental de la langue, qui couvre tout le champ de la prise en main : saisir un objet, aller chercher quelqu'un, emporter un butin, acheter, recevoir un enseignement. Avec plus de neuf cents emplois, il figure parmi les verbes les plus fréquents de l'Ancien Testament ; la Genèse à elle seule en compte plus de cent quarante.

Sa conjugaison a une particularité : la première consonne l disparaît dans de nombreuses formes, comme si le verbe se comportait comme ceux qui commencent par n. L'impératif est qaḥ, « prends », et l'inaccompli yiqqaḥ, « il prendra ». C'est par cet impératif bref que commence l'ordre adressé à Abraham sur le mont Morija : « Prends ton fils » (Gn 22.2).

Le dérivé le plus intéressant est le nom leqaḥ, « ce que l'on reçoit », d'où « enseignement, doctrine » dans les Proverbes : l'instruction est ce que l'élève « prend » de son maître. Un autre dérivé, malqôaḥ, désigne le butin, ce qui est pris à la guerre. Le verbe exprime aussi le mariage : « prendre une femme » est la formule hébraïque ordinaire pour épouser, sans que l'expression implique en elle-même une contrainte.

Sens et emplois

  1. Prendre, saisir, aller chercher

    Le sens concret, très fréquent : prendre en main, emmener avec soi. Dans le récit de la création, Dieu lui-même prend l'homme et l'établit dans le jardin avec une mission.

    « L'Éternel Dieu prit l'homme, et le plaça dans le jardin d'Eden pour le cultiver et pour le garder. »Gn 2.15, Segond 1910
  2. Prendre femme, épouser

    La formule habituelle du mariage. Le récit d'Isaac et de Rebecca montre que ce « prendre » peut être lié à l'amour et à la consolation.

    « Isaac conduisit Rebecca dans la tente de Sara, sa mère; il prit Rebecca, qui devint sa femme, et il l'aima. Ainsi fut consolé Isaac, après avoir perdu sa mère. »Gn 24.67, Segond 1910
  3. Dieu prend un peuple pour lui

    Le verbe entre dans la formule d'alliance. Comme on « prend » une épouse, Dieu « prend » Israël pour qu'il soit son peuple.

    « Je vous prendrai pour mon peuple, je serai votre Dieu, et vous saurez que c'est moi, l'Éternel, votre Dieu, qui vous affranchis des travaux dont vous chargent les Égyptiens. »Ex 6.7, Segond 1910
  4. Ôter, reprendre

    Prendre peut signifier retirer ce qui avait été donné. La confession de Job unit les deux gestes de Dieu dans une même bénédiction.

    « L'Éternel a donné, et l'Éternel a ôté; que le nom de l'Éternel soit béni! »Jb 1.21, Segond 1910
  5. Enlever auprès de Dieu

    Dans quelques textes, Dieu « prend » un homme auprès de lui, hors du cours ordinaire de la mort. C'est le cas d'Hénoc et d'Élie, et c'est l'espérance de certains psalmistes.

    « Hénoc marcha avec Dieu; puis il ne fut plus, parce que Dieu le prit. »Gn 5.24, Segond 1910
  6. Recevoir un enseignement

    Dans la sagesse, « prendre » les paroles du maître, c'est les recevoir et les faire siennes. Segond traduit alors par « recevoir ».

    « Mon fils, si tu reçois mes paroles, Et si tu gardes avec toi mes préceptes, »Pr 2.1, Segond 1910

Passerelle hébreu – grec

La Septante rend lāqaḥ principalement par λαμβάνω, « prendre, recevoir », qui a exactement la même double valeur que le verbe hébreu : un geste actif (saisir) et un geste d'accueil (recevoir). Elle emploie aussi des composés selon le contexte, comme παραλαμβάνω, « prendre avec soi », ou ἀφαιρέω, « enlever ». Pour Hénoc, elle choisit μετατίθημι, « transférer, déplacer » : « Dieu le transféra ». L'épître aux Hébreux reprend ce mot pour dire qu'Hénoc « fut enlevé pour qu'il ne vît point la mort » (Hé 11.5).

Dans le Nouveau Testament, λαμβάνω est très fréquent et souvent chargé de sens. À la Cène, Jésus « prit du pain » puis dit « Prenez, mangez » (Mt 26.26) : le geste de prendre devient celui de recevoir le don. Jean emploie le même verbe pour ceux qui « ont reçu » la Parole (Jn 1.12). Segond rend lāqaḥ par « prendre », « recevoir », « emmener », « enlever » ou « épouser » selon le contexte.

Le débat

Quand un psalmiste dit que Dieu le « prendra » (Ps 49.16 ; 73.24), exprime-t-il une espérance au-delà de la mort ?

Le parallèle avec Hénoc et Élie est trop net pour être fortuit : en Psaume 73.24, « tu me recevras dans la gloire » vient après une méditation sur la fin des méchants, et le psalmiste ajoute « Quel autre ai-je au ciel que toi! » (Ps 73.25). Sans projeter sur ces textes une doctrine achevée, on peut y lire avec Levenson une espérance qui dépasse la seule délivrance terrestre.

Portée théologique

Lāqaḥ rappelle que la relation avec Dieu commence par une initiative de sa part. Dieu « prend » l'homme et le place au jardin, il « prend » Israël du milieu de l'Égypte pour en faire son peuple (Dt 4.20), comme un homme prend une épouse. L'alliance n'est pas d'abord un contrat négocié, mais un choix : être pris par Dieu, c'est lui appartenir.

Le même verbe dit aussi ce que Dieu reprend, et la Bible n'efface pas cette part obscure. Job confesse que l'Éternel a donné et qu'il a ôté, et Abraham entend l'ordre terrible : « Prends ton fils ». La foi biblique ne promet pas que Dieu ne prendra jamais rien ; elle apprend à bénir son nom dans les deux mouvements.

Enfin, lāqaḥ ouvre une fenêtre sur l'espérance. Hénoc et Élie sont « pris » par Dieu, et le psalmiste espère être « reçu dans la gloire ». Pour la prédication, le Nouveau Testament inverse le geste : à la Cène, c'est le Christ qui prend le pain et dit « Prenez ». Celui que Dieu a pris peut à son tour recevoir le don.

Chaîne : Pris par Dieu

  1. Gn 2.15 L'homme placé au jardin : « L'Éternel Dieu prit l'homme, et le plaça dans le jardin d'Eden pour le cultiver et pour le garder. »
  2. Gn 5.24 Hénoc enlevé : « Hénoc marcha avec Dieu; puis il ne fut plus, parce que Dieu le prit. »
  3. Gn 22.2 Prends ton fils : « Dieu dit: Prends ton fils, ton unique, celui que tu aimes, Isaac; va-t'en au pays de Morija, et là offre-le en holocauste sur l'une des montagnes que je te dirai. »
  4. Ex 6.7 Je vous prendrai pour mon peuple : « Je vous prendrai pour mon peuple, je serai votre Dieu, et vous saurez que c'est moi, l'Éternel, votre Dieu, qui vous affranchis des travaux dont vous chargent les Égyptiens. »
  5. Dt 4.20 Pris de la fournaise de fer : « Mais vous, l'Éternel vous a pris, et vous a fait sortir de la fournaise de fer de l'Égypte, afin que vous fussiez un peuple qui lui appartînt en propre, comme vous l'êtes aujourd'hui. »
  6. 2 R 2.10 Élie enlevé : « Élie dit: Tu demandes une chose difficile. Mais si tu me vois pendant que je serai enlevé d'avec toi, cela t'arrivera ainsi; sinon, cela n'arrivera pas. »
  7. Jb 1.21 Donné et ôté : « et dit: Je suis sorti nu du sein de ma mère, et nu je retournerai dans le sein de la terre. L'Éternel a donné, et l'Éternel a ôté; que le nom de l'Éternel soit béni! »
  8. Ps 49.16 Il me prendra : « Mais Dieu sauvera mon âme du séjour des morts, Car il me prendra sous sa protection. -Pause. »
  9. Ps 73.24 Reçu dans la gloire : « Tu me conduiras par ton conseil, Puis tu me recevras dans la gloire. »
  10. Mt 26.26 Prenez, mangez : « Pendant qu'ils mangeaient, Jésus prit du pain; et, après avoir rendu grâces, il le rompit, et le donna aux disciples, en disant: Prenez, mangez, ceci est mon corps. »
  11. Jn 1.12 Ceux qui l'ont reçue : « Mais à tous ceux qui l'ont reçue, à ceux qui croient en son nom, elle a donné le pouvoir de devenir enfants de Dieu, »

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Bibliographie

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