yādaʿ יָדַע

Strong H3045 · verbe · connaître, savoir · 937 occurrences

Connaître par l'expérience et la relation, et non seulement par l'information. Le verbe va du simple savoir à l'intimité conjugale, au choix que Dieu fait d'un homme ou d'un peuple, et à la reconnaissance que l'homme doit à Dieu.

Racine et étymologie

La racine y-d-ʿ est commune à presque toutes les langues sémitiques : on la retrouve en akkadien (idû), en ougaritique, en araméen et en arabe. Partout, elle désigne la connaissance, mais l'hébreu biblique lui donne une amplitude remarquable. Connaître, ce n'est pas d'abord posséder une idée dans sa tête ; c'est être entré en contact avec une réalité, l'avoir éprouvée, en avoir fait l'expérience. On peut « connaître » la souffrance ou la guerre, comme on connaît une personne.

Le verbe se conjugue à plusieurs thèmes. Au qal, il signifie « savoir, connaître, reconnaître ». Au niphal, « être connu, se faire connaître ». Au hiphil, « faire connaître, enseigner » : Moïse demande à Dieu « tu ne me fais pas connaître qui tu enverras avec moi » (Ex 33.12). Le hitpaël, plus rare, signifie « se faire reconnaître », comme Joseph devant ses frères.

Plusieurs noms en dérivent. Le plus important est daʿat (H1847), « connaissance », dont Osée déplore l'absence en Israël. On trouve aussi môdaʿ, « parent, proche », c'est-à-dire celui que l'on connaît de l'intérieur de la famille, et le nom propre Yedaʿyah, « Yah sait ». Cette famille de mots montre que, pour l'hébreu, savoir et appartenir vont ensemble.

Sens et emplois

  1. Savoir, prendre conscience

    Le sens le plus courant : constater un fait, savoir qu'une chose est vraie. Après la faute, l'homme et la femme « connaissent » leur nudité ; ce savoir nouveau est aussi une perte d'innocence.

    « ils connurent qu'ils étaient nus »Gn 3.7, Segond 1910
  2. Union conjugale

    Le verbe désigne l'union sexuelle de l'homme et de la femme. Ce n'est pas une pudeur de vocabulaire seulement : l'union est présentée comme la connaissance la plus intime d'une autre personne.

    « Adam connut Eve, sa femme; elle conçut, et enfanta Caïn »Gn 4.1, Segond 1910
  3. Dieu connaît, c'est-à-dire choisit

    Quand Dieu est sujet, « connaître » signifie souvent élire, mettre à part pour une mission. Segond traduit ici « je vous ai choisis » ; Darby garde « je vous ai connus ». L'élection fonde une responsabilité plus grande.

    « Je vous ai choisis, vous seuls parmi toutes les familles de la terre »Am 3.2, Segond 1910
  4. Connaître Dieu dans l'alliance

    Connaître l'Éternel, c'est le reconnaître comme son Dieu, lui être fidèle et vivre selon sa volonté. La nouvelle alliance promet que cette connaissance ne sera plus réservée à quelques maîtres mais donnée à tous.

    « Car tous me connaîtront, Depuis le plus petit jusqu'au plus grand, dit l'Éternel »Jr 31.34, Segond 1910
  5. « Vous saurez que je suis l'Éternel »

    La formule de reconnaissance, fréquente dans l'Exode et surtout chez Ézéchiel, exprime le but des actes de Dieu : qu'Israël et les nations découvrent, par l'expérience de la délivrance ou du jugement, qui il est.

    « Et vous saurez que je suis l'Éternel. »Éz 37.6, Segond 1910

Passerelle hébreu – grec

La Septante rend yādaʿ le plus souvent par γινώσκω (ginōskō), « connaître, apprendre à connaître », et aussi par οἶδα (oida), « savoir ». Le grec classique associait volontiers la connaissance à la contemplation d'un objet par l'intelligence. En passant dans la Bible grecque, γινώσκω se charge du sens hébreu de relation : c'est pourquoi Jésus peut dire que la vie éternelle consiste à « connaître » le seul vrai Dieu (Jn 17.3), et Paul espérer connaître « comme j'ai été connu » (1 Co 13.12).

Le même héritage explique l'emploi conjugal : Marie demande « comment cela se fera-t-il, puisque je ne connais point d'homme ? » (Lc 1.34), reprenant exactement l'usage hébreu. La Vulgate a suivi avec « cognoscere », et nos traductions françaises ont conservé « connaître » jusque dans ce sens intime, ce qui surprend parfois le lecteur moderne mais restitue fidèlement l'original.

Le débat

Quand Dieu « connaît » Israël ou quand Israël doit « connaître » Dieu, le verbe a-t-il un sens juridique emprunté aux traités d'alliance, ou exprime-t-il plus largement une relation personnelle ?

Huffmon a mis en lumière un arrière-plan réel : la connaissance d'alliance implique reconnaissance mutuelle et obligations. Mais les emplois bibliques débordent ce cadre. Le verbe dit à la fois l'élection, l'intimité et la fidélité vécue, ce que « connaître » en français rend mieux que « savoir ».

Portée théologique

La Bible ne commence pas par définir Dieu ; elle raconte comment il se fait connaître. Le verbe yādaʿ porte cette pédagogie. Dieu agit « afin que vous sachiez » : la sortie d'Égypte, le retour d'exil, la résurrection des ossements desséchés chez Ézéchiel sont autant de leçons où Israël apprend qui est son Dieu en le voyant agir. La connaissance de Dieu est donc historique et expérimentale avant d'être doctrinale.

Mais le plus étonnant est que l'initiative vient d'abord de Dieu : avant que l'homme connaisse, il est connu. Jérémie est connu avant d'être formé (Jr 1.5), le psalmiste découvre qu'il est sondé jusque dans ses pensées (Ps 139.1), Paul se sait « connu » de Dieu (1 Co 13.12 ; Ga 4.9). Pour le croyant, c'est à la fois une consolation et une exigence : être connu de Dieu, c'est être aimé sans masque, mais aussi appelé à une fidélité qui se voit dans la justice envers les plus faibles. La promesse de la nouvelle alliance, reprise en Hébreux 8, annonce une connaissance de Dieu donnée à tous, fondée sur le pardon.

Chaîne : Connaître Dieu et être connu de lui

  1. Gn 18.19 Abraham choisi : « Car je l'ai choisi, afin qu'il ordonne à ses fils et à sa maison après lui de garder la voie de l'Éternel, en pratiquant la droiture et la justice, et qu'ainsi l'Éternel accomplisse en faveur d'Abraham les promesses qu'il lui a faites... »
  2. Ex 6.7 Vous saurez que je suis l'Éternel : « Je vous prendrai pour mon peuple, je serai votre Dieu, et vous saurez que c'est moi, l'Éternel, votre Dieu, qui vous affranchis des travaux dont vous chargent les Égyptiens. »
  3. Ex 33.12 Moïse connu par son nom : « Moïse dit à l'Éternel: Voici, tu me dis: Fais monter ce peuple! Et tu ne me fais pas connaître qui tu enverras avec moi. Cependant, tu as dit: Je te connais par ton nom, et tu as trouvé grâce à mes yeux. »
  4. 1 S 3.7 Samuel ne connaissait pas encore : « Samuel ne connaissait pas encore l'Éternel, et la parole de l'Éternel ne lui avait pas encore été révélée. »
  5. Ps 139.1 Tu me sondes et tu me connais : « Au chef des chantres. De David. Psaume. Éternel! tu me sondes et tu me connais, »
  6. Jr 1.5 Connu avant la naissance : « Avant que je t'eusse formé dans le ventre de ta mère, je te connaissais, et avant que tu fusses sorti de son sein, je t'avais consacré, je t'avais établi prophète des nations. »
  7. Jr 31.34 Tous me connaîtront : « Celui-ci n'enseignera plus son prochain, Ni celui-là son frère, en disant: Connaissez l'Éternel! Car tous me connaîtront, Depuis le plus petit jusqu'au plus grand, dit l'Éternel; Car je pardonnerai leur iniquité, Et je ne me souviendrai plus de leur péché. »
  8. Os 6.3 Cherchons à connaître l'Éternel : « Connaissons, cherchons à connaître l'Éternel; Sa venue est aussi certaine que celle de l'aurore. Il viendra pour nous comme la pluie, Comme la pluie du printemps qui arrose la terre. »
  9. Jn 17.3 La vie éternelle : « Or, la vie éternelle, c'est qu'ils te connaissent, toi, le seul vrai Dieu, et celui que tu as envoyé, Jésus-Christ. »
  10. 1 Co 13.12 Connaître comme j'ai été connu : « Aujourd'hui nous voyons au moyen d'un miroir, d'une manière obscure, mais alors nous verrons face à face; aujourd'hui je connais en partie, mais alors je connaîtrai comme j'ai été connu. »
  11. Ph 3.10 Connaître Christ : « Afin de connaître Christ, et la puissance de sa résurrection, et la communion de ses souffrances, en devenant conforme à lui dans sa mort, »

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Bibliographie

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