rāʾāh רָאָה

Strong H7200 · verbe · voir · 1290 occurrences

Le verbe courant pour « voir », qui va du simple regard à la vision prophétique. Il dit aussi le regard de Dieu : Dieu voit sa création, voit la détresse de son peuple, voit le cœur, et « pourvoit ». Voir Dieu, enfin, est le désir et la crainte du croyant.

Racine et étymologie

La racine r-ʾ-h est propre au sémitique du Nord-Ouest et à l'arabe (raʾā, « voir ») ; l'akkadien emploie d'autres verbes. En hébreu biblique, rāʾāh est le verbe ordinaire de la vue, et l'un des plus fréquents de l'Ancien Testament, avec une présence massive dans la Genèse, les Psaumes, l'Exode, Ésaïe et Ézéchiel. Son champ dépasse largement l'œil : voir, c'est aussi remarquer, examiner, comprendre, choisir, faire l'expérience de quelque chose (« voir la mort », « voir le bonheur »).

Les thèmes dérivés sont importants. Le nifal, nirʾāh, signifie « être vu, se laisser voir, apparaître » : c'est le verbe des apparitions de Dieu aux patriarches (« l'Éternel apparut à Abram »). Le hifil, herʾāh, veut dire « faire voir, montrer » : Dieu « montrera » le pays à Abraham. Le même verbe couvre donc les deux côtés d'une rencontre : celui qui voit et celui qui se montre.

Plusieurs mots en dérivent. Le rōʾeh, « voyant », est l'ancien nom du prophète (1 S 9.9). Le mar'eh désigne l'apparence, ce qui se voit, et la mar'āh la vision. Le nom de Ruben se rattache populairement à « voyez, un fils » (Gn 29.32), et le lieu nommé par Agar, Atta-El-roï, célèbre « le Dieu qui me voit ».

Sens et emplois

  1. Voir, constater

    Le sens premier, appliqué dès la création au regard de Dieu sur son œuvre. Voir y est déjà juger : Dieu constate que ce qu'il a fait est bon.

    « Dieu vit tout ce qu'il avait fait et voici, cela était très bon. »Gn 1.31, Segond 1910
  2. Le regard de Dieu sur la détresse

    Dieu voit la souffrance et ce regard l'engage à agir. Au buisson ardent, « j'ai vu » ouvre le récit de la libération d'Égypte.

    « J'ai vu la souffrance de mon peuple qui est en Égypte, »Ex 3.7, Segond 1910
  3. Voir le cœur

    Le regard humain s'arrête à l'apparence ; celui de Dieu discerne l'intérieur. Segond rend ici le verbe par « considérer » et « regarder ».

    « l'homme regarde à ce qui frappe les yeux, mais l'Éternel regarde au cœur. »1 S 16.7, Segond 1910
  4. Pourvoir

    « Voir à » quelque chose, c'est s'en occuper. Sur le mont Moria, le verbe donne son nom au lieu où Dieu a pourvu à l'agneau.

    « À la montagne de l'Éternel il sera pourvu. »Gn 22.14, Segond 1910
  5. Voir Dieu

    Contempler Dieu est à la fois l'aspiration suprême et un danger mortel. Moïse entend que nul ne peut voir la face de Dieu et vivre.

    « Tu ne pourras pas voir ma face, car l'homme ne peut me voir et vivre. »Ex 33.20, Segond 1910

Passerelle hébreu – grec

La Septante traduit rāʾāh principalement par ὁράω et sa forme d'aoriste εἶδον, « voir », ainsi que par βλέπω, « regarder ». Le nifal des apparitions devient très souvent ὤφθη, « il apparut, il se fit voir » : c'est précisément la forme que Paul emploie pour les apparitions du Ressuscité, « il est apparu à Céphas, puis aux douze » (1 Co 15.5). Le vocabulaire des théophanies de l'Ancien Testament sert ainsi à dire Pâques.

Le Nouveau Testament reprend le thème de la vision de Dieu. « Personne n'a jamais vu Dieu », affirme le prologue de Jean (Jn 1.18), en écho à Exode 33, mais le Fils l'a fait connaître ; et Jésus dit à Philippe : « Celui qui m'a vu a vu le Père » (Jn 14.9). La promesse ultime reste eschatologique : les cœurs purs « verront Dieu » (Mt 5.8). La Vulgate traduit par videre ; Segond varie entre « voir, regarder, considérer, apparaître, montrer, pourvoir ».

Le débat

En Genèse 22.14, le nom du lieu signifie-t-il « l'Éternel pourvoira » ou « l'Éternel est vu, apparaît » ?

Les deux lectures s'appuient sur le texte lui-même, puisque le verset emploie deux fois le verbe, à l'actif puis au passif. Garder l'ambiguïté est sans doute le plus fidèle : là où Dieu voit le besoin de l'homme, il se donne à voir. Segond privilégie « pourvoir », en harmonie avec le v. 8.

Portée théologique

Le premier regard de la Bible est celui de Dieu sur sa création, et il est bienveillant : « cela était très bon ». Le verbe rāʾāh dit ensuite que Dieu ne détourne pas les yeux de la souffrance. Agar, servante en fuite, découvre au désert « le Dieu qui me voit » ; Israël esclave entend au buisson ardent « j'ai vu ». Être vu par Dieu, c'est être compté, et ce regard est le premier geste du salut.

Le regard de Dieu est aussi un jugement qui traverse les apparences. À Samuel qui admire la taille d'Éliab, Dieu rappelle qu'il regarde au cœur. Cette parole console les petits et inquiète ceux qui se fient à leur prestige.

Voir Dieu demeure une limite : l'homme ne peut voir sa face et vivre. Pourtant Job, au terme de sa nuit, peut dire « mon œil t'a vu » (Jb 42.5) : la vraie connaissance de Dieu passe du ouï-dire à la rencontre personnelle. Le Nouveau Testament situe cette rencontre dans le Fils et la promet en plénitude à la fin des temps. Pour la prédication, le verbe invite à passer de la religion entendue à la foi vécue, et rappelle que nul n'échappe au regard de Dieu, ni dans la détresse ni dans le péché.

Chaîne : Le Dieu qui voit et se fait voir

  1. Gn 1.31 Cela était très bon : « Dieu vit tout ce qu'il avait fait et voici, cela était très bon. Ainsi, il y eut un soir, et il y eut un matin: ce fut le sixième jour. »
  2. Gn 16.13 Le Dieu qui me voit : « Elle appela Atta-El-roï le nom de l'Éternel qui lui avait parlé; car elle dit: Ai-je rien vu ici, après qu'il m'a vue? »
  3. Gn 22.14 Il sera pourvu : « Abraham donna à ce lieu le nom de Jehova-Jiré. C'est pourquoi l'on dit aujourd'hui: À la montagne de l'Éternel il sera pourvu. »
  4. Ex 3.7 J'ai vu la souffrance : « L'Éternel dit: J'ai vu la souffrance de mon peuple qui est en Égypte, et j'ai entendu les cris que lui font pousser ses oppresseurs, car je connais ses douleurs. »
  5. Ex 33.20 Nul ne peut voir ma face : « L'Éternel dit: Tu ne pourras pas voir ma face, car l'homme ne peut me voir et vivre. »
  6. 1 S 16.7 L'Éternel regarde au cœur : « Et l'Éternel dit à Samuel: Ne prends point garde à son apparence et à la hauteur de sa taille, car je l'ai rejeté. L'Éternel ne considère pas ce que l'homme considère; l'homme regarde à ce qui frappe les yeux, mais l'Éternel regarde au cœur. »
  7. Jb 42.5 Mon œil t'a vu : « Mon oreille avait entendu parler de toi; Mais maintenant mon œil t'a vu. »
  8. És 6.5 Mes yeux ont vu le Roi : « Alors je dis: Malheur à moi! je suis perdu, car je suis un homme dont les lèvres sont impures, j'habite au milieu d'un peuple dont les lèvres sont impures, et mes yeux ont vu le Roi, l'Éternel des armées. »
  9. Mt 5.8 Les cœurs purs verront Dieu : « Heureux ceux qui ont le cœur pur, car ils verront Dieu! »
  10. Jn 1.18 Personne n'a jamais vu Dieu : « Personne n'a jamais vu Dieu; le Fils unique, qui est dans le sein du Père, est celui qui l'a fait connaître. »

Mots apparentés

Autres mots du thème « Dieu et ses noms »

Bibliographie

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