hālak הָלַךְ

Strong H1980 · verbe · aller, marcher · 1539 occurrences

Le verbe du mouvement par excellence : aller, partir, marcher. Très tôt, il devient l'image de toute une manière de vivre : « marcher avec Dieu », « marcher dans ses voies ». La foi biblique se dit ainsi comme un chemin parcouru en présence de Dieu.

Racine et étymologie

La racine h-l-k est commune aux langues sémitiques : on la trouve en akkadien (alāku, « aller »), en ugaritique, en phénicien et en araméen. Il s'agit d'un mot de la vie la plus ordinaire, qui dit le déplacement à pied : on va au champ, on part en voyage, on suit quelqu'un. Sa fréquence est énorme, puisque hālak figure parmi les verbes les plus employés de l'Ancien Testament, avec une présence particulièrement forte dans les livres de Samuel, des Rois, la Genèse, Jérémie et les Juges, qui sont riches en récits de déplacements.

La forme la plus intéressante pour la théologie est le thème hitpaël, hithallēk, qui exprime un mouvement répété ou prolongé : « aller et venir, se promener, marcher de long en large ». C'est ce thème qu'emploie la Genèse pour Hénoc et Noé qui « marchaient avec Dieu », et pour Dieu lui-même qui « parcourait » le jardin d'Éden. Le verbe ne désigne plus alors un trajet d'un point à un autre, mais une manière d'être habituelle, un compagnonnage dans la durée.

Comme pour d'autres verbes, la première consonne h tombe dans plusieurs formes : l'impératif lēk, « va », l'inaccompli ʾēlēk, « je vais ». Le dérivé le plus connu n'est pas biblique : la halakhah du judaïsme rabbinique, « la marche », désigne l'ensemble des règles qui disent comment conduire sa vie selon la Torah. Le mot prolonge fidèlement l'image biblique : la loi est un chemin sur lequel on avance.

Sens et emplois

  1. Aller, partir

    Le sens premier : quitter un lieu pour un autre. L'histoire d'Abraham commence par un impératif de ce verbe, un appel à partir sans savoir où.

    « Va-t-en de ton pays, de ta patrie, et de la maison de ton père, dans le pays que je te montrerai. »Gn 12.1, Segond 1910
  2. Marcher avec Dieu

    Au thème hitpaël, la marche devient une communion durable. Hénoc et Noé sont les deux hommes dont la Genèse dit qu'ils « marchaient avec Dieu », formule qui résume une vie entière.

    « Hénoc marcha avec Dieu; puis il ne fut plus, parce que Dieu le prit. »Gn 5.24, Segond 1910
  3. Marcher devant Dieu

    Variante de la formule : vivre sous le regard de Dieu, comme un serviteur devant son maître. L'intégrité est la condition de cette marche.

    « Marche devant ma face, et sois intègre. »Gn 17.1, Segond 1910
  4. Se conduire, vivre selon une voie

    Le verbe désigne la conduite morale. On marche « dans les voies » de Dieu ou « selon le conseil des méchants » : chaque vie suit un chemin qui a une direction.

    « Heureux l'homme qui ne marche pas selon le conseil des méchants, »Ps 1.1, Segond 1910
  5. Dieu qui marche au milieu des siens

    Dieu lui-même est sujet du verbe : il accompagne son peuple. La promesse de sa présence mobile est au cœur de l'alliance.

    « Je marcherai au milieu de vous, je serai votre Dieu, et vous serez mon peuple. »Lv 26.12, Segond 1910

Passerelle hébreu – grec

La Septante rend hālak surtout par πορεύομαι, « aller, faire route », et par περιπατέω, « marcher, circuler ». Pour la formule d'Hénoc, elle fait un choix d'interprétation remarquable : au lieu de traduire « marcha avec Dieu », elle écrit εὐηρέστησεν τῷ θεῷ, « il fut agréable à Dieu ». L'épître aux Hébreux suit ce texte grec quand elle dit d'Hénoc qu'avant son enlèvement « il avait reçu le témoignage d'avoir été agréable à Dieu » (Hé 11.5).

Dans le Nouveau Testament, περιπατέω hérite pleinement du sens moral hébreu. Paul exhorte à « marcher selon l'Esprit » (Ga 5.16) et à « marcher d'une manière digne » de la vocation reçue (Ep 4.1), et Jean parle de « marcher dans la lumière » (1 Jn 1.7). Le français de Segond garde souvent l'image en traduisant littéralement « marcher », là où des versions modernes écrivent « vivre » ou « se conduire » : le lecteur perd alors le lien avec la marche d'Hénoc et d'Abraham.

Le débat

Que signifie la fin d'Hénoc, qui « marcha avec Dieu » puis « ne fut plus, parce que Dieu le prit » (Gn 5.24) ?

Quelle que soit la lecture retenue, le texte place la cause de cette fin singulière dans la marche : la formule est répétée deux fois (Gn 5.22 et 5.24). La rupture du refrain « puis il mourut » invite à y voir plus qu'une mort ordinaire, et c'est bien ainsi que l'a compris la tradition qui aboutit à Hébreux 11.5.

Portée théologique

Hālak dit que la foi biblique est un chemin. Abraham n'est pas d'abord appelé à croire une doctrine, mais à partir ; Israël apprend à connaître son Dieu en marchant dans le désert. L'image n'est pas statique : on avance ou on s'égare, on suit une voie ou une autre, et le Psaume 1 oppose dès son premier verset deux manières de marcher.

La formule « marcher avec Dieu » est la plus haute que la Genèse accorde à un homme. Elle évoque la familiarité de deux compagnons de route, et rappelle le jardin où Dieu « parcourait » les allées. Ce que le péché avait interrompu, Hénoc et Noé le retrouvent. Michée en fait le résumé de toute la religion : pratiquer la justice, aimer la bonté et « marcher humblement avec ton Dieu » (Mi 6.8). L'humilité y est la manière de marcher : rester à côté de Dieu, sans prétendre le devancer.

La promesse fondamentale de l'alliance est que Dieu marche lui aussi : « Je marcherai au milieu de vous » (Lv 26.12). Le croyant n'est pas seul dans la vallée de l'ombre de la mort (Ps 23.4). Pour la prédication, ce verbe permet de parler de la vie chrétienne comme d'une persévérance quotidienne plutôt que d'un instant, et de relier l'Ancien Testament à l'appel de Jésus : « Suis-moi ».

Chaîne : Marcher avec Dieu

  1. Gn 3.8 Dieu parcourt le jardin : « Alors ils entendirent la voix de l'Éternel Dieu, qui parcourait le jardin vers le soir, et l'homme et sa femme se cachèrent loin de la face de l'Éternel Dieu, au milieu des arbres du jardin. »
  2. Gn 5.24 Hénoc marcha avec Dieu : « Hénoc marcha avec Dieu; puis il ne fut plus, parce que Dieu le prit. »
  3. Gn 6.9 Noé, juste et intègre : « Voici la postérité de Noé. Noé était un homme juste et intègre dans son temps; Noé marchait avec Dieu. »
  4. Gn 12.1 L'appel à partir : « L'Éternel dit à Abram: Va-t-en de ton pays, de ta patrie, et de la maison de ton père, dans le pays que je te montrerai. »
  5. Gn 17.1 Marche devant ma face : « Lorsque Abram fut âgé de quatre-vingt-dix-neuf ans, l'Éternel apparut à Abram, et lui dit: Je suis le Dieu tout-puissant. Marche devant ma face, et sois intègre. »
  6. Lv 26.12 Dieu au milieu de son peuple : « Je marcherai au milieu de vous, je serai votre Dieu, et vous serez mon peuple. »
  7. Dt 10.12 Marcher dans ses voies : « Maintenant, Israël, que demande de toi l'Éternel, ton Dieu, si ce n'est que tu craignes l'Éternel, ton Dieu, afin de marcher dans toutes ses voies, d'aimer et de servir l'Éternel, ton Dieu, de tout ton cœur et de toute ton âme; »
  8. Ps 23.4 La vallée de l'ombre de la mort : « Quand je marche dans la vallée de l'ombre de la mort, Je ne crains aucun mal, car tu es avec moi: Ta houlette et ton bâton me rassurent. »
  9. Mi 6.8 Marcher humblement : « On t'a fait connaître, ô homme, ce qui est bien; Et ce que l'Éternel demande de toi, C'est que tu pratiques la justice, Que tu aimes la miséricorde, Et que tu marches humblement avec ton Dieu. »
  10. 1 Jn 1.7 Marcher dans la lumière : « Mais si nous marchons dans la lumière, comme il est lui-même dans la lumière, nous sommes mutuellement en communion, et le sang de Jésus son Fils nous purifie de tout péché. »

Mots apparentés

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Bibliographie

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