hēmera ἡμέρα

Strong G2250 · nom féminin · jour · 389 occurrences

Le jour, par opposition à la nuit, l'unité du calendrier, une période de temps. Dans le Nouveau Testament, le mot désigne aussi « le jour du Seigneur » : le moment où Dieu intervient pour juger et sauver, que les chrétiens rattachent au retour du Christ.

Racine et étymologie

Ἡμέρα est un mot ancien du grec, déjà présent chez Homère sous la forme ionienne ἦμαρ, « jour ». Son origine indo-européenne reste discutée, et aucun rapprochement n'est assez sûr pour éclairer le sens. Comme pour beaucoup de mots courants, c'est l'usage qui le définit : la partie lumineuse des vingt-quatre heures, puis la journée entière, puis, par extension, un temps marqué par un événement.

Le grec en a tiré l'adjectif ἐφήμερος, « qui ne dure qu'un jour », d'où nos « éphémères » et « éphémérides », et l'adjectif καθημερινός, « quotidien ». L'expression καθ' ἡμέραν, « chaque jour », est fréquente dans les Actes et chez Luc. Le mot σήμερον, « aujourd'hui », vient d'une racine voisine et joue un grand rôle dans l'épître aux Hébreux.

Ἡμέρα est très fréquent dans le Nouveau Testament, avec un nombre d'emplois particulièrement élevé dans les Actes et l'Évangile de Luc, qui aiment dater les événements (« le jour de la Pentecôte », « le troisième jour »), puis chez Matthieu et Jean. Chez Paul et dans les épîtres, il prend souvent une valeur eschatologique : « ce jour-là », « le jour du Christ », « le jour du jugement ».

Sens et emplois

  1. Le jour opposé à la nuit

    Le sens premier : le temps de la lumière, où l'on peut travailler. Jésus en fait une image de l'urgence de sa mission.

    « Il faut que je fasse, tandis qu'il est jour, les œuvres de celui qui m'a envoyé; la nuit vient, où personne ne peut travailler. »Jn 9.4, Segond 1910
  2. Une journée du calendrier

    Le mot compte et date les événements. Le « troisième jour » de la résurrection et le « jour de la Pentecôte » sont des repères fondateurs du récit chrétien.

    « Le jour de la Pentecôte, ils étaient tous ensemble dans le même lieu. »Ac 2.1, Segond 1910
  3. Chaque jour, la durée

    Au pluriel, « les jours » désignent une durée, parfois sans limite. Le Ressuscité promet sa présence pour tout le temps de l'Église.

    « Et voici, je suis avec vous tous les jours, jusqu'à la fin du monde. »Mt 28.20, Segond 1910
  4. Le jour du salut

    Un temps choisi par Dieu pour agir. Paul cite Ésaïe et déclare que ce jour est arrivé dans le présent de l'Évangile.

    « Voici maintenant le temps favorable, voici maintenant le jour du salut. »2 Co 6.2, Segond 1910
  5. Le jour du Seigneur

    Reprise de l'expression prophétique « le jour de l'Éternel » : le moment où Dieu vient juger et sauver. Pour Paul, c'est le jour du retour du Christ, imprévisible comme un voleur.

    « Car vous savez bien vous-mêmes que le jour du Seigneur viendra comme un voleur dans la nuit. »1 Th 5.2, Segond 1910
  6. Le dernier jour

    Chez Jean, le dernier jour est celui de la résurrection des croyants, promise par le Fils à ceux qui croient en lui.

    « La volonté de mon Père, c'est que quiconque voit le Fils et croit en lui ait la vie éternelle; et je le ressusciterai au dernier jour. »Jn 6.40, Segond 1910

Passerelle hébreu – grec

Dans la Septante, ἡμέρα traduit de façon constante l'hébreu yôm, « jour », l'un des noms les plus fréquents de l'Ancien Testament. Avec le mot, le grec biblique hérite des emplois hébreux : « en ce jour-là » chez les prophètes, « les jours » au sens de « l'époque » ou de « la vie » d'un homme, et surtout l'expression yôm YHWH, « le jour de l'Éternel ». Amos est le premier à la mentionner, pour renverser les attentes de ses auditeurs : « Malheur à ceux qui désirent le jour de l'Éternel ! » (Am 5.18). Joël, Sophonie et Malachie annoncent ce jour « grand et terrible ».

Le Nouveau Testament reprend l'expression en remplaçant souvent « l'Éternel » par « le Seigneur », c'est-à-dire le Christ : « le jour de notre Seigneur Jésus-Christ » (1 Co 1.8), « le jour de Jésus-Christ » (Ph 1.6). Pierre cite Joël le jour de la Pentecôte (Ac 2.20), signe que les derniers temps ont commencé. Segond traduit presque toujours par « jour », ce qui permet au lecteur français de suivre le fil de l'Ancien au Nouveau Testament.

Le débat

Le « jour du Seigneur » d'Apocalypse 1.10 désigne-t-il le dimanche ou le jour du jugement final ?

La forme grecque particulière (un adjectif, et non un génitif) et l'usage chrétien très proche du IIe siècle rendent la lecture « dimanche » la plus probable. Mais les deux sens ne sont pas étrangers : le jour où l'Église célèbre la résurrection anticipe le jour où le Seigneur viendra. Jean voit le jour final un jour de culte.

Portée théologique

Ἡμέρα rappelle que la foi biblique est inscrite dans le temps. Dieu agit à des jours précis : le troisième jour, le jour de la Pentecôte. Le temps n'est pas un cycle qui revient sans fin, mais une histoire orientée vers un jour qui vient, et le Nouveau Testament vit dans la tension entre le jour du salut, déjà là, et le jour du Seigneur, encore attendu.

Les prophètes avaient averti que le jour de l'Éternel ne serait pas une simple revanche d'Israël sur ses ennemis : il serait « ténèbres et non lumière » pour ceux qui pratiquent l'injustice. Le Nouveau Testament garde cette gravité. Le jour du Seigneur viendra « comme un voleur » : personne n'en connaît la date, et il faut veiller.

Pour la prédication, le mot unit l'espérance et le quotidien. Celui qui attend le dernier jour apprend à vivre chaque jour : « À chaque jour suffit sa peine » (Mt 6.34), « exhortez-vous les uns les autres chaque jour » (Hé 3.13). Et Pierre rappelle que la patience de Dieu ne mesure pas le temps comme nous : « devant le Seigneur, un jour est comme mille ans » (2 P 3.8). Le retard apparent est un temps offert pour la repentance.

Chaîne : Le jour du Seigneur

  1. Gn 1.5 Le premier jour : « Dieu appela la lumière jour, et il appela les ténèbres nuit. Ainsi, il y eut un soir, et il y eut un matin: ce fut le premier jour. »
  2. Jl 2.31 Le soleil changé en ténèbres : « Le soleil se changera en ténèbres, Et la lune en sang, Avant l'arrivée du jour de l'Éternel, De ce jour grand et terrible. »
  3. Am 5.18 Ténèbres et non lumière : « Malheur à ceux qui désirent le jour de l'Éternel! Qu'attendez-vous du jour de l'Éternel? Il sera ténèbres et non lumière. »
  4. So 1.14 Le grand jour est proche : « Le grand jour de l'Éternel est proche, Il est proche, il arrive en toute hâte; Le jour de l'Éternel fait entendre sa voix, Et le héros pousse des cris amers. »
  5. Ml 4.5 Élie avant le jour : « Voici, je vous enverrai Élie, le prophète, Avant que le jour de l'Éternel arrive, Ce jour grand et redoutable. »
  6. Mt 24.36 Personne ne sait le jour : « Pour ce qui est du jour et de l'heure, personne ne le sait, ni les anges des cieux, ni le Fils, mais le Père seul. »
  7. Ac 2.20 Pierre cite Joël : « Le soleil se changera en ténèbres, Et la lune en sang, Avant l'arrivée du jour du Seigneur, De ce jour grand et glorieux. »
  8. Rm 13.12 Le jour approche : « La nuit est avancée, le jour approche. Dépouillons-nous donc des œuvres des ténèbres, et revêtons les armes de la lumière. »
  9. 1 Th 5.2 Comme un voleur : « Car vous savez bien vous-mêmes que le jour du Seigneur viendra comme un voleur dans la nuit. »
  10. 2 P 3.10 Les cieux passeront : « Le jour du Seigneur viendra comme un voleur; en ce jour, les cieux passeront avec fracas, les éléments embrasés se dissoudront, et la terre avec les œuvres qu'elle renferme sera consumée. »
  11. Ap 1.10 Au jour du Seigneur : « Je fus ravi en esprit au jour du Seigneur, et j'entendis derrière moi une voix forte, comme le son d'une trompette, »

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Bibliographie

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